Critiques Cinéma

EUGÉNIE GRANDET (Critique)

SYNOPSIS:  Felix Grandet règne en maître dans sa modeste maison de Saumur où sa femme et sa fille Eugénie, mènent une existence sans distraction. D’une avarice extraordinaire, il ne voit pas d’un bon œil les beaux partis qui se pressent pour demander la main de sa fille. Rien ne doit entamer la fortune colossale qu’il cache à tous. L’arrivée soudaine du neveu de Grandet, un dandy parisien orphelin et ruiné, bouleverse la vie de la jeune fille. L’amour et la générosité d’Eugénie à l’égard de son cousin va plonger le Père Grandet dans une rage sans limite. Confronté à sa fille, il sera plus que jamais prêt à tout sacrifier sur l’autel du profit, même sa propre famille… 

Adapter Balzac au cinéma est devenu une situation tellement familière depuis la naissance du cinéma qu’on en oublierait presque l’étendu de la complexité de la tâche. A travers ses œuvres fleuves et narratives très denses, l’auteur tend alors un joli piège aux cinéastes de tous temps en étant à la fois des supports de scénarios idéaux et des pavés biographiques amples dont il faut à tout pris trouver la distance nécessaire pour pouvoir bien les transcrire sur grand écran. Hasard du calendrier, il se trouve que le cinéma français s’est épris de deux romans de Balzac issus de sa Comédie Humaine dont il sort en l’espace d’un mois deux adaptations bien différentes de Eugénie Grandet et d’Illusions Perdues. Deux œuvres profondément opposées par les trajectoires de personnages qu’il explore et par les volontés de mise en scène des deux réalisateurs – respectivement Marc Dugain et Xavier Giannoli. Mais à défaut d’une comparaison qui n’aurait relativement que peu de sens, parlons de cet Eugénie Grandet qui point son nez en cette fin septembre 2021.


A Saumur, Félix Grandet a accumulé au fil de sa vie une fortune qu’il cache à tout le monde. De ce fait, il refuse alors systématiquement les prétendants qui voudraient demander la main de sa fille, Eugénie, jeune femme lumineuse et solaire pourtant terriblement seule. Alors que Charles, son cousin parisien, débarque dans leur modeste maison de province, Eugénie s’éprend irrémédiablement de lui. Par son aspect dense de récit complexe et linéaire sur le parcours de vie de cette femme qu’on découvre jeune adulte esseulée et qui se confronte à ce que son père lui laisse, cette adaptation d’Eugénie Grandet réussit assurément la peinture de ses personnages qui trouvent grâce, justesse et précision à l’initiative d’un casting brillant qui parfait toutes les incarnations de ces personnages cultes de l’œuvre balzacienne. Joséphine Japy est radieuse dans la peau d’Eugénie qui trouve dans son curieux et brutal récit initiatique une véritable transformation, donnant à cette adaptation un écho constamment moderne et féministe à travers cette figure d’émancipation qui se dessine avec la protagoniste éponyme. Olivier Gourmet signe un Félix Grandet bourru et implacable, parfois même glacial, composant un contre-point parfait à la légèreté poétique levée par Japy. Conclut ce trio de tête l’excellente Valérie Bonneton qui, avec simplicité, compose une parfaite en tout point Madame Grandet. De même, la direction artistique du film est assez remarquable, proposant des décors et des costumes tout à fait crédibles pour dresser le portrait de cette époque et de cette province en pleine confrontation avec la « grandeur » d’un Paris qui se cache derrière bien des faux-semblants, y dissimulant habilement les plus fortes dettes.



Malgré tout cet habillage esthétique très réussi qui propose au spectateur une plongée aisée dans la France campagnarde du XIXe siècle, le film souffre d’un montage parfois maladroit et d’un scénario qui patine par la façon très mécanique dont il découpe le roman de Balzac. Par ça, Eugénie Grandet amoindrit le naturel apporté par ses visuels, proposant une structure classique et académique pour construire son adaptation qui ressemble plus à un assemblage de séquence emboîtées les unes après les autres et entourées d’ellipses malhabiles qu’à une vraie revisite de l’œuvre originelle. Par ses défauts structurels, le long-métrage de Marc Dugain a bien du mal à bâtir quelque chose de frais et se contente de revisiter les tonnes de films d’époque qu’on a vu naître en abondance dans le cinéma français durant toutes ces dernières décennies.


Si son écriture s’en sort assez bien dans le traitement de ses thèmes – on y parle de la sphère familiale, de l’avarice d’un père, d’une volonté d’émancipation féminine dans un monde où les femmes servent à être mariées et d’une économie qui subit des contrecoups violents menant de nombreuses familles à la ruine – la base du récit peine à décoller et à passionner malgré les volontés affirmées d’apporter un vent de fraîcheur et de poésie via le personnage d’Eugénie. De même pour les variations de points de vue entre la protagoniste et son père qui ne parviennent jamais trop à trouver un vrai équilibre, faisant pencher le film vers le père dans la première partie, puis vers elle dans la deuxième sans qu’on ait le sentiment d’en avoir suffisamment appris sur elle pour comprendre toutes ses décisions. Eugénie Grandet est alors une adaptation lisse et sobre à la direction artistique et au casting impeccable qui pêche sur un plan structurel trop formel et trop mécanique, bloquant ses personnages et leurs ampleurs potentielles à l’intérieur de cette heure quarante-cinq au lieu de les déployer au-delà.

Titre Original: EUGÉNIE GRANDET

Réalisé par: Marc Dugain

Casting : Joséphine Japy, Olivier Gourmet, Valérie Bonneton

Genre: Historique, Drame

Sortie le: 29 septembre 2021

Distribué par: Ad Vitam

MOYEN

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