Critiques Cinéma

LITTLE ZOMBIES (Critique)

SYNOPSIS: Leurs parents sont morts. Ils devraient être tristes, pourtant ils ne pleurent pas. A la place, Hikari, Ikuko, Ishi and Takemura montent un groupe de rock explosif ! Ces quatre adolescents que le chagrin n’accable pas, vont trouver ensemble une nouvelle voie, celle de la musique.

Présenté à l’édition 2019 du Festival Sundance, le premier long-métrage réalisé par le japonais Makoto Nagashisa aura fait de la route avant de pouvoir enfin être diffusé en France. La faute à une distribution compliquée des productions asiatiques en Europe, à un genre impossible à étiqueter et à une pandémie mondiale pas très coopérante pour les sorties récentes, avant que le film ne débarque finalement à la télévision sans passer par la case salles. Malgré toutes ces péripéties, voilà que  Little Zombies arrive sur OCS. Un objet très curieux qui mérite absolument qu’on s’y attarde. Hikari, Ishi, Ikuko et Takemura ont trois points communs : ils sont adolescents, viennent subitement et tragiquement de perdre leurs parents respectifs, et ont été incapables d’éprouver une quelconque émotion à la suite de ces évènements. Ces 4 « Little Zombies » errent alors dans la ville à la recherche d’eux-mêmes et de leurs émotions. Leur voyage les amènera alors vers un monde inattendu : celui de la musique. Peut-être leur permettra-t-il de mettre des mots sur ce qu’ils ressentent… De par sa forme inhabituelle et de prime abord déconcertante, Little Zombies déstabilise en premier lieu. On se retrouve enseveli en à peine 15 minutes sous un flot d’idées de mise en scène, luttant alors pour ne pas se noyer dans le flux d’informations délivré à la pelle seconde par seconde par une avalanche de trouvailles artistiques. Mais passée cette période d’appréhension, le film décide de nous prendre par la main, et l’on se prend alors au jeu avec un plaisir délectable et quasiment cathartique. Car là où nos 4 jeunes protagonistes prennent soin de ne dévoiler aucune once d’émotion durant le récit, c’est tout le contraire pour le spectateur, qui subit de plein fouet les montagnes russes qui secouent le film.

Avec l’envie et l’imagination d’un enfant à qui l’on aurait donné tout le matériel dont il rêve pour faire ce qu’il veut avec, Little Zombies est une ode à la créativité et à l’imagination sous sa forme la plus pure et la plus innocente. Construit littéralement comme un jeu vidéo et multipliant ainsi les références au média vidéoludique, le film se pare d’une ribambelle de concepts et de trouvailles brillantes et toutes plus jouissives les unes que les autres pour mener tambour battant la quête principale dans laquelle nos protagonistes se retrouvent embarqués, marchant à travers la ville en récupérant au fur et à mesure de flashbacks délirants des items précieux qui leur permettront de débloquer le niveau suivant et de continuer la partie. En somme, Little Zombies fait preuve d’une imagination fabuleuse qui transgresse quasiment toutes les règles de base du cinéma, pour mieux redistribuer les cartes face à un spectateur abasourdi par la folie créative que lui sert le film. Il puise dans un pan tout entier de la pop-culture, mélangeant la culture traditionnelle nippone, la sphère geek et même les figures punk-rock dans un cocktail explosif et imprévisible qui se veut assurément libérateur. Et en évoquant la musique, celle-ci a une place toute particulière dans le long-métrage, qui en plus d’être construit comme une comédie dramatique hallucinée et fantaisiste, se pare d’une pincée de comédie musicale, se posant comme une cerise très sucrée sur un gâteau déjà bien gourmand. A travers certains titres qui parsèment le récit, interprétés par les 4 protagonistes, ainsi que par une bande-originale enthousiasmante et très riche qui se sert du jeu vidéo comme repère absolu, Makoto Nagashisa construit une œuvre fascinante et complexe, dotée d’encore plus d’éléments que le cinéma peut réserver à son spectateur en un seul film. Car devant Little Zombies, on a l’impression de suivre 4 films en même temps, filant tous à une même vitesse effrénée et entraînante. Comme devant Beat’em All épileptique.



Le film est servi par un casting étonnant et détonnant, guidé par un quatuor de tête qui crée avec quatre parts un groupe uni par le deuil, mais aussi par les idées. Keita Ninomiya, Satoshi Mizuno, Sena Nakajima et Mondo Okumura construisent un repère particulièrement juste et attachant malgré leur absence voulue d’émotions. Aussi stoïques qu’insensibles, c’est surtout leur imagination, leur volonté et leur innocence que l’on ressent à travers ces personnages très hauts en couleurs.



Derrière son apparente excentricité voire exubérance, Little Zombies s’avère avec une grande surprise être un bijou d’émotion, de rythme et d’idées, voltigeant toujours sur un périlleux fil. Mais en somme, c’est bien l’ode à la folie créative et à l’innocence enfantine qui prône, emportant alors tout sur son passage durant deux heures. Une œuvre dense et cathartique renvoyant en enfance et à ses envies hallucinées d’imagination pour construire sa propre réalité dans une qui ne nous plaît pas. Car en réalisant le film de cette manière, Makoto Nagashisa base la diégèse non pas dans une réalité fantaisiste dont seul le Japon a le secret, mais bien dans l’esprit d’un jeune garçon percé par le deuil qui cherche ses émotions et qui trouvera sur son chemin 3 compagnons de route avec qui il essayera de trouver les mots pour dire – ou chanter?- ce qu’il ressent face à la société qui l’entoure. Bulle de surréalisme adressée aux rêveurs, aux nostalgiques et aux amoureux des pixels, Little Zombies crie son inventivité à tue-tête et, comme un feu d’artifices, explose dans un mélange de couleurs, de sons et d’odeurs pour servir un spectacle unique, bienveillant et touchant. Un premier long-métrage brillant et enthousiasmant qui fait rayonner une nouvelle fois la culture japonaise. En ces temps compliqués à de très nombreux points de vue, peut-être est-ce de ce shot d’adrénaline, de Famicom, de concert punk et de retour en enfance dont nous avons cruellement besoin…

 

Titre Original: Wî â Ritoru Zonbîzu

Réalisé par: Makoto Nagahisa

Casting:  Keita Ninomiya, Satoshi Mizuno, Mondo Okumura…

Genre: Drame, Comédie musicale

Sortie le:  23 juin 2021 sur OCS

Distribué par: –

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