Critiques Cinéma

PETITE MAMAN (Critique)

SYNOPSIS: Nelly a huit ans et vient de perdre sa grand-mère. Elle part avec ses parents vider la maison d’enfance de sa mère, Marion. Nelly est heureuse d’explorer cette maison et les bois qui l’entourent où sa mère construisait une cabane. Un matin la tristesse pousse sa mère à partir. C’est là que Nelly rencontre une petite fille dans les bois. Elle construit une cabane, elle a son âge et elle s’appelle Marion. C’est sa petite maman. 

Comment rebondir après avoir réalisé un film aussi adulé et salué que Portrait de la Jeune Fille en Feu ? La question est dure, mais pour Céline Sciamma, cela sera passé par un retour à l’époque contemporaine. Avec Petite Maman, présenté à Berlin l’hiver dernier, la réalisatrice française persiste et signe dans son intention de montrer une histoire d’amour brève, en quasi huit-clos, entre deux femmes. Cette fois-ci en revanche, point de romance, mais un amour filial entre deux petites filles, intimement connectées l’une à l’autre. Petite Maman commence par une situation tristement ordinaire : la petite Nelly pleure le décès de sa grand-mère adorée. Accablée par le chagrin mais voulant cacher son désarroi, sa mère Marion revient dans la maison de son enfance afin de la déménager. Évidemment, les souvenirs affluent, mais lorsque Marion disparaît au moment où une petite fille lui ressemblant étrangement débarque près de la maison, Nelly réalise que quelque chose d’étrange flotte dans les airs.

“Surnaturel” est peut-être un mot étrange, pour la filmographie de Sciamma uniquement composée d’œuvres ancrées dans le réel. Mais d’emblée, avec sa forêt immense et son unique décor composé de la maison familiale, Petite Maman installe une ambiance dans laquelle les évènements surnaturels seraient propices à se manifester. On pourrait même constater l’apparition d’un chat-bus, comme dans Mon Voisin Totoro, que cela ne nous étonnerait pas. Et pour cause, Sciamma elle-même le confiait à nos confrères de  Télérama : « Sur le tournage, je me demandais, que ferait Miyazaki ? « . Il est très facile de voir les inspirations du célèbre studio Ghibli sur Petite Maman : une enfant devant vivre quelques jours dans une maison qu’elle ne connaît pas, livrée à elle-même avec un père bienveillant mais quelque peu absent (le fameux concept de “himbo”). Des manifestations surnaturelles et oniriques qu’elle est la seule à constater, du haut de ses 8 ans. Mais loin de livrer un film de Ghibli à la française, Sciamma réinjecte ces thématiques chères au studio japonais pour proposer une histoire d’amour entre une fille et sa mère.

Et, de la même manière que Portrait… unissait dans le dessin un modèle et sa peintre, Petite Maman unit cette fois les deux petites filles autour du cinéma. Sciamma réinjecte cette célébration de l’art conçu par les femmes, pour les femmes, et y appose un vernis mélancolique, lorsque l’on réalise que le rêve de Marion ne se produira pas à cause de sa santé fragile, entre autres. Ce qui était un jeu ludique à regarder, très Gondry dans le ton, prend une dimension bouleversante, appuyée par les performances des jeunes actrices (Gabrielle et Joséphine Lanz sont fantastiques, de magnifiques révélations) mais aussi de Nina Meurisse, en mère dévastée par le chagrin et les regrets. Pour autant, Petite Maman n’est pas un film triste; sous ses aspects de slice of life et de coming of age movie comme l’ont été Naissance des Pieuvres, Tomboy ou même Bande de Filles, le film se révèle drôle, bienveillant, et même ludique dans son dispositif temporel qu’on vous laissera découvrir. Sciamma a toute confiance dans les qualités d’observation de son public. Sa mise en scène faussement simpliste où le moindre détail iconographique dans une cuisine devient un jeu de piste prouve s’il était besoin  que l’essentiel dans n’importe quel film de la réalisatrice (et même, de Ghibli), n’est pas tant la réponse que les questions qui se posent. On ne saurait d’ailleurs que recommander le visionnage du film, très court (1h12) aux enfants; il s’agit d’un film accessible et dont les thématiques leur parleront.  On sort donc de Petite Maman bouleversés, émus, par l’universalité de cet amour hors du temps. En écrivant un double Cergyssois pétri de tendresse de Portrait de la Jeune Fille en Feu, Céline Sciamma confirme qu’elle est l’une des réalisatrices françaises en activité les plus stimulantes à regarder, et à analyser. Sous ses airs de “petit film”, Petite Maman est surtout l’histoire d’un amour grand comme ça. Et en ces temps troublés, cette échappée en forêt apaise les cœurs et les esprits.

Titre Original: PETITE MAMAN

Réalisé par: Céline Sciamma

Casting:  Joséphine Sanz, Gabrielle Sanz, Nina Meurisse…

Genre: Drame

Sortie le:  02 juin 2021

Distribué par: Pyramide Distribution

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2 réponses »

  1. Déjà que la bande-annonce me tentait beaucoup, maintenant j’ai encore plus envie de le voir !

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