Critiques Cinéma

TITANE (Critique)

SYNOPSIS: Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans. Titane : Métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs. 

En 2016, la sortie de Grave avait été accompagnée d’une réputation coriace suivant la médiatisation d’évènements insolites ayant eu lieu lors de certaines projections du film. L’on a donc entendu que la diffusion du film à Toronto aurait été suivie de malaises de spectateurs, alors que certaines salles américaines ont pris la précaution de délivrer à leur public des sacs en papier en cas de vomi intempestif. Ainsi, la metteuse en scène française Julia Ducournau fit avec son premier long-métrage longuement salué par la critique et par le public un tour du monde agité avec une proposition de genre particulièrement rafraîchissante dans un climat horrifique français qui commençait à manquer d’inspirations. Il était donc convenu que son deuxième long-métrage ferait l’objet d’une curiosité et d’une attente très singulière tant Ducournau avait à confirmer l’essai en poursuivant sur sa lancée bien moins cronenbergienne que ce qu’on essaye de nous faire croire. Titane croise deux destins de personnages diamétralement opposés que le fatum réunira. D’un côté, Alexia est une danseuse nouant une obsession et fascination pour les engins mécaniques depuis un violent accident de voiture qui a secoué son enfance. De l’autre, Vincent est un sapeur-pompier vivant douloureusement l’absence de son fils, disparu il y a 10 ans sans laisser aucune trace. Avec son Titane, Julia Ducourneau propose une relecture intime, obsessionnelle et charnelle au possible du body horror par un prisme particulièrement personnel, privilégiant toujours les singularités de ses personnages et de leurs manques respectifs pour dresser un tableau noir comme la nuit et rouge comme le sang. En jonglant avec les inspirations à côté desquelles il est difficile de passer (Crash et Christine sont souvent citées dans la trame principale du récit) mais surtout en innovant par l’aspect violemment imprévisible de l’ensemble, la réalisatrice construit un film à la forme démesurément floue qui déstabilise par sa cruauté graphique autant que par l’impact émotionnel bâti par deux humains devenus des épaves de voiture cabossées roulant à vide sur une route complètement déserte. Ducournau retrouve ce sentiment qu’elle avait insufflé avec passion et vivacité quasiment morbide dans Grave, sans jamais tomber dans une quelconque redite. Plus qu’un prolongement, Titane est une nouvelle page grandiloquente et stupéfiante de la carrière déjà riche d’une grande metteuse en scène qui n’est certainement plus en devenir.



Mais Titane est aussi d’une très grande puissance dans son ampleur bâtie sur des carcasses de bagnoles juste bonnes pour la casse. A travers son horreur mécanique qui trouve sous son capot un moteur impitoyable et inarrêtable, le long-métrage trifouille dans les entrailles de ses personnages pour les montrer toujours plus dépourvus de tout et incommensurablement désespérés. A travers une lecture féminine et féministe assumée mélangeant par à-coups le slasher movie, le thriller psychologique, le drame et le body horror complètement nihiliste, Julia Ducournau montre l’étendue de son talent de créatrice d’images, calibrées sur un mixage sonore toujours plus perturbant. Quand le gore se met au service d’une atmosphère unique, celui-ci prend tout son sens, même le plus abject.



Pour citer les réussites du film, il convient avant tout de saluer la performance habitée, renversante et hypnotique d’Agathe Rousselle, magnétique de bout en bout avec cette hargne maquillée en apathie sanglante et explosive qui nourrit des scènes bouleversantes d’interprétation. L’accompagne dans cet étrange voyage l’excellent Vincent Lindon, qui semble avec compréhension et justesse s’abandonner à l’univers mystique du film pour y incarner cet homme en perdition prêt à n’importe quoi pour récupérer son fils, même à le voir n’importe où. On notera également un second rôle très sympathique pour Garance Marillier, incarnant Justine – accessoirement le même prénom que la protagoniste qu’elle incarnait dans Grave il y a 5 ans.


Venant secouer le genre français avec vitalité, passion obsessionnelle et univers stylistique impeccablement signés, Titane est une plongée en béton armé dans les tréfonds de l’esprit filmée dans des reflets métalliques de carrosserie. Rutilant, dévorant et abrasif, Julia Durcournau livre un film dont elle seule a le secret, atrocement cruel et violemment viscéral, frappant par à-coups d’un humour noir et cynique au possible livrant un produit aussi unique que perturbant venant confronter son univers à tous ceux qu’il cite. C’est pour ça que Titane n’est pas du Cronenberg. C’est du Ducournau, et ça rend l’objet encore plus intéressant à étudier.

Titre original: TITANE

Réalisé par: Julia Ducournau

Casting: Agathe Rousselle, Vincent Lindon, Garence Mariller  …

Genre: Drame, Fantastique, Thriller

Sortie le: 14 juillet 2021

Distribué par : Diaphana Distribution

EXCELLENT

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s