Critiques Cinéma

THE NEST (Critique)

SYNOPSIS: Dans les années 1980, Rory, un ancien courtier devenu un ambitieux entrepreneur, convainc Allison, son épouse américaine, et leurs deux enfants de quitter le confort d’une banlieue cossue des États-Unis pour s’installer en Angleterre, son pays de naissance. Persuadé d’y faire fortune, Rory loue un vieux manoir en pleine campagne où sa femme pourra continuer à monter à cheval. Mais l’espoir d’un lucratif nouveau départ s’évanouit rapidement et l’isolement fissure peu à peu l’équilibre familial. 

Sean Durkin. Le nom du réalisateur américain avait totalement disparu de la circulation cinématographique depuis un peu moins de 10 ans après un premier film très prometteur : Martha Marcy May Marlene. Également scénariste sur le film, le récit nous emmenait sur les traces de Martha, une jolie adolescente qui se réfugie auprès d’une secte à la suite de la perte de ses parents. Ce thriller psychologique réussissait à installer une ambiance malsaine sans esbroufe, sans effet tapageur ce qui rendait l’ensemble très perturbant. En outre, le long-métrage révélait au monde une jeune actrice, Elizabeth Olsen, qui a malheureusement choisi de s’adonner exclusivement à des » marvelleries ». 9 ans après, Durkin revient donc avec The Nest avec un casting plus reconnaissable et toujours un rôle de réalisateur/scénariste. Le metteur en scène s’est entouré de l’excellente Carrie Coon (The Leftovers) et de Jude Law pour former ce couple à première vue ordinaire au milieu des années 80. Ils vivent aux Etats-Unis. Lui s’occupe de ses deux enfants tandis qu’elle, travaille dans un centre équestre. Anglais de naissance, Rory a la bougeotte et souhaite reprendre sa carrière financière en Angleterre. Il promet à sa famille un avenir radieux, notamment en convaincant Allison qu’elle aurait son propre centre.



Beaucoup considèrent que le vrai tournant libéral s’est déclenché au début des années 80 avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Tatcher en Grande-Bretagne. Les marchés se dérégulaient, les jeunes ambitieux sortaient du placard et chacun, peu importe son milieu, était persuadé de pouvoir conquérir le monde des affaires. Rory ne veut pas passer à côté de ces opportunités à portée de main d’autant qu’il est né au sein de la classe populaire anglaise, cette classe dont il ne veut plus entendre parler, qu’il méprise. On ressent le traumatisme de cette jeunesse. Ainsi, la scène de retrouvailles avec sa mère à qui il ne donnait plus de nouvelles est très révélatrice de l’état d’esprit du personnage. C’est pourquoi pour réussir, il est prêt à mentir à ses proches, à ses collègues pour parvenir à ses fins, quitte à en devenir pathétique. La fin justifie les moyens selon les critères de cet être médiocre et son aveuglement cause des dégâts irréversibles dans son entourage. Peu de suspense du point de vue scénaristique puisqu’on comprend très vite que cette chimère qui électrise Rory au quotidien va causer sa perte même si Durkin prend son temps pour installer son récit. Jude Law nous rappelle de temps en temps que lorsqu’il est bien dirigé, il peut être cet acteur animal teinté de fragilité. Face à lui, Carrie Coon interprète cette épouse qui subit les décisions de son mari arriviste, qui mérite « d’être montrée » aux nouveaux collègues de Rory tout en se satisfaisant de pouvoir continuer à entretenir son haras. Jusque là, elle ne se mêle pas trop des affaires de son époux, sauf que lorsque ce dernier commence à lui demander de l’argent et que certains créanciers demandent à être payés, le couple va se déliter au fur et à mesure.



Durkin choisit malicieusement de concentrer sa narration dans cette immense bâtisse anglaise où le couple a trouvé refuge. Un achat en totale déconnexion des moyens du couple, signe de l’égo démesuré de Rory. Cette maison devient peu à peu le théâtre de la grande solitude de chacun des membres de la famille. Commençant avec de minutieux plans larges pour décrire la quiétude et l’apaisement du nid (the nest) familial, la caméra se resserre à mesure que la famille se décompose. On en vient à étouffer dans cette demeure à l’image d’un Overlook Hotel dont on a simplement envie de s’enfuir. L’arc narratif d’Alisson devient la clé du film car d’épouse dévouée, elle devient celle qui ne se laisse plus dicter son comportement. Elle met à jour les mensonges et la mesquinerie de son mari (la scène du restaurant est ainsi un sommet). Le désir de réussite de Rory annihile tout sur son passage et c’est la seule qui est encore capable de garder la tête froide pour ramener le bateau familial à bon port. Durkin ne recherche jamais des effets tape à l’œil faisant entièrement confiance en ses personnages pour amener son récit vers une conclusion inévitable. Espérons que Durkin ne nous reviendra pas en 2029 au regard de la qualité d’un tel film.

Titre original: THE NEST

Réalisé par: Sean Durkin

Casting: Jude Law, Carrie Coon, Charlie Shotwell …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 09 février 2021

Distribué par : Canal Play

EXCELLENT

 

 

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