Critiques Cinéma

GAGARINE (Critique)

SYNOPSIS: Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son  » vaisseau spatial « .

Labellisé Cannes 2020, Gagarine aurait pu secouer la Croisette et les cinémas l’an dernier. Premier long-métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, le film débarque enfin dans nos salles, près de deux ans après l’évènement majeur retranscrit dans l’œuvre : la destruction de la cité Gagarine à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, et ses conséquences sur l’un de ses jeunes habitants, nommé ici Youri. A l’origine de Gagarine, le duo de réalisateurs devait initialement tourner une série de portraits vidéo des habitants de cette ancienne cité. Inaugurée, comme nous le montre l’introduction, par le vrai Youri Gagarine dans les années 1960, Ivry est et reste encore une ville communiste, d’où la proximité de cette cité avec l’astronaute russe. Mais il y a déjà quelques années, son sort a été jeté : trop insalubre, pas aux normes sanitaires, la municipalité a ordonné sa destruction, qui a véritablement eu lieu. Liatard et Trouilh ont donc eu l’idée de tourner dans ce qui restait de la cité, encore debout au moment du tournage, mais vide de ses habitants. Une authenticité bienvenue, encore plus quand, comme la personne qui écrit ces lignes, vous habitez Ivry, et que vous reconnaissez cette ville, actuellement à un croisement de son histoire, entre bâtiments d’époque et nouveaux immeubles flambants neufs. 

On suit donc le jeune Youri, passionné d’astronomie, et dont le but est de devenir astronaute. Une caractérisation très facile, avec une liste de clins d’œil peut-être trop évidents (la chienne qui s’appelle Laika, par exemple), mais qui séduit très vite tant ce portrait d’un “jeune de banlieue” ne ressemble à pas grand-chose de vu ces dernières années. Car si l’on a pris l’habitude des clichés de ces jeunes fatalement plongés dans la violence et l’illégalité, il n’en est rien pour les héros du film, qui à une exception près, sont simplement des jeunes souhaitant s’émanciper de leur condition et poursuivre leurs rêves. C’est une caractérisation qui fait du bien, et qui se révèle mélancolique, tant pour la jeune Diana que pour Youri.

Ces rêves banals, la destruction de la cité menace de les compromettre. C’est avec leurs rêves que les jeunes de Gagarine tiennent le coup. Cette inéluctabilité de la destruction, de l’abandon progressif de sa famille, de sang comme de cœur, rend le film bouleversant. En isolant Youri, en le poussant à transformer la cité en station spatiale, le film rend hommage à l’imagination de la jeunesse et à sa résilience. Le tout enrobé dans une mise en scène aérienne, dans tous les sens du terme. Le duo de réalisateurs, qui a pu avoir accès à une grande partie de la cité pendant le tournage, a su tirer profit, malgré le faible budget, de l’espace à la fois confiné et pourtant si grand des immeubles, entre leurs couloirs, leurs cages d’escalier, et même le toit, parfaite fenêtre sur les étoiles dont Youri rêve à longueur de journée.  Emmené par un casting jeune, vif et frais, dont Lyna Khoudri, Alséni Bathily, et Jamil McCraven, le film tire profit de leur énergie et, dans le cas d’Alséni Bathily, de sa mélancolie naturelle, qui sied admirablement bien au ton du long-métrage. Un film qui trouve d’ailleurs dans sa conclusion une belle déclaration d’amour à l’esprit des cités, à leur entraide, solidarité et même leur sororité. Un épilogue rendu encore plus touchant par la présence d’anciens habitants de la cité dans le champ de la caméra, pour une émotion encore plus réaliste – et palpable. Pour un premier film, c’est donc une sacrée “claque” que Gagarine, un doux OVNI touchant, mélancolique, une magnifique déclaration d’amour à la jeunesse et à ses rêves que rien ne saurait enterrer trop tôt. On a très hâte de suivre la carrière du duo Liatard/Trouilh, et on ne peut que vous encourager à soutenir en salles un cinéma français très jeune mais plein d’ambition et d’avenir.

Titre original: GAGARINE

Réalisé par: Fanny Liatard, Jérémy Trouilh

Casting:  Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven …

Genre: Drame

Sortie le: 23 juin 2021

Distribué par : Haut et Court

EXCELLENT

 

 

 

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