Critiques

LA FAUTE A ROUSSEAU (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×06) Un chemin pavé de bonnes intentions…


SYNOPSIS: Les tribulations d’un professeur de philo, Benjamin Rousseau, aussi brillant qu’atypique et rebelle, et de ses élèves. Il leur donne des armes pour affronter la vie, qui sont Kant ou Spinoza. L’ironie dans tout cela : Rousseau, qui aide ces jeunes avancer, fait du surplace dans sa propre vie.

Ce mercredi, France 2 nous présente sa nouvelle arrivée, La faute à Rousseau en 8 épisodes d’une cinquantaine de minutes. Ce nouveau programme suit les tribulations de Benjamin Rousseau (Charlie Dupont), professeur de philosophie de 46 ans, dans une version très sage d’un Hank Moody (Californication), instable et éternel adolescent qui détient tous les concepts de la philosophie, les applique à tout le monde, sauf le plus clair du temps à sa propre vie. Au cœur de sa classe il va tenter d’aider les uns et les autres à devenir meilleurs et régler leurs différents problèmes ; l’occasion d’explorer un large spectre de sujets qui font régulièrement l’actualité, notamment en milieu scolaire, comme le harcèlement, le rejet, l’isolement, les complexes ou même l’appartenance sociale.
 Mais au pays de la philosophie nous retrouvons trop souvent ici de gros raccourcis.



Si La faute à Rousseau est un chemin pavé de bonnes intentions qui revisite à sa sauce un schéma déjà appréhendé de façon variée à travers le monde, allant de l’Instit avec Gérard Klein à Great Teacher Onizuka, elle le fait souvent avec la subtilité d’un bulldozer. Précisons d’ailleurs au passage, ce qui a son importance, qu’elle est l’adaptation française de la série catalane Merlí diffusée entre 2015 et 2018 et non une véritable création originale. Après un premier épisode poussif qui nous a donné la sensation de faire du neuf avec du vieux (et nous ne faisons même pas ici référence à Merlí que nous n’avons guère eu l’occasion de visionner) plutôt que d’être une franche proposition dynamique et moderne dans l’âme, nous nous sommes petit à petit pris au jeu des histoires et des personnages, tous dans leurs genres assez attachants. Le problème de La faute à Rousseau c’est qu’elle arrive après Les Grands, dont elle s’est vraisemblablement inspirée y compris dans son identité musicale, sans réussir à intégrer la fraîcheur et le côté novateur qui en faisait le sel. Alors certes l’angle d’attaque n’est pas le même que dans Les Grands, mais elles ont toutes les deux vocation à parler des jeunes et de leur entourage. La faute à Rousseau le fait néanmoins, d’ailleurs peu subtilement, avec une optique très démonstrative et pédagogique. Le parti pris de la philosophie est à ce titre intéressant, ludique et original sur le principe, et bien qu’il ne soit souvent qu’un prétexte de forme un peu artificiel au service du fond, il y a clairement de l’idée et de la pertinence en la matière.


La série ne propose ainsi rien de particulièrement nouveau mais est incontestablement bien produite. Le casting est globalement très bon avec en tête un Charlie Dupont (également présent récemment dans l’épisode Lola de la série Neuf meufs) totalement à l’aise dans son rôle de professeur intrusif, décomplexé et bienveillant, et dont les échanges avec sa mère interprétée par une Anny Duperey extrêmement drôle, sont savoureux. Autour d’eux, les différents adolescents amènent leur fraîcheur et leur naturel (mentions spéciales à Emeline Faure, Esther Valding, Grégoire Paturel, Louis Duneton et Victor Lefebvre) dans une classe très homogène malgré les différents problèmes qui séparent les uns des autres. Chaque épisode est centré sur un élève en particulier, son entourage, les problèmes qui rongent son quotidien, avec en périphérie la storyline générale qui se poursuit en fil rouge. Le dosage est à ce niveau-là réussi, les soucis d’un élève n’empêchant pas de continuer à faire vivre ceux des autres, a contrario d’une série comme Skins. Là où le bât blesse, c’est qu’en se voulant moderne elle souffre malgré tout trop souvent comme nous l’évoquions d’un petit côté ringard remis au goût du jour, à la fois dans sa réalisation et son écriture. L’écriture s’avère d’ailleurs sans aucun doute sa plus grande tare, chaque nouvel épisode débutant sans aucune subtilité avec d’immenses sabots lorsqu’il s’agit d’introduire le contexte social du personnage qui devient un temps le protagoniste central, avec le plus clair du temps une montagne de facilités scénaristiques. La série prend alors trop souvent l’aspect d’un exposé démagogique, et ce n’est même pas lié à Benjamin Rousseau qui se la joue Instit cool des temps modernes, mais bel et bien à cause de sa façon de poser et de développer les évènements.


N’ayant pas eu accès aux deux derniers épisodes à l’instant d’écrire ces lignes, nous ignorons comment vont aboutir les différentes intrigues tissées jusqu’à présent même si nous n’imaginons pas de grandes surprises en la matière, la série étant assez prévisible. Nous poursuivrons tout de même afin de le découvrir, car malgré tous ses défauts et quelques parti pris douteux, La faute à Rousseau dégage un gros capital sympathie et quelques jolis moments, même si elle vit déjà dans l’ombre de shows plus aboutis qu’elle, y compris dans les propositions françaises les plus modernes.

Crédits: France 2 / DEMD Productions

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