Critiques Cinéma

LES AMANTS SACRIFIES (Critique)

SYNOPSIS: Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu’où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ? 

Les Amants Sacrifiés fait office de petit phénomène dans la sphère cinématographique internationale. Avec Ryusuke Hamaguchi au scénario et Kiyoshi Kurosawa à la mise en scène, le long-métrage nous plante face à la fusion de deux générations de cinéma nippon. Alors qu’Hamaguchi sort de ses succès Senses, Asako I & II et plus récemment le grandiose Drive my Car avec lequel il a remporté le prestigieux Prix du Scénario au dernier Festival de Cannes, l’auteur-réalisateaur signe alors l’histoire du nouveau long-métrage du grand et prolifique Kurosawa, délaissant ses habitudes et récits fantastiques au profit d’une plongée entière dans les méandres politiques du Japon des années 40. Yusaku, jeune chef d’entreprise, vit une vie calme avec sa femme Yakoto. Alors qu’il revient visiblement changé d’un de ses voyages d’affaires en Mandchourie, Yakoto se plonge dans les lourds secrets de son mari alors que les tensions grandissent amplement entre le Japon et l’Occident. En mettant en scène ses deux personnages principaux en pleine bascule du Japon pendant la Seconde Guerre Mondiale (il s’éloigne des Etats-Unis et de leur culture en s’alliant à l’Allemagne et l’Italie), Kurosawa et Hamaguchi ne se servent de ce contexte que comme prétexte pour raconter cette histoire d’amour et d’espionnage aux multiples dimensions. Par un jeu très habile de miroirs et de mise en abîme, les deux auteurs viennent imprimer leurs personnages dans une période très floue de l’Histoire japonaise en jouant sur les apparences et sur le paraitre pour construire une atmosphère intangible et irréelle où la vérité semble constamment inaccessible. Un jeu du chat et de la souris littéral et métaphorique à la fois, représenté de façon maligne et méta par le tournage d’un film inclus à l’intrigue, et où le metteur en scène deviendra le principal lanceur d’alerte, agissant dans l’ombre derrière la politique de terreur grandissante de l’autorité de son propre pays.



Kurosawa signe un thriller percutant et redoutable qui construit ses strates de lecture en quinconce pour brouiller les pistes, autant pour ses personnages que pour ses spectateurs. En bon suspense Hitchcockien, Les Amants Sacrifiés capte les codes de l’espionnage pour se nourrir d’eux et les faire transparaître dans une relecture intelligente et moderne. En utilisant le numérique, le réalisateur fait un choix radical de propreté et d’imagerie qui contraste viscéralement avec la reconstitution et les décisions de mise en scène du film. Ici, pas de pellicule, très peu de grain même, donnant une constante impression que quelque chose cloche.



Mais c’est en plus d’une histoire d’amour maudite (comme l’évoque subtilement le titre) et d’un polar noir un brûlot politique flagrant qui se sert des injustices de l’Histoire nippone pour les envoyer au visage de son public. Sans vous dévoiler les fins mots du récit, Les Amants Sacrifiés évoque la cruauté et l’inhumanité d’une époque, capté par notre protagoniste masculin sur pellicule dans sa caméra, l’amenant à aller à l’encontre de son propre pays. Si le long-métrage propose un questionnement sur la loyauté à son gouvernement en temps de guerre, Kurosawa s’en sert pour construire un film d’espionnage diablement bien ficelé aux embouchures assurément floues où le bien, le mal, la vérité et le mensonge cohabitent dans un théâtre d’ombres chinoises complexe dont personne ne sort indemne.

Les Amants Sacrifiés se montre alors parfois timide dans son exécution, mais assez dense dans son propos et dans son déroulé, faisant de ce récit de trahison et d’amour une tragédie politique et policière étonnante où Yu Aoi, Issey Takahashi, Hyunri et Masahiro Higashide complètent un casting réussi et hétéroclite très bien dirigé. Quand l’amour et la loyauté sont sacrifiés au nom de la justice, Kurosawa et Hamaguchi signent un film fort et percutant à l’histoire importante qui se sert de ses acquis et de ses inspirations pour se défaire de la toute-puissance de l’image. En s’émancipant des classiques du genre, Les Amants Sacrifiés parvient à nous déconcerter, nous surprendre et éventuellement à nous toucher en fin de course.

Titre Original: SUPAI NO TSUMA

Réalisé par: Ridley Scott

Casting : Yû Aoi, Issey Takahashi, Hyunri ….

Genre: Drame, Historique

Date de sortie: 08 décembre 2021

Distribué par: Art House

TRÈS BIEN

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