Critiques Cinéma

LES RUES DE FEU – STREETS OF FIRE (Critique)

SYNOPSIS: Ellen Aim, une chanteuse de rock est kidnappée par Raven et son gang de motards. Son ancien amant Tom Cody arrive en ville pour la libérer, ce qu’il fait rapidement. Raven et son équipe se lance alors à leur poursuite… 

Plaisir coupable ou pas ? Le dilemme qui a toujours entouré votre serviteur concernant Streets of Fire n’est pas prêt de s’arrêter. Quand bien même les défauts et les scories de la chose n’échappent pas à l’œil du spectateur attentif, la mixture préparée par Walter Hill a le goût des curiosités si plaisantes et si ancrées dans les codes de leur époque qu’on en vient à vouloir les protéger et les célébrer. Ce n’est d’ailleurs pas le public japonais qui viendra jouer les fouteurs de troubles, puisqu’ils sont allés jusqu’à placer Streets of Fire dans le Top 100 des plus grands films jamais réalisés ! Une incongruité qui explique bien le cocktail que représente ce film culte, ressorti il y a quelques années dans un Blu-Ray très vite épuisé, et longtemps resté dans les souvenirs des cinéphiles comme l’un des échecs les plus cinglants de la carrière de Walter Hill. Il faut dire qu’en cette année de gloire 1984, ce vieux de la vieille du film de genre postmoderne était un peu le roi du cacao : les triomphes successifs des Guerriers de la Nuit et de 48 Heures lui ont permis d’asseoir sa personnalité auprès des studios, à savoir un authentique cinéaste badass, influencé autant par Don Siegel que Sam Peckinpah, pour qui la surenchère dans le genre vise moins à satisfaire le bouffeur de pop-corn qu’à pousser les curseurs du genre qu’il aborde. Western, polar urbain, thriller, buddy-movie : Hill touche à tout en bon artisan, avec toutefois un goût prononcé pour la violence. Au vu de la carte blanche accordée au cinéaste par le studio, il est clair que Streets of Fire se voulait un point d’orgue, un film-somme, quand bien même il prend racine dans un univers pour le coup très fantaisiste – ce que le carton d’intro a tôt fait de révéler.



Dans ce récit somme toute très basique, Hill lâche les chiens en matière d’influences diverses : le western urbain, la romance à la West Side Story, le film de bikers, le film de samouraïs, le film d’action, la comédie musicale, l’esthétique néon ultra-saturée, les bagarres de bar, le rock n’roll, le jazz, les vestes en cuir, la culture campy, voire même la mythologie grecque si l’on en juge par certains esprits s’échinant à y lire une relecture modernisée du mythe d’Hélène de Troie (mouais, pourquoi pas…). Il s’échine toutefois à mettre la pédale douce sur la violence, édulcorant considérablement le script coécrit avec Larry Gross pour mieux amplifier l’humour et le romantisme. Pour autant, vu que le scénario tient sur la moitié d’un ticket de métro et repose sur des personnages oscillant parfois entre l’insignifiant et le grotesque, on le sent surtout désireux de mettre le paquet sur le plan visuel et sonore, abandonnant ainsi dans le caniveau tout zeste de frisson ou de tension.

Cette indolence aurait pu couler le film, et c’est pourtant elle qui le sauve, imprimant un rythme de croisière pépère dans un univers qui avait a priori tout pour laisser parler la poudre et faire couler le sang. C’est parce qu’au fond, Hill veut créer un univers et laisser la fiction naître du décor à mesure que la caméra s’y glisse. Peu d’espaces sont ici visités, mais l’ambiance qu’ils offrent se suffit amplement: un bar, une salle de concert, un appartement crasseux, une bagnole décapotable, sans oublier une portion de rue d’un kilomètre que Hill filme sous plusieurs angles pour donner l’illusion d’un décor ample. La musique prend elle aussi le relais en imposant un revival des standards 80’s, convoquant les spectres de Joan Jett, des Blasters et des quartets de jazz dans des numéros shootés comme des clips et intégrés à merveille à la narration. Dans le même genre, on ne voit que le Crazy Six d’Albert Pyun qui ait failli reproduire le même effet sensoriel.



Alors, oui, on peut admettre que les scènes d’action ne sont pas à se taper le cul par terre – celle qui accompagne le générique de début est d’ailleurs un sommet de découpage foiré. Oui, le scénario est si inintéressant qu’on l’oublie vite pour se concentrer sur autre chose. Et oui, on peut clairement avoir des doutes légitimes sur les choix de casting. On voit bien que Michael Paré, ici dans le rôle central du « long manteau qui débarque en ville », traverse le film avec le charisme d’un enjoliveur, ne laissant transpirer ni émotion ni nuance d’un jeu d’acteur plus éteint qu’autre chose. Et que la belle Diane Lane, ici privée de tout ce qui aurait pu amplifier son jeu (elle fait hélas du playback pendant les scènes chantées), se contente de jouer la figurante professionnelle – du genre qui ne fait rien mais qui le fait bien. Sans parler du fait que les caractères ne sont pas ici creusés mais à peine esquissés, en particulier ce personnage de manager condescendant joué par Rick Moranis (pour le coup inattendu dans un rôle pareil !). Ce n’est là pas un problème car, à l’image des cases d’une BD, les esquisses se développent par l’aura qu’ils dégagent dans le cadre et l’impact graphique qu’ils installent au travers d’un archétype. A ce titre, les prestations d’un Willem Dafoe encore jeunot (il tâtait déjà du cuir et de la moto dans The Loveless de Kathryn Bigelow) et d’une Amy Madigan badass à souhait (cet acolyte sans chromosomes Y est sans conteste le plus gros point fort du film) sont franchement mémorables. A eux seuls, ils offrent à Streets of Fire son identité première : un pur objet pop, hors du temps et de la réalité, qui se revoit comme la relique d’une époque qui nous aurait échappé. Ce qui le rend d’autant plus précieux et jubilatoire.

 

Titre Original: STREETS OF FIRE

Réalisé par: Walter Hill

Casting : Michael Paré, Diane Lane, Willem Dafoe

Genre: Action, Judiciaire

Sortie le: 14 novembre 1984

Distribué par: –

EXCELLENT

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