Critiques Cinéma

ANNETTE (Critique)

SYNOPSIS: Los Angeles, de nos jours. Henry est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann, une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie. 

La dernière fois que l’on avait vu Adam Driver à Cannes, c’était pour l’ouverture du festival de 2019, avec le franchement pas folichon The dead don’t die, le film de zombies paresseux de Jim Jarmusch, où l’acteur survolait malgré tout l’ensemble de son charisme discret mais bien présent. Curieuse coïncidence de le voir revenir en même temps que le festival, toujours dans le film d’ouverture, mais cette fois dans un rôle totalement à contre-courant du Jarmsuch. Annette, est le retour de Leos Carax aux affaires, après plusieurs contre-temps de production. Un musical emmené par le groupe Sparks, qui en signe la partition, et qui compte à son casting en plus de Driver, Marion Cotillard et Simon Helberg. Comment classer Annette, au-delà de la classification du genre musical ? Disons que Carax a concocté une tragédie grecque façon opéra rock, parsemée d’éclats fantastiques, et virant par moments à la farce. Ce qui est déjà pas mal pour résumer cette entreprise titanesque de 2h20 aussi horripilante que fascinante. Horripilant à l’image de son personnage principal, Henry McHenry, humoriste en voie d’iconisation avec ses spectacles cultivant le malaise jusqu’au point de non-retour. Adam Driver est parfait dans le rôle, enfermé dans une spirale infernale dont McHenry ne reviendra pas intact.  Fascinant aussi, parce que même la pureté de la relation entre McHenry et Ann, cantatrice adorée dans le sens religieux du terme, ne tardera pas à subir l’emprise de l’abîme exercée par McHenry sur tous ceux qui l’entourent. Marion Cotillard, tout en mélancolie, donne corps le temps de toutes ses scènes à cette présence maternelle de plus en plus effacée face à l’orgueil de son conjoint. Ses scènes avec l’étonnante Annette émeuvent, rares mais pleines de cœur, d’amour. Le seul amour peut-être, qui semble digne d’être célébré dans le film.



Le film alterne entre séquences chantées et grands moments de dialogue, ou monologues, c’est selon, avec McHenry. Il faut admettre que le premier acte est plus costaud que le deuxième, parce qu’il déconstruit l’image de ce couple sans fard, explorant à chacun leurs zones d’ombre, à l’image de ce trop court segment rappelant l’émergence de MeToo ces dernières années dans les domaines artistiques, notamment. Le deuxième acte, au-delà de la disparition d’un personnage-clé de l’intrigue, semble rallongé artificiellement, moins prompt à parler de l’exploitation du miracle d’Annette qu’à déployer davantage la décadence des personnages encore là. C’est l’occasion d’exploiter le jeu de “l’accompagnateur”, joué avec finesse et regrets par Simon Helberg, mais là encore c’est trop juste, pas assez, du moins, pas suffisant pour que l’on ressente autant qu’on voudrait l’espérer pour lui. C’est d’ailleurs, au-delà de ses longueurs et de l’étirement parfois inutile de certaines séquences, le gros problème du film : il se montre très froid, trop à distance du couple, malgré les scènes d’intimité du premier acte. C’est très clairement volontaire, et l’on sent la volonté de Carax de rester malgré tout à une saine distance de ce couple, surtout quand on sait que sa compagne est décédée il y a quelque temps… Et que le film est dédié à sa fille, qui fait d’ailleurs un caméo dans l’intro survitaminée du film, aux côtés de son père.



Cette froideur finit certes par se dissiper, dans son épilogue inévitable, le temps pour Driver de se muer en Carax fictionnel, aux tempes grisonnantes et à la coupe reconnaissable. Dans l’ultime chanson du film et son dialogue, on y trouve la catharsis non pas du couple, mais du parent et de sa fille, sorte de Pinocchio maudite à cause de son don. Un dialogue qui en dit plus sur Annette que les récurrents extraits façon gossip qui ponctuent régulièrement le film façon chœur de tragédie, et qui font avancer l’histoire artificiellement. Une preuve aussi que le film est rarement aussi impactant que lorsqu’il laisse, malgré le superbe score de Sparks, le silence s’imposer, pour qu’enfin les discussions ne deviennent pas un dialogue de sourds. L’expérience Annette reste malgré tout à vivre en salles, si possible, parce que ce n’est pas souvent que les films musicaux sont filmés de manière aussi libre, inattendue, sans que l’on sache quelle prochaine idée de génie frappera Carax pour le plan suivant. Le film regorge d’idées visuelles sublimes qui marquent durablement la rétine. Profitons de la chance d’avoir malgré ses errance scénaristiques quelqu’un comme Carax pour réussir à sublimer en l’espace d’un film un tel trio d’acteurs et d’y mêler les Sparks; ce genre d’éclairs de génie, c’est beaucoup trop rare pour ne pas le signaler.

 

Titre Original: ANNETTE

Réalisé par: Leos Carax

Casting : Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg…

Genre:  Comédie musicale, Romance, Drame

Sortie le: 07 juillet 2021

Distribué par: UGC Distribution

BIEN 

 

 

 

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