Critiques

LA MAISON DE LA RUE EN PENTE (Critique Mini-Série) Un petit bijou…

SYNOPSIS: Désignée jurée d’assises dans le procès d’une femme jugée pour infanticide, une mère de famille voit son existence bouleversée par la trajectoire personnelle de l’accusée.

Depuis le 15 octobre vous pouvez découvrir sur arte.tv, et ce pendant près d’une année, la très jolie mini-série judiciaire (même si comme nous allons le voir, cela serait très réducteur de la cantonner à ça) japonaise La maison de la rue en pente. Composée de six épisodes d’une cinquantaine de minutes, elle suit le quotidien d’une mère de famille, Risako Yamasaki (Kô Shibasaki), qui vient tout juste d’être désignée jurée suppléante dans le cadre du procès d’une femme ayant commis un infanticide. Réalisée par Yukihiro Morigaki d’après un roman de Mitsuyo Kakuta La maison de la rue en pente va mettre en exergue tous les comportements destructeurs de la société patriarcale japonaise ainsi que la pression qui repose sur les épaules des femmes devant coller aux modèles types des mères et épouses dites « normales ». Au-delà de cet angle d’attaque et de sa localisation géographique, le discours de la mini-série a une portée plus large, presque universelle, tant il est aisé de se retrouver un peu dans chacun des protagonistes. La maison de la rue en pente a cette faculté, que nous pourrions sans nul doute qualifier de talent, de permettre au téléspectateur de s’identifier aisément à des personnages évoluant dans un pays aux mœurs bien différentes des nôtres. Il ne s’agit pas que d’un show sur certains problèmes sociaux qui rongent le Japon, c’est aussi une histoire sur la vie, sur l’être humain et la violence psychologique qu’il peut infliger ou recevoir. Risako Yamasaki est en apparence une femme au foyer sans histoire, elle est mariée à Yoichiro (Seiichi Tanabe) avec qui elle a eu une petite fille, âgée de trois ans, Ayaka.

Le couple ne roule pas sur l’or, mais leur vie semble sans problèmes apparents. Jusqu’au jour où Risako doit se rendre au fameux procès d’une mère accusée d’avoir tuée ou assassinée son propre enfant. Débute alors l’électrochoc d’un voyage au retour incertain. La maison de la rue en pente est une série extrêmement bien ficelée et réalisée : si le schéma semble d’office assez clair, il va se complexifier peu à peu. Risako, du fait de divers problèmes et d’une pression exacerbée, va nécessairement s’identifier à l’accusée soumise à la vindicte populaire. Il en ira de même, dans une moindre mesure, pour d’autres jurés : le téléspectateur est immergé peu à peu dans la vie de personnages, parents ou non, dévorés par leurs propres doutes mais donneurs de leçon devant l’Éternel, et qui se retrouveront nécessairement objectivement ou subjectivement influencés dans la décision à venir. Le fait que Risako ne soit que jurée « suppléante  » a d’ailleurs bien évidemment un certain impact sur le récit.


La maison de la rue en pente est une série dure et ambitieuse. A travers ses six épisodes elle arrive, en y allant crescendo, à rendre tour à tour le spectateur triste, énervé, excédé voire choqué face aux comportements des uns et des autres. La violence psychologique est réelle, dévastatrice et omniprésente : chaque parole en apparence anecdotique ou banale prend un poids de plus en plus lourd au fil du récit, les plates-bandes des dérapages et drames potentiels en découlant se profilant à l’horizon face à un public impuissant. Souvent nous avons eu envie de rentrer dans l’écran, d’intervenir, de raisonner, de recadrer, d’ouvrir les yeux…c’est ce qui fait la force de la série. Comme dans la vie, chacun doit toutefois faire son propre chemin et assumer ses choix pour peut-être un jour trouver l’équilibre et la paix. La série est tout particulièrement intéressante car elle nous laisse souvent, au même titre que son personnage principal, face au doute : qu’est-ce que la «  »normalité » d’un parent ? Qu’est-ce que la « normalité » d’un être humain ? Quelles valeurs sont meilleures d’une génération à une autre ? Qu’est-ce que du harcèlement moral ? Où commence la maltraitance d’un adulte sur un enfant et celle d’un adulte sur un autre adulte ? Sans que ce tour d’horizon ne soit exhaustif, la série s’attarde sur tout cela avec richesse : et quel bonheur. La vie de Risako n’est, vous l’aurez compris, pas le long fleuve tranquille mis en avant de prime abord. Bien au contraire.


Nous avons souvent l’occasion en ces lieux de visionner des programmes de diverses nationalités, de différents genres et de différents tons. Tous ont des qualités mais tous n’ont pas non plus le même impact. La maison de la rue en pente fait partie d’un giron plus rare qu’il n’en a l’air : proposer du qualitatif tout en nous donnant la sensation d’avoir été réellement impliqué durant le voyage. Les évènements de la série sont terribles mais la construction des personnages et leur évolution ne les rendent pas vain, bien au contraire. Le procès n’est qu’une toile de fond au service de quelque chose de plus grand : la maternité peut devenir une prison, tout le monde a un avis sur tout et se place en sauveur des uns et des autres, alors que dans l’ombre les principaux concernés réitèrent encore et toujours les mêmes erreurs, quitte à être eux-mêmes les ouvriers des fondations qui mèneront un jour à un drame. Vous l’aurez compris, nous ne saurons que trop vous recommander ce petit bijou qui ne devrait pas vous laisser insensible.

Crédits: Arte

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