Critiques Cinéma

TOKYO SHAKING (Critique)

SYNOPSIS: Tokyo, le 11 mars 2011 : un tsunami ravage la côte du Japon, menaçant de détruire la centrale de Fukushima. Alexandra, qui travaille depuis peu pour une banque française à Tokyo, se retrouve au cœur de cette crise. Tiraillée entre les ordres de sa direction et la volonté de protéger sa famille et ses collaborateurs, Alexandra tente de composer avec la situation et se retrouve, presque malgré elle, à défendre une certaine idée de l’honneur. 

Mars 2011, le Japon est secoué par un violent séisme qui formera un des tsunamis les plus destructeurs de ces dernières décennies. Tsunami qui ne tardera pas à secouer le monde tout entier quand l’ampleur des dégâts sera révélée, et que les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima menaceront d’exploser. Le drame, rappelant étrangement les évènements de 1986 à Tchernobyl, bouleversera et soulèvera un climat d’inquiétudes et de tension. Près de 10 ans plus tard, cette histoire résonne à nouveau non pas au Japon, mais bien en France, à travers le nouveau long-métrage d’Olivier Peyon. Tokyo Shaking raconte l’histoire d’Alexandra, employée d’une banque française basée à Tokyo, confrontée de plein fouet à la menace d’implosion d’un des réacteurs de la centrale de Fukushima. Tiraillée entre son devoir professionnel qui l’oblige à suivre aveuglément les ordres de ses supérieurs et son sens moral qui la pousse à tenter l’impossible pour sauver ses collègues, Alexandra se retrouve alors au cœur d’une urgence impensable qui ne tardera pas à faire des dégâts durables si personne ne réagit à temps.

 

Récit politique et peinture hallucinante du comportement humain en situation de crise, Tokyo Shaking est une plongée happante et sous pression dans un univers bureaucratique infernal qui se soucie moins de la sécurité de sa main d’œuvre que du maintien de son chiffre d’affaires. Alexandra représente l’entre-deux, déchirée entre ses devoirs et son instinct, encore plus poussée par sa sphère familiale qui menace constamment de s’effondrer en fonction de ses choix. Ainsi, la caméra d’Olivier Peyon épouse cette idée d’isolement, plaçant la protagoniste seule dans de grands espaces vides, idéaux pour l’étouffer et pour scruter de la façon la plus limpide possible ses moindres prises de décision. Si du point de vue technique le long-métrage est pratiquement irréprochable, il traîne cependant sur son dos un scénario souvent prévisible qui s’accapare des codes précis sans véritablement chercher à éviter le manichéisme de ses personnages et des institutions qu’il dépeint. Par son aspect largement mécanique dans l’écriture de ses dialogues, le film tombe dans des travers de drame français classique, perdant parfois le fil du suivi psychologique de ses personnages pour expliquer bien en détail au spectateur la situation dans laquelle ils se trouvent et les options qui s’offrent à eux.

Tokyo Shaking maîtrise pourtant ses effets scéniques, profitant de scènes tendues, légères ou encore touchantes par l’impact moral qu’elles engendrent. Et tout ça passe également par le casting qui occupe une place non négligeable dans les points positifs du film, mené par une Karin Viard en grande forme, entre humanité, devoir et doutes perpétuels. Elle est accompagnée par une galerie éclectique et particulièrement attachante de personnages secondaires très réussis parmi lesquels on citera Stéphane Bak, Yumi Narita, Philippe Uchan et Nola Blossom. Dans cette sphère socio-professionnelle multiculturelle – créant au sein de l’intrigue un microcosme dans ce huis-clos oppressant – Tokyo Shaking pose les graines d’une réflexion précise et vitale sur les limites de l’être humain et sur les restes de la solidarité dans les plus hautes sphères. A travers ce drame nippon qui est resté dans toutes les têtes pour sa violence et son impact, Olivier Peyon scanne une morale tremblante et brinquebalante qui ne cherche qu’un représentant pour pouvoir enfin s’exprimer à haute voix.

Dans cette peinture trémulante et agitée de l’intérieur d’une entreprise française basée à Tokyo en plein cœur d’une catastrophe humaine et naturelle, Tokyo Shaking met en image un chaos moderne qui n’est pas sans rappeler la crise sanitaire qui nous traverse actuellement. Entre décisions insensées venues d’au-dessus, mensonges éhontés et priorités au matériel avant l’humain, Olivier Peyon place ses pions dans un échiquier bâti sur le cœur d’un réacteur – prêt à exploser. Peut-être trop formel pour convaincre mais assurément bien construit pour être pertinent, Tokyo Shaking est un drame humain qui se nourrit de son contexte pour pouvoir embraser son propos. S’il n’est pas le véritable tsunami qu’on aurait aimé voir, il n’en reste pas moins une jolie proposition qui fera probablement quelques vagues, à n’en pas douter.

Titre Original: TOKYO SHAKING

Réalisé par: Olivier Peyon

Casting : Karin Viard, Stéphane Bak, Yumi Narita…

Genre: Drame

Sortie le: 23 juin 2021

Distribué par: Wild Bunch Distribution

3 STARS BIENBIEN

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