Critiques Cinéma

LES INTRANQUILLES (Critique)

SYNOPSIS: Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa fragilité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire. 

Si depuis quelques années Joachim Lafosse impose une patte singulière et reconnaissable, il a, depuis 2012 et A perdre la raison passé un cap qui l’a fait entrer dans le camp des auteurs reconnus après avoir été un cinéaste prometteur. Avec L’économie du couple, il avait signé en 2016 un très grand film sur le délitement du couple et si Continuer (2018) semblait marquer un coup d’arrêt dans le crescendo de sa carrière, son retour avec Les Intranquilles remet les pendules à l’heure. Joachim Lafosse fait du grand cinéma mélodramatique et il le fait sans déployer un arsenal lacrymal pour s’attirer les bonnes grâces du public. Arpentant à nouveau le sujet de la famille, il la met cette fois aux prises avec un ennemi insidieux – la bipolarité – qui touche le père, et de ses conséquences non seulement sur lui, mais aussi sur tout son entourage. Alternant l’émotion et la tension sans jamais être didactique, il dépeint avec acuité les mécanismes d’une maladie qui peut faire des ravages quand elle prend le dessus sur le traitement et qu’elle fait naitre doutes et suspicions jusqu’à parasiter les relations les plus solides.

Pourtant le film dans ses premières minutes nous montre une famille en apparence heureuse, mais en à peine quelques instants, ce tableau idyllique se fissure sans qu’on saisisse immédiatement l’ampleur des dégâts qui se prépare. Car d’une attitude fantasque et inappropriée, le scénario va peu à peu déployer sa toile et nous décrire la progression de la phase maniaque dans laquelle se trouve Damien. Incapable de dormir, sans cesse sur la brèche, dangereux pour lui et pour ses proches, sa femme et son fils vont tenter de lui apporter amour et secours mais comment aider quelqu’un qui réfute son état et qui continue de s’enfoncer dans le déni et d’afficher une attitude néfaste et jusqu’au-boutiste?

On vous voit vous pincer le nez à l’idée d’un énième film à thèse mais Les Intranquilles contourne habilement cet écueil en insistant sur l’amour qui lie cette famille et que la maladie place sous le joug de l’épreuve. Avec tendresse, Joachim Lafosse regarde ses personnages évoluer, il nous les fait aimer, nous fait nous y attacher, on les suit au travers de leurs instants de bonheur puis par petites touches, la maladie revient ronger Damien et bouleverse l’équilibre précaire de ce couple et de leur petit garçon, l’angoisse latente finissant par envahir tout l’espace et par gangréner chaque membre du trio familial.

Peu à peu la tension s’installe et la pression s’amplifie pour cet homme qui est pris dans un tourbillon dont il ne parvient plus à s’extraire et où, chacun, le voit replonger sans parvenir à le ramener à la surface. Le film devient étouffant mais sans jamais nous laisser sur le bord de la route, le rythme ne se relâchant quasiment jamais jusqu’à nous amener au bord du précipice. Pour qu’on s’y accroche, il fallait des interprètes de haut vol en qui nous puissions nous reconnaitre et il faut reconnaitre que le cinéaste a eu la main heureuse. Sur le papier le couple Damien Bonnard / Leïla Bekhti n’était pas une évidence mais on les sent tellement investis, si profondément naturels qu’en une fraction de seconde toutes nos réserves injustifiées s’envolent comme par magie. Lui, confirme après Les Misérables qu’il peut être incroyable et il se sort de ce rôle difficile avec les honneurs, sans jamais appuyer le trait et en restant sur le fil tout en trouvant le ton juste. Elle, belle comme le jour, poursuit une carrière exemplaire, le drame lui allant aussi bien que la comédie et prouvant une fois encore qu’elle peut-être une immense tragédienne. Le jeune Gabriel Merz Chammah qui joue leur fils affiche lui une belle maturité et il serait très étonnant de ne pas le revoir très vite. Il déploie ici des promesses immenses. Avec Les Intranquilles Joachim Lafosse poursuit son exploration de la famille et des éléments perturbateurs qui la fissurent, ici la bi-polarité. Leïla Bekhti, Damien Bonnard et Gabriel Merz Chammah tous trois extraordinaires transcendent un film traversé par des scènes de toute beauté.

Titre Original: LES INTRANQUILLES

Réalisé par: Joachim Lafosse

Casting : Damien Bonnard, Leïla Bekhti, Gabriel Merz Chammah…

Genre: Drame

Sortie le: 29 Septembre 2021

Distribué par: Les Films du Losange

EXCELLENT

 

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