Critiques Cinéma

DÉLICIEUX (Critique)

SYNOPSIS: A l’aube de la Révolution Française, Pierre Manceron, cuisinier audacieux mais orgueilleux, est limogé par son maître le duc de Chamfort. La rencontre d’une femme étonnante, qui souhaite apprendre l’art culinaire à ses côtés, lui redonne confiance en lui et le pousse à s’émanciper de sa condition de domestique pour entreprendre sa propre révolution. Ensemble, ils vont inventer un lieu de plaisir et de partage ouvert à tous : le premier restaurant. Une idée qui leur vaudra clients… et ennemis. 

L’art gastronomique est par définition assez incompatible avec l’art cinématographique, car il exploite le sens olfactif et le sens gustatif, deux sens ne traversant pas (encore…) le champ de compétence du cinéma, jouant exclusivement avec le son et les images pour construire son histoire. C’est pour cette raison que le film de cuisine relève du véritable défi, devant par ses visuels et son atmosphère faire vivre les mets qu’il expose à son spectateur. Éric Besnard prend le challenge à bras-le-corps dans son nouveau long-métrage, plaçant ses personnages à l’aube d’une révolution sociétale et politique qui changera du tout au tout la donne. En 1789, les hommes volent grâce aux Frères Montgolfier et le peuple gronde à Paris. Loin de là, dans la France provinciale, Pierre Manceron manie les saveurs avec excellence au service de la table du Duc de Chamfort, quand une erreur de jugement et d’audace dans un de ses plats le verra humilié et renvoyé sur-le-champ. De retour dans sa grange et servant de la soupe aux voyageurs de passage avec l’aide de son fils, la vie de Manceron sera secouée par l’arrivée impromptue de Louise, femme fuyant son passé, qui lui demandera avec insistance de faire d’elle son apprentie. Ensemble, ils vont transformer leur relais de poste en un établissement populaire où chacun pourrait manger à sa faim selon son budget : un Restaurant.



Besnard base le conflit de son film sur un parallèle très malin, prenant la Révolution Française de la fin du 18e siècle comme reflet de l’émancipation de ce groupe de marginaux face à la toute puissance risible d’une aristocratie détestable et cruelle, synthétisé par un Duc de Chamfort peut-être plus ambigu que prévu, incarné par un tantôt imbuvable tantôt malheureux Benjamin Lavernhe. Manceron père et fils, Louise et Jacob (beau-père de Pierre) vont ensemble construire une riposte face à cette bourgeoisie en déclin alors que Paris commence à prendre feu. Une double révolution thématique habilement déployée qui permet alors au metteur en scène de nourrir son film d’une véritable âme, construisant au-delà d’un feel-good movie savoureux un long-métrage aux multiples strates, à l’instar des Délicieux signatures de Manceron. L’énergie du film trouve alors un très bon équilibre dans ses variations de tons, jouant sur son originalité et son audace de narration pour mettre en image une bascule de la société française qui arrache le pouvoir aux nobles pour le partager au peuple. Délicieux dispose également d’une direction artistique impeccable, conférant à son atmosphère visuelle un aspect charmant qui permet au spectateur de se plonger dans cette époque de confrontations et de paradoxes, entre haute bourgeoisie dans l’excès total (jusque dans le surjeu de ses comédiens) et sobriété populaire dans cette modeste ferme qui se transforme petit à petit en espace de vie chaleureux qui repousse même les murs. Les décors et les costumes, tout comme la confection des plats que l’image nous donne à voir, confèrent au film un charme tout particulier qui rend le déroulement de l’intrigue d’autant plus entraînant.



Avec au casting un Grégory Gadebois impeccable en cuistot bourru au grand cœur qui se montre tantôt en pleine désillusion tantôt conquis par les réussites qui l’entourent, Délicieux bâtit sa réussite sur une jolie troupe de comédiens, offrant sur les planches de ce tout nouveau Restaurant de jolies interprétations tout en nuances. Isabelle Carré, Lorenzo Lefèbvre et Christian Bouillette parviennent eux aussi à construisent des personnages particulièrement attachants dans ce circuit de comédie aux accents dramatiques bien ficelés. Mais le film laisse aussi de la place pour le savoureux Benjamin Lavernhe et pour un Guillaume de Tonquédec ambiguë dont on apprécie constamment les interventions.



Autant comédie populaire que remise en contexte sociétale, Délicieux est une bonne réussite, à laquelle on prend vite goût dans cette plongée savoureuse et riche en couleurs au sein de cette mini-révolution dans la grande révolution du peuple. Avec au menu une singularité et une sincérité qui frappe et qui rend la dégustation d’autant plus intrigante, Éric Besnard nous concocte une jolie comédie pleine de charme et d’énergie à laquelle on s’attache et qui fait de son renversement de l’aristocratie le vecteur de l’émergence du partage, de l’égalité et de la bonne bouffe.

 

Titre Original: DÉLICIEUX

Réalisé par: Eric Besnard

Casting : Grégory Gadebois, Isabelle Carré, Benjamin Lavernhe

Genre: Comédie, Historique

Sortie le: 08 septembre 2021

Distribué par: SND

TRÈS  BIEN

 

 

 

 

 

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