Critiques

SEX EDUCATION (Critique Saison 3) Une suite en belle forme mais qui manque de fraîcheur…

SYNOPSIS: Nouvelle année, nouvelle configuration : Otis a des rapports sexuels occasionnels, Eric et Adam officialisent leur relation et Jean attend un enfant. De son côté Hope, la nouvelle proviseure, tente de remettre Moordale sur le chemin de l’excellence, Aimee découvre le féminisme, Jackson tombe amoureux et un message vocal n’a pas dit son dernier mot. Animaux monogames, phénomènes étranges, cupcakes classés X et bien d’autres surprises de la part de Madame Groff sont au programme de cette nouvelle saison.

Sex Education, ça a toujours été bien plus qu’une série ado sur le sexe, et il n’aura clairement pas fallu 3 saisons pour s’en rendre compte. A travers cette série conduite par la showrunneuse Laurie Dunn, nous avons pendant 2 saisons exploré les dessous (de la ceinture) d’un lycée anglais où les problèmes identitaires et les crises relationnelles se propagent aussi vite que les rumeurs non fondées. Dans une galerie de personnages qu’on a appris à aimer et à suivre au fil de leurs péripéties respectives, Sex Education avait réussi par ses pirouettes scénaristiques et par son écriture au cordeau à voler la vedette à toutes les séries du genre, transpirant l’excellence dans l’assemblage de ses sous-intrigues. De cette façon, l’équipe de la série était parvenue à construire une série ado très solide qui puisait son originalité dans les entorses qu’elle faisait au genre qu’elle abordait. Les archétypes du teen movie sont de la partie, mais jamais comme on les imagine (le « quarterback » est un personnage aux émotions complexes qui essaye de se défaire de l’ombre de sa mère ; la « love interest » est une figure féministe et indépendante particulièrement forte ; la « Popular Girl » cache des secrets pesants derrière toutes ses strasses et ses paillettes…). Après un cliffhanger de fin de saison 2 qui a mis au tapis tous les fans du show qui n’attendaient que la concrétisation de la relation romantique principale, Sex Education débarque ce Septembre toujours sur Netflix pour emmener la petite (grande) bande de Moordale dans encore plus de péripéties en tout genre…



L’été est fini, et c’est la rentrée au lycée. Otis (et sa moustache) s’aventure dans une toute nouvelle et inattendue relation, Maeve s’en veut de ce qu’elle a fait à sa mère, Aimee a adopté une chèvre pour ajuster son couple, Viv s’empare d’un rôle central au sein de l’école, Jackson rencontre l’intriguant.e Cal, Adam fait face à son incapacité à parler de ses sentiments, Michael redécouvre douloureusement la vie de célibataire, Lily garde la tête dans les étoiles au détriment de son entourage, et Jean se heurte à la joyeuse période de la grossesse. Tout ça dans une ambiance de réformes sévères et militaires menés par la toute nouvelle et flamboyante proviseure du lycée, Hope. Il n’en faudra pas tant pour que tout un tas d’aventures ne bondissent au visage de nos adolescents aux hormones explosives préférées. Dans cette nouvelle salve d’épisodes, les élèves de Moordale se confrontent à toutes formes d’autorités. Au lycée, la direction a été reprise par la jeune et pétillante Hope qui ne tardera pas à faire des choix drastiques pour retirer à l’école sa réputation graveleuse de « Sex School » engendrée par les rumeurs d’IST et par l’adaptation osée de Shakespeare de la saison dernière. A travers cette toute nouvelle proviseure, Sex Education met ses personnages et leurs identités propres en confrontation directe avec un monde qui refuse la nouveauté et qui persiste à se refermer sur lui-même. Comme une figure du passé qui vient heurter le petit monde de Moordale, Hope n’a pourtant pas l’allure d’une militante conservatrice et puritaine. Elle est jeune, branchée, cool. Et c’est ça qui fait de ce personnage un antagoniste de choix pour une série qui se joue des clichés au point de les retourner pour montrer que le monde est bien plus complexe qu’une suite de stéréotypes. Cependant, cette saison souffre d’un trop plein. En refusant de prendre une véritable ligne directrice au plein milieu de son récit et en multipliant les personnages et points de vue en autant de sous-intrigues aux aspects variés, Sex Education 3 raconte beaucoup de choses. Probablement trop. Et par conséquent, Sex Education 3 va trop vite.



On ne pourra cependant pas dire qu’il s’agit d’une mauvaise saison tant elle apporte d’idées et de pistes pour la suite de l’intrigue et tant elle continue à déployer son atmosphère visuelle et humoristique cartoonesque et so british qui rend les blagues les plus trash quasiment habituelles à travers ses développements de personnages. Malgré tout, cette saison 3 a tendance à bien plus laisser la place aux anciens de la série, rendant l’inclusion des petits nouveaux un peu plus anecdotique. On pense notamment à Cal, étudiant.e non-binaire qui se confronte aux réformes régressives conduites par Hope, qui a douloureusement du mal à exister en dehors de ce combat et de sa relation naissance avec Jackson. Il est cependant intéressant de noter le talent de la série pour mettre de façon clairement inattendue des personnages jusqu’ici secondaires au centre du récit. Si la saison 2 voyait Jackson et Adam mis à l’honneur, cette nouvelle salve d’épisodes permet à Ruby, Isaac et même Jakob de se voir offrir encore plus de temps d’écran pour raconter leurs histoires dans ce grand tableau de personnages. On retrouve au casting de cette saison 3 les toujours agréables à suivre Asa Butterfield, Emma Mackey, Ncuti Gatwa, Aimee Lou Wood, Connor Swindells, Kedar Williams-Stirling et Tanya Reynolds sur les bancs de Moordale, sous l’autorité de l’impitoyable Jemima Kirk dans le rôle de Hope. Suivent également la fantastique Gillian Anderson, Jason Isaac dans le rôle du grand frère modèle de Michael, Dua Saleh en Cal et le retour du frenchie Sami Outalbali et son Rahim laissé en plan en fin de saison dernière.


Balançant son humour graveleux à souhait (l’excursion en bus, un micro-ondes qui tombe et une nouvelle collection de cupcakes ne manqueront pas de vous faire lâcher des pouffements de rire par leurs excès tachants de trash) avant de retourner savamment les acquis et les stéréotypes pour former un ensemble où la bienveillance, l’humanité et la lumière règnent, Sex Education 3 est une suite en belle forme qui subit tout de même de nombreux ralentissements et une multiplication des sous-intrigues impactant parfois des scènes qui auraient pu gagner en émotion. On garde malgré tout avec cette suite la sincérité du propos, la science de ses personnages et sa créativité flamboyante à la bande-originale on-ne-peut-plus orgasmique. On regrettera cependant la fraîcheur des premières saisons, la puissance sans équivoque de leurs écritures et leurs aspects parfaitement bien ficelés qui ont tendance à s’effacer dans quelques répétitions qui, on l’espère, servent à priori à installer la suite d’ores et déjà très attendue d’une des meilleures séries ados du moment.

Crédits: Netflix France

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