Critiques

Falcon & le Soldat de l’Hiver (Critique Mini-Série Épisode 1×04) La dernière tentation de John Walker…

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements

et nous vous conseillons sa lecture

après le visionnage de l'épisode

Ce nouvel épisode de Falcon et le soldat de l’hiver, le second dont le script est signé du créateur de John Wick, Derek Kolstad  est assez paradoxal. D’une part c’est sans doute le plus télévisuel de la série dans sa facture, il se déroule presqu’intégralement y compris pour les séquences d’action, en intérieur dans un décor d’hôtel (peut-être l’impact des restrictions liées au COVID) mais offre la meilleure caractérisation de ses personnages et se conclue sur une image iconique pour un moment définitivement marquant pour l’ensemble du MCU. Même si le chemin qui y mène est parfois maladroit. Tout l’épisode intitulé Le monde nous regarde s’articule autour de la thématique de jusqu’où chaque personnage est prêt à aller pour justifier ses propres objectifs. Bucky énonce explicitement dans son dialogue avec  la guerrière Dora Milaje Ako (Florence Kasumba) dépêchée pour récupérer Zemo (responsable dans Civil War de la mort du roi T’chaka, père de Black Panther) que son alliance avec le criminel dont il a aidé à l’évasion est un moyen pour atteindre une fin. Cette question s’incarne dans les deux autres antagonistes de l’épisode – Karli Morgenthau (Erin Kellyman), la chef des Flag-Smashers, et surtout John Walker, le nouveau Captain America (Wyatt Russell). Karli, comme cela a été explicitement montré dans l’épisode précédent, est prête à sacrifier des innocents pour faire émerger un nouvel ordre mondial tout comme Walker est prêt à utiliser le sérum du super-soldat  non seulement pour surmonter le complexe qu’il a vis à vis de son prédécesseur mais aussi des disposer brutalement de ses ennemis.

Une des réussites  de cet épisode est la très belle caractérisation de ses personnages, si il pèche parfois dans son rythme Le monde nous regarde réussit ses moments de développement de ses personnages et ses moments émotionnels. Si John Walker, Karli Morgenthau et  Sam Wilson  en constituent le moteur, chaque  personnage à l’occasion de montrer une facette intéressante de sa personnalité. L’épisode s’ouvre ainsi dans la continuité du précédent  sur un échange entre Bucky  (Sebastian Stan) et Ako dont on apprend à travers un flash-back qu’elle fut celle qui le libéra six ans plus tôt de son conditionnement d’assassin de l’HYDRA. C’est un beau moment d’émotion parfaitement interprété par Sebastian Stan, en dépit de leur façade dure on ressent l’affection entre ces deux personnages tiraillés entre ce lien privilégié et le devoir qui les fait s’affronter. Daniel Brühl est vraiment très bon dans le rôle du Baron Zemo, en dépit du sérieux et de la pertinence des thèmes plus politiques de la série, il parvient à s’amuser avec son  personnage de méchant manipulateur. Bien que Zemo ne soit clairement pas digne de confiance, il pose néanmoins une question pertinente  – même si les motivations de Karli Morgenthau sont bien intentionnées, le désir de devenir surhumaine pour atteindre ses objectifs ne fait elle pas automatiquement d’elle  une suprémaciste dangereuse. ? Cette question de la suprématie, l’idée qu’un être humain se sente supérieur à un autre, par ses idées, ses valeurs ou sa génétique semble être le vrai « super-vilain » du show. En dépit de l’évolution de son personnage Zemo garde sa cohérence avec cette défiance absolue pour les détenteurs de super-pouvoirs. Bien que ses véritables plans  restent obscurs, il semble  peu probable qu’il soit le Power Broker – quand on le voit briser tous ces flacons de sérum de supersoldat.

Si elle maitrise parfaitement les thématiques qu’elle veut traiter et la caractérisation de ses personnages la série a du mal à  gérer toutes les pièces de son échiquier ainsi on peut s’étonner du fait que les gouvernements internationaux ne mettent pas tout en œuvre pour arrêter Zemo, de même le voir échapper aux Dora Milaje, dans la confusion d’une bataille sans qu’il soit poursuivi semble illogique. Sharon Carter (Emily VanCamp) de son coté poursuit ses affaires troubles à Madripoor mais ses scènes si elles apportent de l’eau au moulin des théories qui font d’elle  le mystérieux Power Broker, ajoutent peu à l’intrigue. Il se passe beaucoup de choses dans cet épisode et on ressent à nouveau quelques problèmes de rythme. Le montage semble précipité à certains moments comme  l’évasion de Zemo , les personnages se déplacent d’une pièce à l’autre et une partie de la cohérence de l’action se perd. Toutefois dans la tradition de la série, les scènes d’action de l’épisode, en dépit du manque de budget pour offrir des décors vraiment cinématographiques sont  réjouissantes. Une séquence magnifiquement chorégraphiée où les gardes d’élite du Wakanda disposent de Falcon, Bucky, du nouveau Captain America et de son partenaire Battlestar ou le final qui voit nos héros se frayer un chemin à travers les super-soldats des Flag-smashers, offre ce qu’on attend d’une telle série super-héroïque, l’action  moins encombrée par des one-liners un peu forcés de l’épisode précédent est plus efficace.

Le point fort de cet épisode est la très belle caractérisation de ses personnages , à travers les échanges entre Sam Wison (Anthony Mackie) et Karli, cette dernière gagnant  en humanité et complexité. Quand elle décrit la façon dont Mama Donya l’a accueillie, il est clair qu’elle a un réel besoin d’aider les gens – et lorsque le groupe décrit le monde sans frontières qui existait après le Blip, on en vient même à comprendre la logique tordue du plan de Thanos. Mais elle a sur la conscience la mort de civils innocents et on l’entend menacer la famille de Sam pour l’atteindre. En conséquence, leurs scènes ensemble sont parmi les plus fortes de l’épisode, chacun voulant voir du bien dans l’autre, malgré de nombreuses preuves du contraire. L’idéalisme, le calme et le désir de Sam d’éviter les projecteurs et les conflits sont sans doute les raisons qui l’ont poussé à refuser le bouclier de Captain America mais sa volonté de trouver une solution pacifique montre qu’il est probablement la meilleure personne pour le titre. On ne peut évidemment pas en dire autant de John Walker (Wyatt Russell) dont l’arche narrative semble suivre le chemin le plus logique, épousant celle du personnage des comics en y ajoutant des dimensions psychologiques bienvenues qui en font le personnage central de l’épisode. En dépit de son approche brusque, il est indéniable que Walker est un patriote  mais son incapacité  à rechercher une solution pacifique en font un handicap  pour la mission. Walker est, au fond,  un homme en colère, pire il semble souffrir de  failles psychologique profondes qui le rendent incapable de gérer le poids de la symbolique du rôle de Captain America. On le savait militaire décoré mais on apprend à travers une conversation avec son partenaire qu’il est toujours hanté par ses actions en Afghanistan et souffre sans doute de stress post-traumatique. De la part de la série c’est un questionnement profond sur ce que peut représenter Captain America dans les années 2020. Steve Rogers a combattu durant la seconde guerre mondiale, sans doute la dernière des guerres menées par les USA avec un prisme moral clair.  Mais que représente un soldat qui a combattu dans des conflits aux motivations plus discutables. L’ironie est que si il avait rencontré Sam plus tôt quand ce dernier conseillait  des vétérans traumatisés par leur retour de la guerre il aurait été sans doute mieux armé pour la tache. Au lieu de cela ses défaites face aux Dora Milaje et aux Flags-smashers « augmentés » nourrissent son complexe d’infériorité. Quand il se trouve en possession du dernier flacon existant du sérum de supersoldat il  est sans doute la dernière personne qui devrait être autorisée à  s’en approcher et fait basculer l’épisode dans la tragédie. Le monde nous regarde montre la  symétrie entre les deux hommes, c’est parce qu’il doute d’avoir les qualités nécessaires pour incarner Captain America que Sam Wilson est le parfait Captain America et c’est parce qu’il croit mériter de l’incarner que Walker en est indigne. Le fait que Sam soit noir et Walker blanc donne à cette dichotomie un écho de la question de privilège qui secoue la société américaine.

Le sérum  dans ses veines fait éclater chez lui toute cette agression refoulée qui bouillonne sous la surface. Quand Battlestar (Clé Bennet), qui lui tenait lieu de conscience meurt sous les coups des Flag-smashers, quelque chose se brise chez Walker et nous assistons alors à une scène les parmi les plus viscérales – et effrayantes – de l’histoire du MCU. Cette séquence d’un homme portant le costume de Captain America battant à mort un autre homme avec son bouclier frappe les esprits. Elle fait évidement écho à une scène équivalente de Captain America Civil War et souligne  différence fondamentale entre Steve Rogers et son successeur. Il y a eu peu de moments dans les productions Marvel Studios aussi profondément dérangeants que de voir Captain America, le souffle court et le regard vague, debout au-dessus d’un cadavre alors que les spectateurs l’observent  à travers les appareils photo de leurs téléphones.  Cette scène renvoie aussi aux séquences de violences policières qui ont enflammés les Etats-Unis ces derniers mois.  Ainsi le montage parfois précipité et les quelques moments maladroits justifient cette image instantanément emblématique d’un Captain America avec un bouclier ensanglanté.  Les deux derniers épisodes ont énormément de réponses à apporter, Bucky et Sam – en particulier doivent désormais régler leur questionnement sur l’héritage de Captain America, mais avec Le monde nous regarde, Falcon et le soldat de l’hiver continue d’être à la fois un des chapitres les plus mitigés mais aussi les plus fascinants du MCU à ce jour.

Crédits: Disney +

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