Critiques Cinéma

MISSION PARADIS (Critique)

SYNOPSIS: Trois jeunes adultes décident de partir dans une aventure rocambolesque pour connaitre leur première fois dans une maison close de Montréal. Rien ne pourra faire capoter la mission, pas même leur handicap… 
 
La réouverture des salles de cinéma va pour notre plus grande joie de pair avec la découverte d’une bien belle surprise que s’avère être Mission Paradis. Inspiré d’une histoire vraie, ce long métrage de Richard Wong, remake du film belge Hasta la vista, est un road trip mettant en scène une bande d’amis en situation de handicap en quête d’une maison close afin de connaître leur première fois. Un film indispensable, décomplexé et sans tabou, tandis que depuis plusieurs mois le sujet de l’assistance sexuelle des personnes handicapées est de plus en plus relayé par la presse. Arte avait d’ailleurs récemment diffusé le documentaire Because of my Body sur une jeune femme atteinte d’un spina-bifida qui rêvait de connaître l’amour et de perdre sa virginité. Scotty (Grant Rosenmeyer), Matt (Hayden Szeto) et Mo (Ravi Patel) n’ont pas que leur situation de handicap en commun : ils n’ont jamais eu de rapports sexuels. Frustrés à l’idée d’être privés éternellement de cela alors qu’il s’agit d’un véritable besoin physique et émotionnel pour eux, ils décident dans le dos de leurs parents extrêmement protecteurs et envahissants de prendre la route afin de connaître enfin le plaisir de la chair.
 

Bien sûr leur états respectifs (deux sont en fauteuil roulant et l’un est malvoyant) ne leur permettent pas de se mouvoir eux-mêmes jusqu’à destination. Ils font donc appel à un tiers pour les escorter jusqu’au nirvana. C’est là que Sam, interprétée par la flamboyante Gabourey Sidibe (Empire, Antebellum, American Horror Story) entre en scène, à la grande surprise des comparses qui ne s’attendaient pas à tomber sur elle comme accompagnante. Débute alors un voyage totalement décalé (mais aussi en total décalage) pour Sam et ses acolytes de fortune, les trois amis étant à la fois en escapade et en cavale puisqu’ils se sont fait la malle sans prévenir leurs parents. Pas question de brider ce voyage : sorties bars, drague et visionnage de porno sont au programme. Que cela soit grâce à la qualité d’écriture de l’ensemble ou à celle des interprétations des différents acteurs (qui ne sont pas vraiment en situation de handicap), la mayonnaise prend avec une facilité déconcertante. Si chaque personnage a un caractère bien trempé et d’énormes failles, l’empathie à leur encontre est immédiate.
 

 
Rythmé par des moments de vie tantôt amusants, tantôt touchants, Mission Paradis traite ses sujets avec justesse et ne s’éparpille jamais dans la surenchère ou la complaisance de bas étage. Le film est divertissant certes, mais il est aussi d’utilité publique. Les tranches de vie de chacun des protagonistes sont abordées sans non-dit et avec la plus grande sincérité possible. Au-delà de la destination c’est aussi le voyage qui comptera beaucoup : l’opportunité d’exprimer son mal-être, de tisser de vraies amitiés, de s’écouter, d’apprendre à se comprendre car réduire les uns et les autres à des personnes handicapées qui seraient toutes sur un pied d’égalité s’avèrerait réducteur, aucun d’entre eux n’étant impacté à l’identique dans sa vie quotidienne. Au-delà des envies et besoins de Scotty, Matt, et Mo et de la façon dont ils pourront accéder à la sexualité, c’est bel et bien aussi l’idée d’une forme de déni sexuel des parents vis-à-vis de leur progéniture qui est extrêmement intéressante : sont-ils en capacité de comprendre, alors qu’ils s’occupent de façon infantilisante de leurs grands enfants, qui demeurent à leurs yeux des sortes d’éternels bambins assistés, qu’ils ont les mêmes besoins que les autres ?
 
 

En s’inspirant de la vie d’Asta Philpot, Mission Paradis fait mouche et se révèle être sans nul doute un film qui vaut le déplacement, pour rire et s’émouvoir. S’assumant pleinement, il casse les clichés et met aussi en lumière avec élégance un sujet de société très peu abordé assorti de la bienveillance qu’il mérite. En espérant qu’il puisse apporter sa pierre à l’édifice des différents débats et ouvrir l’éveil des consciences. A découvrir ce 2 juin dans les salles obscures.  

Titre Original: COME AS YOU ARE

Réalisé par: Richard Wong

Casting : Grant Rosenmeyer, Hayden Szeto, Ravi Patel

Genre: Comédie

Sortie  le : 02 juin 2021

Distribué par: Star Invest Films France

EXCELLENT

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