ENTRETIENS

VILLA CAPRICE (Entretien avec Bernard Stora) « Nous avons opté pour une configuration de face à face… »

Retour au cinéma pour le réalisateur Bernard Stora, 20 ans après son dernier film. Avec Villa Caprice, il réunit deux grands comédiens, Patrick Bruel et Niels Arestrup, qui se livrent à un duel de haut vol. Entretien

Le film est une sorte de duel, on pense à Garde à Vue…

En effet, il y a quelque chose du face à face de Garde à vue, même si mon film est bien loin d’un huis-clos dans un commissariat. Mais au départ il n’a pas été conçu comme cela,. Avec mes deux scénaristes, on est allé à la recherche du scénario. Et, au début de ce process, j’ai beaucoup travaillé avec Pascale Robert-Diard, une journaliste, chroniqueuse judiciaire formidable au Monde. Et c’est elle qui m’a proposé de travailler sur un personnage d’avocat puissant. Sur l’idée que, malgré son rôle, malgré les sommes exorbitantes que peut gagner un tel avocat, on peut légitimement se poser la question de sa réelle puissance. Car après tout, pour l’homme d’affaires pour lequel il travaille, il fait partie des employés, comme les autres…

D’où l’attention si particulière que le film porte aux dialogues. Je pense à cette sentence terrible : Je ne te paie pas, je t’achète que balance l’un de vos personnages…

Tout à fait ! C’est vrai que dès que nous avons opté pour une configuration de face à face, les mots ont pris une énorme importance dans le scénario. Mais vous savez, quand j’écris un film, mon plaisir, c’est le dialogue. J’ai pris énormément de plaisir à trouver ces phrases qui tout à coup sont comme des balles de révolver et que les personnages s’envoient. Il y a des mots qui tuent, vous savez.

D’ailleurs, comment avez-vous choisi vos deux duellistes…

A vrai dire, Niels s’est imposé très vite. Même si je ne dirais pas que nous avons écrit pour lui. Il correspondait bien à ce personnage massif, à la fois inquiétant et difficile, auquel on n’a pas vraiment envie de se frotter et qui peut également être charmant. Quand Niels sourit, c’est craquant. Il y a chez lui le mélange de charme et de dureté qui était passionnant pour le personnage. J’avais donc un des protagonistes.
Après, il a fallu trouver celui qui allait faire contraste avec lui et donc Patrick est arrivé. Et comme, c’est un acteur malin, il a très vite vu le parti qu’il pouvait tirer de ce personnage qui, sur le papier, pouvait paraître moins important. Et c’est vrai qu’il a effectivement moins de présence. D’ailleurs, souvent les comédiens tiquent là-dessus. Et à mon sens, c’est normal et complétement naturel. Mais Patrick a très vite vu qu’il avait là une situation de confrontation que le public aime voir au cinéma.

Vos deux personnages sont deux hommes puissants et solitaires dans l’exercice de leur métier, entourés de courtisans dépendants d’eux… Vous nous parlez d’hommes d’affaires ou des stars de cinéma ?

Le parallèle que vous faites est effectivement très juste. Mais vous vous référez à certains acteurs qui à un moment donné atteignent un tel statut qui fait que leur rôle social devient plus important que les rôles qu’ils jouent. Ils ne sont pas si nombreux que ça. D’ailleurs sont-ils encore des acteurs ?
Concernant Patrick ou Niels, ce sont deux personnes qui sont vraiment dans la vie, même s’ils sont très différents l’un de l’autre. Patrick, malgré les foules qu’il déplace à ses concerts, reste quelqu’un d’assez simple. En tout cas, ce que je peux vous dire c’est que ni Niels, ni Patrick ne peuvent être comparés avec les personnages du film. Mais, effectivement, ça peut arriver …

Les deux personnages ont tout de même étés construits dans un certain parallélisme, ou du moins ressemblance ?

Non, pas vraiment, en fait. Ils ont simplement vécu leurs vies et ils ont finis par se ressembler. Vous savez, les personnages, même quand on les écrit, ont une certaine autonomie. Quand on commence à les construire, on les guide, mais c’est aussi eux qui vous dirigent. Je suis très sensible à la logique d’un comportement. On ne peut pas conduire un personnage n’importe où, juste pour la logique d’un scénario. A un moment donné, on ne peut plus conduire le personnage n’importe où. Donc, non, ils n’étaient pas conçus comme ça. Mais l’un comme l’autre se sont isolés peu à peu avec l’ascension et le pouvoir, à l’arrivée l’itinéraire finit par être le même.

On peut évoquer Michel Bouquet, formidable dans le film…

C’était pour moi l’acteur idéal pour le rôle et il y a des miracles comme ça, au cinéma. Mon directeur de casting m’a dit : si c’est pour toi l’acteur que tu veux, demande-le-lui ! Je lui ai proposé et il a dit oui ! C’est une immense chance de l’avoir eu, car il imprègne tout le film. Même si c’est vraiment un tout petit rôle : il n’a que trois scènes dans le film et encore, vu qu’il est couché dans une…  Sincèrement, il n’a pas un rôle très valorisant, en tout cas pas certainement pas extrêmement dur à jouer pour un acteur tel que lui, mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point il a travaillé le rôle. Il y a pensé, il y a réfléchi, il m’a questionné… A 95 ans passé, Michel Bouquet travaille encore énormément. Pour lui c’était très important de bien faire.

Propos recueillis par Nicolas Bellet

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