Fiction Unitaire

LES HERITIERES (Critique Fiction Unitaire) Globalement un peu terne…

SYNOPSIS: Élève brillante, Sanou a grandi dans le 93 et intègre le prestigieux lycée Henri-IV. En échange d’une bourse, elle devient la tutrice de Khady, une élève de son ancien collège.

Ce vendredi la fiction Les Héritières (déjà disponible sur arte.tv jusqu’au 1er septembre) débarque sur Arte à 20h55. Réalisée par Nolwenn Lemesle, avec Laure-Elisabeth Bourdaud et Johanna Goldschmidt à l’écriture, elle nous emmène dans la vie de la jeune Sanou (Tracy Gotoas), 15 ans, qui intègre le prestigieux lycée Henri-IV. Le seul hic est que la brillante Sanou vient du 93 et qu’elle va légèrement dénoter au milieu des autres élèves  » bien nés « . Unique élève noire de sa classe, fille d’un ouvrier et d’une femme de chambre elle se retrouve ici en ayant pris un chemin de traverse grâce à un dispositif d’égalité des chances. Au-delà de la différence de culture ce sont également les conditions de vie de Sanou qui ne jouent pas en sa faveur : le temps de trajet pour venir au lycée est extrêmement long et fatigant, la quiétude chez ses parents est aux abonnés absents car ses frères et sœurs sont très agités, et les dilemmes moraux tels que fournir trente euros (une bouchée de pain pour les autres élèves) afin de subventionner la création de pulls pour les étudiants se font violemment ressentir jusqu’à la pousser dans ses retranchements.

Avec de jeunes comédiennes convaincantes en tête de l’aventure dont Tracy Gotoas (Sanou) et Fanta Kebe (Khady), le téléfilm se focalise sur la façon de dynamiter le déterminisme social et de se faire un nid. Si Sanou débute son année de lycée de façon désavantagée, elle va rapidement avoir quelques atouts pour contrebalancer cela : Madame Lebel (Déborah François), conseillère d’éducation lui propose de devenir la tutrice de Khady, une élève avec un fort potentiel, en échange d’une bourse et d’une chambre d’étudiant fournies par l’Éducation nationale. Une fois éloignée de son foyer, Sanou se retrouve à cheval entre deux mondes : l’un dans lequel elle souhaite exister même si elle s’y sent méprisée, et l’autre, celui d’où elle vient, dont elle commence à avoir honte.

En lisant l’interview des scénaristes nous apprenons que le titre de la fiction s’inspire directement de celui du livre de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron Les héritiers – Les étudiants et la culture paru en 1964. Laure-Elisabeth Bourdaud et Johanna Goldschmidt expliquent qu’avant d’être scénaristes elles étaient toutes deux journalistes et qu’elles se sont imprégnées d’un certain nombre d’écrits philosophiques et sociologiques dans le but de croiser ces sources et de s’intéresser au transfuge de classe. Sanou doit ainsi toujours jongler entre ses deux milieux où les attentes sont différentes, au risque de passer pour une « erreur de casting ». Heureusement elle est bien entourée et c’est d’ailleurs presque exclusivement grâce à des femmes qu’elle avancera auréolée de soutien : sa mère, ses sœurs, sa tante et bien sûr sa conseillère d’orientation.

Tournée entre Saint-Denis et Paris (certains beaux plans ont d’ailleurs été réalisés à la Bibliothèque François-Mitterrand) la fiction est pleine de bonne volonté et empreinte de sincérité mais demeure globalement un peu terne. Au final elle ne se distingue pas des autres tentatives du même genre : le téléfilm manque d’ailleurs de vie, de partage et de panache. Bien que cela puisse s’expliquer par le fait que Sanou elle-même se sente trop mal à l’aise pour s’implanter dans son milieu d’adoption et que ses velléités la perdent en chemin, nous aurions aimé ressentir un véritable sentiment d’immersion au cours de cette année scolaire à Henri-IV…ce qui n’est franchement pas le cas. L’aspect  » divertissement  » loupe ainsi un peu le coche.

Le sujet demeure néanmoins intéressant tout comme l’interprétation de ses jeunes actrices. Si l’éclosion de la chrysalide est tout aussi hésitante pour Sanou que pour le téléfilm en lui-même, Arte propose malgré tout une nouvelle fois un sujet tissé avec pédagogie et sociologie.

Crédits: Arte

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