Critiques

ANNA (Critique Mini-Série) Un plaisir visuel et sonore de chaque instant…

SYNOPSIS: Dans un monde ravagé par une épidémie, une jeune fille obstinée se lance à la recherche de son frère, victime d’un enlèvement.

Niccolò Ammaniti est un artiste italien à double casquette : écrivain, il est également créateur et réalisateur de séries télévisées telles que Il miracolo et, œuvre qui nous intéresse aujourd’hui, Anna. Que dire sur la mini-série Anna ? Et bien plein de choses en réalité. Tout d’abord c’est à l’origine un roman (de Niccolò Ammaniti lui-même, précisons-le) publié en 2015. Nous n’avions pas entendu parler du livre avant que la série ne pointe le bout de son nez mais ce qui est certain c’est que nous allons rectifier le tir le plus rapidement possible (le livre est disponible dans une nouvelle version depuis le 3 novembre). Pourquoi ? Tout simplement parce que si le livre est à la hauteur de la série (il est certes rare de raisonner dans ce sens-là) alors nous passerons forcément un magnifique moment : Anna est non seulement une proposition originale pour un postulat de départ qui ne l’est pas le moins du monde, mais au-delà du récit en lui-même, c’est bien via sa réalisation ainsi que son identité visuelle et sonore que la série se démarque du reste des productions habituelles. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, de quoi parle-t-elle ? Et bien d’un monde sans adultes où les enfants règnent en maitres suite à la propagation d’un virus mortel dénommé  » la Rouge « . Cette appellation menaçante est liée à l’un des symptômes causé par l’apparition du virus : des plaques rouges sur la peau. Comme dans chaque civilisation, dominés et dominants se taillent bien évidemment la part du lion. Au cœur de ce monde dévasté, nous allons suivre Anna (Giulia Dragotto) et son petit frère Astor (Alessandro Pecorella). Afin de protéger ce dernier de l’extérieur, Anna le force à rester dans ce qui reste de la maison familiale et lui raconte des mensonges sur ce qui subsiste du monde d’avant, le dissuadant ainsi d’aller sustenter sa curiosité en s’éloignant trop et risquer d’être attaqué. Malheureusement au retour d’une de ses expéditions en vue de trouver des vivres, Anna découvre qu’Astor a disparu. Débute alors une quête pour le retrouver.


Au-delà de retrouver Astor c’est bien la découverte de l’univers vaguement civilisé créé par les enfants, de leurs traditions et de leurs croyances qui fait une partie du sel d’Anna. Une magnifique et audacieuse immersion dans les restes d’une civilisation très appauvrie intellectuellement, où les petits sont sous l’influence des grands, ces derniers courant de toute façon inéluctablement vers leur perte à partir d’un certain âge (le virus foudroie donc même les futurs adultes et non pas seulement ceux qui ont déjà péri). De par son concept ou son identité visuelle, Anna nous a bien évidemment fait penser à pléthore d’autres œuvres telles que la bande dessinée Seuls (qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation bancale au cinéma, n’ayant vraisemblablement pas fédérée les foules), le film Hook ou la série anglo-néo-zélandaise The Tribe. La cruauté des enfants est bien-sûr au centre des événements, ce qui est toujours intéressant s’agissant d’êtres supposés plus purs et innocents. A ce titre nous avons eu la chance pour Halloween de découvrir le film Les Révoltés de l’an 2000, dont le titre français est peu évocateur contrairement à son titre original ¿Quién puede matar a un niño? Au centre du long métrage : des enfants qui se rebellent afin d’exterminer tous les adultes. Le terrain de jeu est donc riche et les perspectives, nous le confirmons, méritent amplement le détour.


Ce qui a tout de suite captivé notre attention dans Anna c’est cette faculté d’être une véritable proposition. Les enfants ont survécu, pas les adultes, ils vivent donc, ou non, en harmonie. Cela aurait pu s’arrêter là, mais fort heureusement ce n’est pas le cas. Anna, à l’instar d’un Mad Max propose ainsi un monde post-apocalyptique qui sort des sentiers battus. Les enfants du clan que Anna va devoir affronter pour retrouver son frère sont ainsi répartis hiérarchiquement en fonction de divers critères allant de leur âge à leurs éventuels talents ; cette appartenance est signalée par leur couleur, blanche ou bleue, puisqu’ils sont recouverts de peinture (officieusement elle sert surtout pour les grands à camoufler les plaques rouges liées à l’apparition de la maladie). Les divers costumes souvent excentriques ou étranges, portés par d’autres protagonistes ou seconds couteaux composent également une part importante du show, telle l’apparence d’Angelica au moment du « baptême » d’Astor. Non seulement c’est beau mais c’est également très réjouissant. C’est d’ailleurs aussi valable pour les décors extrêmement variés, allant des intérieurs stylisés, aux forêts en passant par la plage ou l’Etna : la Sicile est mise à l’honneur sous toutes les coutures et cela fait un bien fou. La série ne nous propose donc pas un monde fade, terne et peuplé de champs qui se ressemblent tous comme le fait inlassablement une certaine The Walking Dead. Les choix musicaux ajoutent à tout cela une envergure et une atmosphère uniques, qu’il s’agisse de compositions originales ou non ; nous remercions au passage l’équipe de la série grâce à qui nous avons découverts de sublimes morceaux comme Dia Ti Maria de Bishi, Red Sex de Vessel, Minuetto de Mia Martini, Over the Rainbow interprété par Serena Fisseau et Vincent Peirani, Le Vent Nous Portera par Sophie Hunger, Holes de Mercury Rev et beaucoup d’autres. Un plaisir visuel et sonore de chaque instant.



Mais qu’en est-il du scénario ? De ce côté c’est également une réussite. Perfectible à certains endroits dans sa structure, sûrement certes, mais bien écrit, efficace et tout sauf paresseux. La recherche d’Astor va mener Anna très loin en dehors de sa zone de confort et la faire croiser un certain nombre d’autochtones dénués d’empathie aux intentions le plus souvent intéressées. Ces rencontres vont d’ailleurs régulièrement de pair avec des changements de lieux et de décors : Anna peut très bien proposer du huis clos, comme cet épisode situé dans les méandres d’une boutique alimentaire, ou nous emmener arpenter les plates-bandes de l’Etna. Dans tous les cas Anna sait créer une ambiance et une dynamique bien à elle. Il y a toujours quelque chose à voir ou à contempler et ce y compris dans les décors intérieurs. Qui dit absence d’adultes ne dit pas pour autant accalmie de la barbarie : la série comporte des scènes violentes et cruelles, les enfants n’hésitant aucunement à frapper, amputer, empoisonner ou séquestrer leurs adversaires ou victimes. Loin de proposer un monde édulcoré, Anna n’en reste pas moins une série assez solaire et lumineuse, l’espoir étant toujours de mise.


Les aventures narrées dans la série sont néanmoins un apprentissage permanent. Certains personnages ont d’ailleurs la chance d’avoir des flashbacks nous dépeignant leur enfance plus lointaine et leur réaction face à la mort de leurs parents et la naissance du chaos. La mère d’Anna et Astor avait d’ailleurs tout prévu de leur futur apprentissage : se sachant mourir elle leur avait laissé un grand carnet rempli d’instructions visant à parfaire leur culture une fois qu’ils seraient seuls, mais aussi à se débrouiller de façon plus pratique. C’est ainsi qu’elle avait déjà expliqué à Anna comment se débarrasser de sa dépouille une fois qu’elle serait décédée. Un tas de détails et de tutoriels sobrement mis en scène malgré l’impudeur liée aux derniers instants des uns et des autres. C’est aussi en cela qu’Anna se démarque : loin des schémas basiques elle s’attarde réellement sur le quotidien des enfants et les subterfuges et la débrouillardise qui les a sortis précocement du monde de l’enfance. La mort est devenue normale, la violence aussi et les plus petits ne se souviennent pour la plupart même plus de leurs parents. Anna c’est tout ça, c’est un mélange de survie et d’entremêlement de cultures et de pratiques dans un monde où la culture avec un grand C est plus ou moins morte car plus du tout à la portée d’enfants qui se construisent sur du vide et de la domination. Mais Anna c’est aussi l’espérance que tout cela n’est pas une fin en soi.


Une chose est sûre après ce visionnage doublé d’un beau voyage : non seulement nous allons dévorer le livre mais il nous tarde également d’aller découvrir Il miracolo de Niccolò Ammaniti. En tout cas ne loupez pas Anna et ses six épisodes d’une durée oscillant de 45 à 60 minutes. La série nous rappelle d’ailleurs assez cyniquement au début de ses épisodes que la Covid a déferlé sur notre monde quelques mois seulement après le début du tournage de la série… Si vous aimez le post-apocalyptique vous serez sûrement conquis, et si vous ne l’aimez pas peut-être que Anna saura vous faire l’apprécier. Dans tous les cas laissez-vous emporter par cette Sicile ravagée où malgré les exactions, la beauté demeure éternellement.

Crédits: Arte

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