J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Annie Girardot

Chère Annie Girardot,

C’était il y a dix ans. Une éternité à la fois si loin et si proche. Ce moment où vous vous êtes éclipsée pour toujours nous laissant inconsolables et orphelins. Il reste vos films bien sûr, morceaux de vies magnifiques, témoignages des multiples existences que vous avez vécue par procuration. Mais il reste aussi ce souvenir vivace et tenace que vous nous aviez rappelé vigoureusement en 1996 au moment de recevoir votre César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Les Misérables de Claude Lelouch. Que le cinéma français s’était détourné de vous alors que vous en étiez la star incontestée durant des seventies. Et qu’il vous avait manqué plus qu’aucun d’entre nous ne s’en était rendu compte. Vous étiez belle et libre, insoumise et vibrante, n’ayant pas toujours le discernement adéquat pour choisir uniquement des rôles marquants qui jalonnent une carrière parfaite. Mais vous jouiez avec un tel naturel, une telle gouaille, une telle énergie et un tel bagout que tout passait crème tant vous y mettiez l’honnêteté et l’abnégation de la comédienne qui pratique son art comme un sacerdoce.

Vous nous touchiez par votre sincérité, par cette implication et cette générosité sans partage, par cet instinct qui vous a aussi valu paradoxalement tant de déconvenues… Nous vous aimions, quand bien même, nous n’avons pas su vous le montrer en temps et en heure, au moment en tout cas où vous aviez besoin de ces marques d’affection qui nous rattachent à la vie. Tant de souvenirs nous ramènent à vous, tous ces rôles dans lesquels nous vous admirions le cœur battant, l’émotion au bord des lèvres ou prêt à dégainer un sourire que vous auriez fait naitre d’une réplique ou d’une œillade que l’on aurait pris pour un signe qui nous était destiné. Votre humanité qui débordait littéralement de votre jeu, de vos personnages imbibait vos performances et nous étions sous le charme de votre beauté et de votre talent.

Je vous ai aimé d’un amour incommensurable dans Rocco et ses frères ou chez Lelouch d’abord dans Vivre pour vivre puis dans Un Homme qui me plaît où vous étiez éblouissante jusque dans la scène finale exceptionnelle où vous nous mettiez à genoux pour le compte en un regard. Vous m’avez ébloui dans Mourir d’aimer, La Mandarine, La vieille fille, Traitement de choc, La gifle ou Docteur Françoise Gailland qui vous avait valu le César de la meilleure actrice en 1977 et où vous étiez bouleversante. Je vous ai adoré dans le diptyque Tendre Poulet / On a volé la cuisse de Jupiter où avec Philippe Noiret vous formiez un tandem qui m’a fait vibrer, dans La Zizanie où vous teniez la dragée haute à De Funès, dans Cause toujours… tu m’intéresses où votre rencontre fortuite avec Jean-Pierre Marielle portait le film à des hauteurs inespérées. Puis je vous ai admiré dans Il y a des jours et des lunes et Merci la vie puis évidemment dans Les Misérables où votre tirade face à Michel Boujenah était un chef-d’œuvre de comédienne. Vous avez encore brillé chez Michael Haneke ou chez Eric Toledano et Olivier Nakache mais vous avez fait battre nos cœurs à tout rompre tout au long d’une carrière vertigineuse qui ne dit pas le quart de votre puissance émotionnelle ou de votre puissance dramatique. Dix ans ont passé et il ne se passe pas une année sans que vous ne reveniez sur l’écran noir de nos nuits blanches habiter nos mémoires cinéphiles d’un éclat de rire, d’un sourire ou d’une réplique prononcée avec cette voix inimitable qui n’appartenait qu’à vous mais que l’on garde en nous, là dans nos poitrines meurtries par votre absence mais ragaillardies de savoir que, quoi qu’il arrive, on vous reverra pour faire briller dans nos yeux la flamme d’un souvenir indélébile.

Votre dévoué Fred Teper.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s