Critiques Cinéma

MINARI (Critique)

SYNOPSIS: Une famille américaine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut devenir fermier. Son petit garçon devra s’habituer à cette nouvelle vie et à la présence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connaissait pas.

Sur la base de son scénario et des premières minutes durant lesquelles on suit l’arrivée de la famille Yi dans l’Arkansas, on envisage d’abord que Minari porte une ambition de représentation du parcours des familles coréennes venues massivement aux États-unis encore dans les années 80, depuis que l’immigration non européenne fut autorisée en 1965 (Hart-Celler Act). De fait, si le cinéma américain a largement représenté l’arrivée des migrants européens, en particulier italien, aucun film majeur ne vient à l’esprit s’agissant de l’immigration coréenne. Ce simple constat fait que notre regard et nos attentes sur Minari sont d’abord orientées. Minari  parle bien en creux du rêve américain, de l’intégration des familles coréennes dans l’Amérique des années 80 (la très grande majorité étaient commerçants ce qui leur valurent le surnom de kwes, contraction de Korean et Jews) mais est avant tout un film très intimement lié à son metteur en scène. Minari pourra parler à ceux qui, par leurs origines et histoires familiales, y verront un film qui les représente, mais il parle en vérité surtout de son metteur en scène qui revisite avec une infinie délicatesse un moment charnière de son histoire familiale. Plus qu’un film sur le rêve américain, bien plus qu’un film sur l’intégration des familles coréennes dans l’Amérique de Reagan, Minari est un film intemporel et universel qui nous touche directement en plein cœur par l’extrême sensibilité avec laquelle il traite des rapports entre les différents membres de cette famille.

Le parcours cinématographique de Lee Isac Chung jusqu’à ce film très personnel dans lequel il revient dans les lieux de son enfance, à l’instar de quelques prestigieux collègues (Martin Scorsese et Little Italy, James Gray et Little Odessa, Alexander Payne et le Nebraska …), est très singulier. Se destinant d’abord à des études de biologie à la prestigieuse université de Yale, il entama des études de médecine pour se diriger finalement vers des études de cinéma qui le mèneront à enseigner dans une mission locale au Rwanda. Son très beau premier film (Munuyrangabo, 2007) est parti d’un projet éducatif et humanitaire visant à faire tourner des jeunes orphelins et réfugiés dans un récit racontant l’amitié entre deux adolescents, l’un Hutu, l’autre Tutsi,  un peu plus de 10 ans après la terrible guerre durant laquelle ces deux communautés s’entretuèrent. Lee Isac Chung sera ainsi parti de ce qui semblait le plus éloigné de lui, de son parcours et de sa culture, pour 13 ans plus tard, alors qu’il s’apprêtait à se consacrer uniquement à l’enseignement, poser sa caméra dans l’Arkansas qui l’a vu grandir. Cette précision n’est pas anodine quand est aussi palpable la profonde humanité et tendresse avec laquelle il filme cette famille et la fragilité de ses liens qu’il s’agisse du couple Yi , du lien de David avec son père ou encore avec cette drôle de grand-mère venu vivre avec eux. Minari ne fabrique pas les émotions, ne surjoue aucun sentiment et ne se concentre que sur ce qui se passe entre les membres de cette famille dans cet épisode déterminant de leur vie ou tout ce qui couvait entre eux et en eux depuis des années va arriver à un point de cristallisation.

Lee Isac Chung se met dans les pas de Kore Eda ou encore Alexander Payne auxquels il est difficile de ne pas penser avec ce récit familial tendre et poignant, calquant son pouls sur celui des membres de cette famille qui espère enfin trouver pleinement sa place dans son pays d’accueil. Minari est de ces grands petits films illuminés par une simplicité et une douceur qui nous font nous connecter immédiatement à chacun de ses personnages en apparence très simples, reprenant des codes à priori connus de tant de chroniques familiales, mais que le récit, comme la caméra ne lâche pas pour les peindre avec une grande empathie. On pourrait craindre que tout cela ne s’essouffle, reste en surface et joue sur une même note sans dépasser son cadre initial. Mais Minari ne se contente pas de tourner les pages de cet album de famille. Le scénario, comme la mise en scène déplacent régulièrement leur centre de gravité dans ce récit qui commence d’abord à hauteur d’enfant, de ce petit garçon qui observe le monde qui l’entoure et cette famille qui cherche à se construire un avenir sur des terres dont personne n’a voulu. C’est avec David (Alan S.Kim) et à travers lui que l’on arrive en Arkansas et découvre ce mobile home posé sur cette vaste terre que Jacob (Steven Yeun) veut cultiver pour prendre un nouveau départ et enfin assurer un avenir à sa famille. C’est avec lui que nous découvrons ce couple qui essaie de faire face aux défis de ce nouveau départ, de rester uni. C’est avec lui enfin que nous rencontrons cette grand mère (Yuh-Jung You) si atypique et attachante qui vient vivre avec eux. Jacob est l’autre astre autour duquel tourne principalement le film. Steven Yeun interprète ce père de famille porté par son rêve et lesté par le poids de sa responsabilité avec toute la justesse et la sensibilité si caractéristique de son jeu (que ceux qui ne l’ont pas vu dans Burning et n’ont de lui que le souvenir de son rôle dans The Walking Dead  se dépêchent de le découvrir dans l’immense film de Lee Chang-Dong).

On est avec lui, on partage ses doutes, son déchirement à voir sa femme s’éloigner de lui, ne pas croire en lui et ne pas comprendre ce qui l’anime. Lee Isac Chung traite tous ses personnages avec la même attention et la même sensibilité. Lorsqu’on est avec l’un des membres de cette famille on l’est totalement, intimement. On les comprend, notre point de vue évolue, s’affine pour mieux comprendre ce que chacun ressent. Il est passionnant d’observer les uns et les autres successivement à travers le regard de David, Jacob, Monica (Yeri Han), Anne (Noel Cho) ou SoonjaLee Isac Chung est un cinéaste qui appartient à une catégorie en voie de disparition: ceux du temps long qui laissent le temps à leurs scènes de s’installer, à leur récit de dévoiler un peu plus de l’histoire de leurs personnages et les enjeux qu’ils doivent affronter. Minari est une petite pépite qui séduit dès sa découverte et continuera de grandir en nous tant est fort le lien créé avec cette famille.

Titre Original: MINARI

Réalisé par: Lee Isac Chung

Casting:  Steven Yeun, Ye-Ri Han, Alan S.Kim, Yuh-Jung Youn …

Genre: Drame

Sortie le:  23 juin 2021

Distribué par: ARP Selection

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