Critiques

POLICE DISTRICT (Critique) Le spleen désenchanté et la carcasse fragile…

Avant de conquérir le cinéma, d’y apposer son nom en lettres de sang et de devenir le maître du polar made in France, Olivier Marchal a bourlingué à la télévision, laissant son matricule d’ancien flic au générique de pas mal de séries télé. De Commissaire Moulin pour lequel il écrivit de nombreux épisodes (dans lequel il jouait pour certains) à Quai numéro 1 où il passa cinq saisons jusqu’à ce qu’en 2000, ne débarque sur M6, en prime time, Police District, où l’acteur tient le premier rôle. Production ambitieuse développée par Capa Drama, et créée par Hugues Pagan, Police District détonne immédiatement dans le paysage aseptisé des fictions policières françaises qui se résument à l’époque à Navarro, Julie Lescaut, Une femme d’honneur ainsi qu’au revival du Commissaire Moulin. La série d’Yves Rénier, trop souvent raillée par ses détracteurs, est d’ailleurs la seule à oser essayer sortir des sentiers battus dans les limites accordées (ou obtenues à force de persuasion) par TF1. Police District, elle, est un précurseur des Créations Originales Canal Plus qui plus tard, oseront aussi innover et offrir aux téléspectateurs des héros moins lisses et formatés que ceux auxquels il est habitué. Car Police District n’est pas une série policière lambda. C’est un programme d’une noirceur peu commune à l’époque et dont l’atmosphère désenchantée détonne dans une industrie où le happy end et les valeurs familiales sont l’apanage. Alors que les ligues de vertu sont déjà sur le point de s’étrangler dès lors que la fille de Navarro sert un whisky à son papa chéri en fin d’épisode, elles s’apprêtent à avaler leur chapeau en découvrant Police District. Car, au-delà d’être l’une des rares à l’époque (avec PJ notamment) à s’affranchir du sacro-saint format de 1h30, en proposant des épisodes de 52 mn, cette nouvelle série bouillonne et ose aller gratter là où ça fait mal. Police District met certes en scène la vie d’un commissariat de quartier, mais les intrigues se concentrent autant sur des enquêtes autour de petits délits que sur des actes innommables. Et les scénarios tournent également autour de la vie privée des protagonistes où l’on découvre des êtres humains qui ne sont pas irréprochables, des hommes et des femmes usés par leurs métiers, cabossés par la vie et qui sont loin d’être montrés sous leur meilleur jour. A l’heure où la télévision française jure par les mulets du commissaire joué par Roger Hanin ou les adjoints passe partout de Julie Lescaut, Police District met sur un pied d’égalité toute une équipe qui gravite autour du Commandant Rivière auquel Marchal prête ses traits fatigués et sa dégaine froissée. Sous les ordres de Rivière, Frane (Lydia Andrei à la fois frêle et forte) jeune femme déjà revenue de tout et dont la féminité se cache sous une dureté d’apparat, condition sine qua non pour survivre dans un monde d’hommes, Nono (Francis Renaud, écorché vif électrique) chien fou constamment border line et qui à trop flirter avec les lignes risque sa vie et sa carrière, Willy (Rachid Djaidani à la fois naïf et idéaliste) jeune bleu écorché vif, et Sandrine (Nadia Fossier) dévolue aux taches subalternes et au profil plus social que ses coéquipiers. Dans des rôles plus secondaires mais pas moins importants pour apporter le contrepoint nécessaire aux différents profils mis en scène, Renaud Le Bas, Sara Martins ou encore Sophie Mounicot contribuent à un casting choral paradoxalement hétéroclite mais homogène. Série noire de geai, misant sur l’ultra réalisme que confère la caméra à l’épaule, doté de scénarios efficaces et de dialogues percutants, teintée d’une violence brute qui explose à intervalles réguliers, Police District séduit et dérange un public peu habitué à être bousculé de la sorte. Si la série reçoit moult compliments et récompenses, sa noirceur et son cadre anxiogène dérangent la chaine qui ne donnera pas de suite aux trois saisons de six épisodes extrêmement réussies. Si l’aventure se termine en queue de poisson, Police District reste une des meilleures séries du genre, bien qu’ancrée dans son époque. On a beaucoup glosé au moment de la diffusion sur le fait que la série était très proche du NYPD Blue de Steven Bochco et effectivement Rivière et Sipowicz ont des profils assez similaires (leur penchant pour la bouteille, leur distanciation par rapport à leur métier, leur rapport conflictuel avec leur fils…) et la caméra à l’épaule amplifie ce parallèle, ainsi que le montage syncopé. Mais loin d’être une pâle copie de la série américaine, Police District en est un autre versant, tout aussi passionnant qui aura ouvert la voie aux séries audacieuses contemporaines. En osant faire bouger les lignes de la fiction policière française, en proposant des histoires singulières traitées de manière radicale, l’empreinte qu’elle aura laissée est plus forte qu’il n’y parait. Police District est une série abrasive, qui ne place pas le téléspectateur dans une position confortable mais lui permet de se hisser sur le terrain des fictions les plus passionnantes. Trainant son spleen désenchanté et sa carcasse fragile, Police District est notre NYPD Blue et ce n’est pas un mince compliment.

Crédits: M6/ Capa Drama

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