Critiques Cinéma

LES ÉTERNELS (Critique)

SYNOPSIS: Depuis l’aube de l’humanité, les Éternels, un groupe de héros venus des confins de l’univers, protègent la Terre. Lorsque les Déviants, des créatures monstrueuses que l’on croyait disparues depuis longtemps, réapparaissent mystérieusement, les Éternels sont à nouveau obligés de se réunir pour défendre l’humanité… 

Adapter en long-métrage l’introduction des Éternels au MCU a sur le papier tout d’une mauvaise idée. Les immortels de Jack Kirby représentent un cap particulièrement ardu à passer pour l’univers de Kevin Feige, alors que la Phase 4 semble tendre vers des aventures multiverselles plutôt que cosmiques. Et pourtant, Marvel Studios s’offre les talents de la réalisatrice chinoise Chloé Zhao, tout juste sortie de l’ovation reçue par son dernier film Nomadland aux remises de prix les plus prestigieuses du cinéma international. Un Oscar de la Meilleure Réalisation en poche, c’est vers l’univers de Thanos, feu Iron Man et Howard the Duck que se dirige la metteuse en scène, s’aventurant dans ce projet des Éternels aux ambitions folles. En plus d’introduire toute une galerie de personnages immortels aux pouvoirs uniques à travers une flopée de périodes historiques humaines et de prendre la suite des funestes desseins du Titan Fou contrés par les Avengers dans les derniers volets sensationnels de l’Arc des Pierres d’Infinité, cette nouvelle pièce rajoutée ouvre dans le MCU un pan tout entier de l’histoire des comics Marvel. Ici, il n’est pas question de l’origin story tragi-comique d’un jeune du Queens mordu par une araignée ni d’une bataille unilatérale contre un supervilain avide de pouvoirs et de contrôle. Les Éternels ouvre la page mythologique, spirituelle et cosmique de son univers. Tant à faire et à dire, même en 2h40, pour des Immortels millénaires…



On appelle Les Éternels un groupe de 10 individus nés de la main du Céleste Arishem, bâtisseur de galaxie et créateur originel. Sous le leadership d’Ajak, cette bande aux pouvoirs hétéroclites est envoyée sur Terre à l’aube de l’humanité pour les aider à progresser en les protégeant contre leurs ennemis primaires : les Déviants. Une race dissidente et menaçante contre laquelle les humains ne peuvent rien par eux-mêmes. La seule règle imposée à ces Éternels : ne jamais intervenir dans leurs conflits internes. Seule compte la bataille contre les Déviants. Au 21e Siècle, alors qu’ils pensaient les Déviants éliminés, les Éternels doivent reformer leur groupe. Ils ont 7 jours pour percer les secrets de l’Emergence qui menace la Terre, et pour tenter de l’arrêter. Ils sont dix dans le film de Chloé Zhao. Ajak (la leadeuse guérisseuse – Salma Hayek), Ikaris (le flamboyant alter-ego supermanesque – Richard Madden), Sersi (magicienne et leadeuse en herbe – Gemma Chan), Théna (guerrière légendaire – Angelina Jolie), Gilgamesh (Main armée et faiseur de tourtes – Don Lee), Kingo (star de Bollywood et boules de feu au bout des doigts – Kumail Nanjani), Sprite (millénaire au visage d’enfant – Lia McHugh), Phastos (premier ingénieur de l’humanité – Brian Tyree Henry), Makkari (coureuse supersonique sourde – Lauren Ridloff) et Druig (contrôleur mental à tendance misanthrope – Barry Keoghan). Autant de noms qui sonnent inconnus et pourtant rudement familiers. Un Roi d’Uruk du temps de la Mésopotamie Antique, la déesse grecque de la stratégie guerrière ou le fils tragique de Dédale aux ailes brûlées. A travers sa collection 2021 de héros, Chloé Zhao revisite les fondations mêmes de l’humanité et de ses mythes. Ces Éternels, par leurs actions, ont durablement marqué les hommes jusque dans leurs croyances et dans leurs spiritualités. Une marque qui rend cette introduction encore plus évidente malgré les pièges faciles en dressant le portrait de marqueurs temporels ayant vécu à travers les âges. Le film nous emmène alors à coup de flashbacks (très nombreux pour un film de cette trempe) entre le Londres du siècle présent, les premiers bâtisseurs mésopotamiens, les massacres des conquistadors, la splendeur de la cité de Babylone, les paysages désolés post-bombe atomique de Hiroshima et la chaleur d’un studio de tournage bollywoodien moderne. Autant d’endroits et de temporalités qui viennent sectionner à la racine la « recette type » du blockbuster contemporain pour mieux revisiter ses origines. A cet égard, Les Éternels n’est alors pas l’origin story d’un ou plusieurs personnages. C’est l’origin story de l’univers tout entier. L’aventure est démesurément ambitieuse, et se dote alors, en la personne de Chloé Zhao, d’une réalisatrice au style singulier et auteurisant pour nous conter cette histoire unique aux frontières du mystique.


Par son battement de 7 jours pour sauver l’humanité, son rythme contemplatif et proche des éléments et sa dimension spirituelle transcendante, Les Éternels est une véritable épopée religieuse, une plongée dans les entrailles de l’humanité toute entière par la démystification de ses « dieux » qui ne sont finalement que des pions dans le gigantesque terrain de jeu de ses constructeurs. Le nouvel opus du Marvel Cinematic Universe trouve là son principal défaut, à savoir sa lenteur et ses longueurs qui frappent souvent à l’aube de certaines bascules narratives. Chloé Zhao s’aventure en hors-piste de l’univers dans un sursaut d’audace, conférant à cette introduction des Éternels un air de prise de risque immense qui vaut bien ces quelques plantades et imprécisions. Et l’un des points majeurs du film reste bien évidemment son casting – 5 étoiles si l’en est – alignant autant de talents installés que de révélations surprises. En ajout des Éternels éponymes cités précédemment, il est de bon ton d’évoquer également Kit Harington dans un second rôle à l’importance scénaristique discutable mais à la présence logique et stimulante pour les lecteurs des comics, ou encore Harish Patel incarnant le majordome indien de Kingo, ressort comique particulièrement réussi tout en levant un certain degré d’humanité en fin de parcours.



Sur un air particulièrement épique et grandiose signé par Rawin Djawadi (Game of Thrones ainsi que – par un jeu de miroir – le premier volet d’Iron Man en 2008), Chloé Zhao déploie son armée éternelle aux confins du cosmos Marvelien dans un long-métrage à très (très) grande échelle. Un véritable parcours du combattant artistique pour l’introduction d’un certain sens de la spiritualité. En jouant remarquablement bien sur ses propres tableaux malgré ses inexactitudes, ses balbutiements artistiques et ses longueurs, Les Éternels trouve ainsi une science assez pointue de ses antagonistes, les dévoilant au fur et à mesure de la prise d’ampleur de son récit. L’expérience Éternels épouse alors tous les contours du MCU en voguant terriblement à contre-courant. Tant de contradictions qui rendent l’excursion de Chloé Zhao chez Marvel complètement unique. En évoquant avec autant de passion, de cœur et de puissance la loyauté, la justice, les croyances, l’espoir, le sens de l’existence et le questionnement de l’identité, la réalisatrice signe un film curieusement ambitieux et intensément généreux, brillant autant par ses couchers de soleil en contre-jour que par son envie constante de rajouter une couche à un gâteau déjà bien sucré. Marvel est dans les étoiles, et on ne peut que souhaiter qu’ils ne partent pas à la dérive. Mais pour ça, on fait grandement confiance au déjà sur-attendus Spider-Man No Way Home et Doctor Strange into the Multiverse of Madness pour régler son compte au spectateur assidu de blockbusters qui ne trouverait pas ce qu’il cherche dans l’aventure à travers le temps de ces spectaculairement humains Éternels.

Titre Original: ETERNALS

Réalisé par: Chloé Zhao

Casting : Gemma Chan, Richard Madden, Salma Hayek….

Genre: Science Fiction, Fantastique, Action

Date de sortie: 03 novembre 2021

Distribué par: The Walt Disney Company France

TRÈS BIEN

 

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