Critiques

MENTAL SAISON 2 (Critique) Une suite très réussie…

SYNOPSIS: Quelques mois sont passés aux Primevères. Simon est maintenant en hospitalisation de jour, Estelle vient tout juste de trouver un travail, Marvin semble accepter de se soigner et Hippolyte se bat contre ses démons. Mais l’arrivée de Max, hospitalisée pour troubles alimentaires, va faire voler en éclat ce fragile équilibre… 

Fort d’une saison 1 plébiscitée par la critique et qui a réussi à séduire le public par ses personnages et ses intrigues, Mental revient pour une 2ème saison en 2021. Adaptée par Marine Maugrain-Legagneur et Victor Lockwood de la série finlandaise Sekasin, Mental faisait la part belle à toute une galerie de personnages très hauts en couleurs, naviguant au milieu d’un océan en pleine tempête composé par le service de pédopsychiatrie des Primevères. Réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun – auteur et metteur en scène, notamment connu pour ses implications dans les web-séries La Théorie des Balls ou Le Visiteur du Futur de François Descraques, dans lequel il incarne le Docteur Castafolte – cette nouvelle plongée dans les histoires de Mélodie, Estelle, Marvin, Simon et les autres se pare donc d’une volonté de fer d’agir dans la continuité du propos de la première saison, en restant constamment à hauteur d’Homme pour scanner les esprits de ces jeunes en recherche constante de leur place dans ce monde.

 

Après les évènements de la première saison, les Primevères accueillent de nouvelles têtes. Max, une jeune femme qui cache derrière son fort caractère et ses combats des troubles alimentaires ; Harmattan, un ancien patient du service revenu pour y partager ses expériences en tant qu’accompagnateur ; Hippolyte, figure comique et de second plan de la première saison, sortant doucement de sa crise de catatonie. De leurs côtés, Marvin lutte contre ses démons, Estelle peine à se confronter au monde extérieur et Simon se perd dans une réflexion sur l’amour et sur qui il est. L’équilibre et le calme que tous cherchent à atteindre se font alors de plus en plus lointains.

Mental signe avec ce deuxième service une suite très réussie, qui persiste à dépeindre ses malades sans stigmatisation, sans à priori, sans jugement, toujours avec beaucoup de retenue, de délicatesse et de tendresse. Si la première saison balbutiait à certains instants, manquant parfois d’équilibre dans le dosage de son humour – même s’il on n’en tient jamais trop rigueur – cette nouvelle salve d’épisodes parvient à tirer la continuité logique de la fin des évènements de l’année passée tout en extrapolant et amplifiant autant que possible toutes les facettes de sa conception. Finalement, cette saison est à l’image du personnage d’Hippolyte, running-gag récurrent de la première, qui sort de sa crise de catatonie pour devenir le véritable cœur de ces épisodes, servant même tout du long de moteur à l’intrigue à travers une voix-off régulière qui vient offrir de curieux et précieux parallèles entre les patients des Primevères et les corps célestes. Son arc narratif est une réussite complète, parvenant à entièrement tirer son épingle du jeu. Mais les autres personnages, anciens comme nouveaux, ne sont pas en reste, ayant tous leur place attitrée dans ce petit monde qui dégage bien plus que ce qu’il n’y paraît à première vue.

Mental saison 2 convainc aussi par son esthétique, bien plus maîtrisée que la première saison, appuyée par une mise en scène enlevée et maîtrisée de part en part, qui surprend et bouleverse dans sa façon très maline de traiter ses variations de tons, pouvant sans aucun mal passer d’une scène dramatique – voire tragique – à des piques d’humour par exemple dégagés par la fougue et l’énergie débordante du personnage de Simon, jeune borderline en quête continuelle d’expériences de vie. Slimane-Baptiste Berhoun signe avec cette nouvelle saison une composition toujours très juste, souvent onirique et parfois hilarante, peignant à côté de la première salve d’épisodes une fresque d’un infini éclectisme qui ferait pâlir les murs bondés d’ »œuvres d’art » du service. Toujours à hauteur de ses personnages, le processus d’identification et d’attachement est redoutablement efficace, nous accrochant définitivement – si la série ne l’avait pas déjà fait – à ces jeunes noyés par le monde qui trouvent entre ces murs une renaissance magistrale et d’une humanité folle. En se concentrant sur leurs désirs (amoureux, sociaux, sexuels – ce sont des jeunes adultes après tout) autant que sur leurs angoisses existentielles par une mise en scène proche de leurs états d’âmes et de leurs corps (la série propose même des séquences musicales qui semblent à quelques instants tout droit sortir d’un film de Xavier Dolan), la mise en scène subtile et poétique qui évite à bien des égards le sensationnalisme pour mieux humaniser ses personnages permet de figer tous les corps célestes qui composent ce service pédopsychiatrique, filmant avec volupté et délicatesse leurs démons, leurs fantômes, les voix dans leurs têtes autant que leurs joies, leurs passions dévorantes, leurs attachements et leurs choix.

Au cœur de ce maelstrom d’émotions se trouve un casting remarquable de justesse et de précision, qui rassemble à nouveau Constantin Vidal, Laurena Thellier, Louis Peres et Alicia Hava dans le quatuor de tête de la première saison. Reviennent sur nos écrans Riad Ghami, Nicole Ferroni et Clément Naslin dans leurs rôles d’encadrants et accompagnateurs de cette joyeuse troupe. S’ajoutent à eux Déborah Lukumuena dans le rôle de Max, Benoît Blanc incarnant Guillaume Bourdon, le nouveau chef de service, et Julien Lopez donnant corps à Harmattan. Sans oublier de citer Hippolypte, retrouvant son comédien Léo Grêlé, dans cette saison qui lui laisse le champ libre pour se placer au centre de tout et pour permettre de faire battre le cœur de toute cette salve d’épisodes.

Dans la continuité logique et sublimée de la première saison, Mental offre par sa générosité, sa positivité, sa tendresse, mais aussi par sa violence et par son réalisme explosif une plongée qui prend constamment aux tripes et irradie de lumière l’écran. En fabriquant de toutes pièces façon mosaïque faite main une saison 2 idéale, exemple même de ce qu’une suite se doit d’être, le réalisateur et les scénaristes parviennent au-delà de la peinture de la maladie mentale et du parcours tortueux de ses patients (mais pas que) à catalyser la difficulté de toute une génération à trouver sa place dans la société, de savoir et d’assumer qui elle est et qui elle veut être. Dans ce combat de tous les jours que se mènent les personnages face à leurs maladies qui les séparent des autres mais aussi d’eux-mêmes, Simon a trouvé le mot qui symbolise tout. Tout cet équilibre improvisé mais solide qui repose sur l’Ensemble : le « Tchudak » qu’il a accroché sur le mur de sa chambre et tatoué sur sa poitrine, figure symbolique par excellence de la dualité de ton de la série.

Crédits: FRANCETV SLASH

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s