Analyse

KAAMELOTT : LE LONG RETOUR (Analyse)

En 2009, à l’issue de son Livre VI, Kaamelott s’achevait en apothéose sous forme de série télévisée au grand dam de tous ses fans assidus. Non seulement les aventures du royaume de Logres se retrouvaient en stand-by mais en plus le sort des personnages demeurait aussi incertain que peu enviable : la table ronde était réduite en cendres, le Roi Arthur, après une tentative de suicide et quelques mauvais choix se retrouvait déchu, tout comme ses fidèles chevaliers également pourchassés par un Lancelot tyrannique. A l’époque personne n’imaginait cependant qu’il faudrait attendre aussi longtemps pour pouvoir visionner la suite de la série au cinéma. Initialement pensée sur sept Livres par Alexandre Astier avant de migrer vers un format de trilogie au cinéma, la série se conclura finalement un Livre plus tôt que prévu sur volonté de Sir Astier lui-même qui avait entre-temps revu sa copie. Si les causes du retard de Kaamelott au cinéma sont nombreuses et forcément un peu opaques puisque par nature confidentielles, résumons les choses ainsi : Alexandre Astier souhaitait réaliser son premier volet dans les conditions qu’il désirait, en ayant une totale liberté créative, la maîtrise de son budget et tutti quanti. Afin que les planètes s’alignent des négociations laborieuses ont eu lieu ainsi que vraisemblablement des problèmes de droits et tout ce micmac économique et juridique a longtemps traîné…très longtemps. Le film Kaamelott devint ainsi une véritable arlésienne. Espérons d’ailleurs que les deux prochains volets, s’ils voient bien le jour, ne fassent pas l’objet d’un article similaire à chaque sortie…



En janvier 2019 c’est l’effervescence…la récompense…Alexandre Astier annonce le début du tournage de Kaamelott – Premier Volet avec une sortie prévue en 2020. C’était bien entendu sans compter le Covid-19 qui s’est immiscé dans nos vies et qui a une fois de plus retardé la sortie du film. Nous ne passerons pas à nouveau en détail les changements de dates (gageons que nous nous sommes déjà faits assez de mal comme ça) puisque nous avons enfin le rendez-vous final, notre graal dirons-nous : le 21 juillet (de cette année, reprécisons-le). Nous pourrions même dire le 20 juillet puisque des avant-premières sont organisées un peu partout en France, séances dont les billets semblent d’ailleurs se vendre comme des petits pains ou des petits croque-monsieur (le Grand Rex a par exemple annoncé avoir vendu 2700 places en moins de 5 minutes). Mais pensiez-vous réellement que ce chemin de croix s’arrêterait là ? Non, bien évidemment que non. Le 21 juillet est donc également la date d’entrée en application de nouvelles restrictions sanitaires, notamment pour les cinémas. Cela risque certainement de compliquer la venue des gens en salles et donc peut-être le chemin de Kaamelott vers la rentabilité et la production d’un deuxième volet…sauf nouveau retournement de situation d’ici-là ou péripétie encore plus farfelue telle qu’une invasion extraterrestre (mais cela ferait peut-être plaisir à Alexandre Astier vu son appétence pour le sujet durant l’Exoconférence).



L’attente a été longue, certes. Mais il faut aussi dire que durant cette excessive espérance, Alexandre Astier a été un peu avare en nouvelles sur le sort de son bébé au même titre qu’il a tenu des déclarations balancées au lance-pierre sans réelle consistance derrière. Ainsi un projet Kaamelott : Resistance qui devait faire (et fera peut-être un jour) le lien entre la série et le premier film a été évoqué à plusieurs reprises sur différents supports possibles : recueil de nouvelles, téléfilm, nouvelle saison télévisée sous forme de mini-série sans Arthur etc. Cette partie de l’histoire n’a toutefois jusqu’à présent jamais été concrétisée même si une exposition sur le sujet s’était tenue lors du Comic Con 2012. Les fans ont donc largement été sevrés de Kaamelott ces dernières années, abstraction faite de quelques bandes dessinées (le tome 8 s’est tout de même fait attendre des années…), des multiples rediffusions télévisées et de l’existence d’une vaste communauté extrêmement active dès lors qu’il s’agit de détourner les codes de la série, de se balancer des fions et de se plaindre de la longue attente (nous croyons que vu le nombre de fois où nous utilisons le mot « longue » et ses dérivés au cours de cet article, vous aurez compris que nous aussi on en avait vraiment gros). Le Groupe Facebook de Kaamelott Au Cinéma en est un bon exemple (nous attendons d’ailleurs avec impatience le raz-de-marée qui va s’abattre sur les modérateurs dans les prochains jours, nous leur souhaitons d’ores et déjà bon courage et leur envoyons notre sollicitude). Cela ne signifie pas pour autant que depuis 2009 Alexandre Astier s’est laissé vivre. Outre l’agrandissement de sa famille (le monsieur est un papa très prolifique mais nous avions compris en regardant le Livre V et plusieurs interviews que la descendance, la transmission et l’enfance faisaient parties des choses importantes de sa vie), et quelques apparitions par-ci, par-là, Monsieur Astier a réalisé son premier film au cinéma (David et Madame Hansen), suivi d’Astérix : Le Domaine des dieux et d’Astérix : Le Secret de la potion magique (dont il signera une histoire originale) tout en écrivant et en interprétant en parallèle deux excellents spectacles que se sont révélés être Que ma joie demeure ! et L’Exoconférence. Notons tout de même que si le film a été décalé à cause du Covid-19, sa bande originale est sortie depuis novembre dernier. De quoi s’imprégner au préalable de l’essence de Kaamelott version cinéma tout en stimulant sa matière grise sur les titres des différents morceaux et ce que ces derniers pourraient impliquer pour l’intrigue à venir (ayant déjà pu voir le film nous pourrons juste préciser que la musique, qui nous avait laissé un peu tièdes, n’a jamais été aussi belle qu’en retentissant dans la salle du cinéma, une véritable réussite de la part d’Alexandre Astier).  Mais passons, ce papier n’a pas vocation à passer en revue toute l’actualité d’Alexandre Astier et de la série depuis plus de dix ans, d’autres s’en sont très bien chargés auparavant (notons d’ailleurs un très bel article d’écranlarge sur Alexandre Astier en date du 11 juillet dernier) et le sujet en tant que tel semble éculé. Il faut dire qu’en une décennie tout a été plus ou moins dit ou ressassé…sans avoir pourtant beaucoup de grain à moudre, inutile donc de trop radoter.



Non le but premier de ce papier est d’exprimer tout notre amour pour ce que représente Kaamelott depuis sa naissance et pour la place que la série a occupée (et nous l’espérons continuera à occuper encore très longtemps) dans nos vies cette dernière décennie. Nous avons d’ailleurs eu la chance de voir le film lors d’une projection presse le 28 juin dernier et vous aurez la possibilité de découvrir notre avis dans les jours à venir. Bien évidemment comme tous fans qui ont commencé la série sur M6 dès sa première diffusion, découvrir le film fut un sentiment presque irréel. L’attente devant la salle était d’ailleurs aussi excitante que stressante : le film existe-t-il vraiment ? Quel cataclysme va-t-il bien pouvoir survenir pour que cette fois nous ne le voyons pas ? Ce furent les seuls moments de flottements puisque la qualité du film n’a jamais été pour nous un réel sujet d’appréhension. Comme le disait Alexandre Astier récemment en parlant de George Lucas au sujet de Star Wars (et du fait qu’il avait grosso modo perdu son intérêt pour la saga depuis son départ) : c’est « Papa ». Au même titre qu’Alexandre est le papa de Kaamelott, nous lui faisons confiance quoiqu’il advienne, qu’il arrive ou non à emmener qualitativement son univers là où il souhaite le faire prospérer. C’est papa, nous devons lui faire confiance coûte que coûte. Et s’il nous déçoit alors tant pis, parce que ça restera les choix de papa.

D’ailleurs l’évolution de Kaamelott depuis sa naissance a toujours reposé sur la confiance entre Alexandre Astier et son public. Originellement conçue sous la forme de pastilles courtes la série n’a jamais cessé de muter en matière de format et de ton, avec à son apogée les Livres V et VI qui démontrent tout le potentiel et la force dramatique du Royaume de Logres version Astier. Au-delà de raconter l’histoire d’un roi entouré de glandus qui savent à peine mettre un pied l’un devant l’autre ou qui ne retiennent même pas leurs prénoms, Kaamelott c’est avant tout l’histoire d’un roi qui va sombrer dans la dépression. Un roi désabusé qui ne sait pas comment trouver le Graal ni motiver ses troupes, un roi qui n’a pas de descendance, un roi à bout de force qui va tomber très bas pour peut-être un jour se relever s’il en trouve à nouveau l’impulsion mentale. Nous savons en écoutant les propos d’Alexandre Astier qu’il projette énormément d’aspects de sa propre personne dans Arthur et qu’il a écrit le Livre V dans une période qui n’était apparemment pas évidente pour lui…ce qui se ressent nécessairement dans l’ambiance hivernale et glaciale dudit Livre ainsi que dans ses ramifications thématiques. Le dernier épisode du Livre VI bouclera merveilleusement bien la boucle amorcée dans le livre précédent (pas concernant les intrigues bien évidemment puisque la série se clôturait sans réelle fin) en laissant un Arthur salement amoché physiquement et psychologiquement peut-être prêt à se reconstruire et à revenir panser les plaies du royaume qu’il a laissé se faire détruire (c’est après tout lui qui a donné les pleins pouvoirs à Lancelot). Et pourtant 10 ans plus tard, lorsque débute le long métrage (comme l’avait déjà annoncé l’attirail promotionnel du film) Arthur n’est pas revenu et n’a nullement envie de le faire. Quoi de mieux en effet que de raconter la descente aux enfers d’un héros puis sa renaissance ? Surtout lorsqu’un protagoniste n’a plus envie de se relever.



Bien évidemment si nous aimons Kaamelott c’est parce que nous rions toujours énormément en la regardant, parce qu’un nombre incalculable d’épisodes sont devenus cultes et que nous pouvons les revoir encore et encore, parce que la série a su transcender son format pour évoluer et proposer d’autres registres que la simple comédie, parce que nous ne nous lassons jamais des jeux alambiqués du Pays de Galle, parce que le Royaume de Logres regroupe probablement au m² la plus grosse concentration de guignols et d’enfants dont les berceaux en feu ont un jour été éteints à coups de pelles (et les premiers coups furent pour leurs mouilles), et parce que que l’on aime ou non la série et le bonhomme qui la chapeaute, Kaamelott possède une véritable vision proposée par un artiste artisan et très polyvalent qui concocte sa recette de A à presque Z et c’est très rare. Nous aimons aussi Kaamelott pour sa réappropriation de la légende Arthurienne et pour les surprises qu’elle pourra nous réserver au cinéma. Mais cette année l’aura de Kaamelott représente bien plus que ça, elle représente l’espoir et l’espérance. Depuis 2009 Arthur est supposé redevenir un héros…et en 2021 nous le retrouvons dans un monde tyrannique où résistance et couvre-feu s’entremêlent…des années après s’être ouvert les veines Arthur revient, avec ses chevaliers au rabais cons comme des buffets à vaisselle, mais il revient surtout avec ses failles, ses traumatismes, ses poignets stigmatisés et ses bras toujours baissés. Oui, Arthur revient. Kaamelott revient. Et tout ce beau monde va le faire après des années de problèmes, d’inertie et d’attente…autant dans la fiction que dans le monde réel, à un moment où les fans ont effectivement besoin d’eux. Finalement, au-delà du problème de rentabilité qui pourrait se poser (le film n’a clairement pas eu les conditions de sortie qu’il méritait après autant d’attente, qu’il s’agisse de promotion, d’avant-premières en présence d’équipe du film etc.), Kaamelott arrive au bon moment.



A toutes celles et tous ceux qui ont pensé que Kaamelott ne verrait jamais le jour ou qui l’ont très longuement attendu, à toutes celles et tous ceux qui ont cette année ployé le genou sous l’accablement des problèmes, de la souffrance et de l’égoïsme des uns et des autres, à toutes celles et tous ceux qui souffrent, à toutes celles et tous ceux qui se sont senti(e)s seul(e)s et qui comme Arthur ont besoin de redevenir les héroïnes et les héros de leur quotidien…alors tout comme Arthur il est temps de se relever et ça vous prendra le temps qu’il faudra. Parce que dans cette phase de transition, tout comme Arthur nous avons besoin de remonter la pente et de nous reconstruire…et quoi de mieux pour le faire que de d’abord regarder Papa nous montrer l’exemple ? Longue vie à Kaamelott. Longue vie aux vrais héros, et non à ceux qui revendiquent l’être sans légitimité. Longue vie à ceux qui essayent de renaître en se battant et qui finiront à leur tour à nouveau la tête haute.

Crédits: M6/SND

1 réponse »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s