Critiques Cinéma

LA NUÉE (Critique)

SYNOPSIS: Pour sauver sa ferme de la faillite, une mère de famille célibataire se lance dans un élevage de sauterelles comestibles risqué et développe avec elles un étrange lien obsessionnel. Elle doit faire face à l’hostilité des paysans de la région et de ses enfants qui ne la reconnaissent plus.

Le paysage cinématographique français peut être bien monotone et monochrome quand on ne s’attarde qu’aux sorties populaires qui répètent les mêmes schémas et les mêmes codes. Et c’est pour cette raison qu’il est toujours rafraîchissant de se concentrer sur les expérimentations de genre bleu blanc rouge qui apportent un nouveau souffle et un nouveau regard sur le potentiel filmique français. Certaines occurrences parviennent même à égaler les standards américains, tant dans l’action (Le Chant du Loup), dans l’horreur (Julia Ducourneau et son Grave en 2016 ou le cinéma de Pascal Laugier) que dans le fantastique (Dans la Brume ou encore l’adaptation de la bande-dessinée Seuls par David Moreau). C’est pour cette raison précise que nous attendions pas mal de La Nuée, tentative de genre au pitch alléchant qui promettait des effets spéciaux de qualité. La Nuée raconte l’histoire Virginie, mère de famille célibataire ayant à charge ses deux enfants, Laura et Gaston. Elle possède une ferme d’élevage de sauterelles, qui ne se porte pas très bien : les insectes se reproduisent de moins en moins, faisant baisser le rendement de la production. Très vite, Virginie trouvera un moyen de subvenir aux besoins de sa famille, établissant alors une relation complexe et dangereuse avec ses sauterelles.

Réalisé par Just Philippot, La Nuée est davantage un thriller entomologique qu’un film d’horreur, même si il fait la part belle à des moments de tension et de répulsion de haute voltige. Mais avant tout ça, La Nuée est un drame social, traitant d’un milieu agricole compétitif et d’une famille qui se montre instable de par l’obsession qu’entretient la mère pour ses insectes, relation quasiment charnelle qui engagera de nombreux questionnements de la part des enfants et des proches. Il y a du Grave dans cette Nuée, de par la place prépondérante que prend le propos social de l’intrigue, servant de support à des envolées horrifiques d’action ponctuant le récit. Le film possède alors de multiples lectures et pose une tension écrasante qui accroche le spectateur à son siège, laissant un doute constant sur la suite des évènements. En écrivant ce récit imprévisible et riche en rebondissements, les scénaristes Jérôme Genevray et Franck Victor montent un film aux racines infiniment françaises de par son contexte social, qui puise pourtant bien dans des influences américaines majeures. La nuée menaçante, invisible et protéiforme d’insectes rappelle le xénomorphe d’Alien ou le requin des Dents de la Mer, créatures cultes du cinéma d’horreur, qui s’invitent en France pour soutenir la volonté appuyée de créer un spectacle inédit et surprenant de notre côté de l’Atlantique.


La Nuée jouit également d’une post-production de très bonne facture, déjà grâce à un mixage son puissant et très précis dans son installation des éléments scénaristiques majeures autant que dans les très efficaces montées de tension. Mais la grande tête d’affiche du film reste malgré tout la Nuée d’effets spéciaux qui balisent le film. Derrière eux, Antoine Moulineau, très prolifique dans le domaine ces dernières années aux Etats-Unis, superviseur VFX du projet. Dans La Nuée, les effets spéciaux se confondent dans le réel, et paraissent très crédibles dans la continuité du film. L’équilibre trouvé est très juste, conférant au récit une portée fantastique très réussie, soutenue par la mise en scène intelligente de Just Philippot, dont c’est d’ailleurs le premier long-métrage. Mais entre ces sauterelles et ces propos sociaux se trouve un casting très qualitatif qui porte le film.


En tête d’affiche, on trouve Suliane Brahim (Hors Normes), incarnant cette mère de famille qui se retrouve bouffée par son travail, quitte à délaisser ses proches, ses enfants en première ligne. Eux sont interprétés par Marie Narbonne (Play, Mandibules) et Raphaël Romand, tout deux très justes dans un registre très demandeur en émotion et en impact. On retrouve également Sofian Khammes, bien présent dans le cinéma français ces derniers temps (Le Monde est à toi, et bientôt Un Triomphe, Arthur Rambo ou Poissonsexe). Ils fournissent un travail détaillant une ample palette de genres et d’émotions, donnant au film cette dimension sociale si particulière. On s’attache aux personnages, avant qu’ils tombent dans une spirale auto-destructrice frappant le spectateur de plein fouet. Pour sa première réalisation de long-métrage, Just Philippot offre à la France un spectacle de grande qualité, qui impressionne par sa démarche et son propos. Doté d’une mise en scène intelligente et juste, il monte un concentré de tension et de suspense qui lance des scènes d’action et d’horreur dérangeantes et oppressantes. Grouillant de bonnes idées et de sauterelles, La Nuée est la très bonne surprise de genre bleu blanc rouge, une réussite formelle impressionnante qui nourrit un propos socio-professionnel et familial très riche.

Titre original: LA NUÉE

Réalisé par: Just Philippot

Casting: Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne …

Genre: Drame, Fantastique, Epouvante-horreur

Sortie le: 16 juin 2021

Distribué par : The Jokers / Capricci

EXCELLENT

 

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