Critiques Cinéma

PIECES OF A WOMAN (Critique)

SYNOPSIS: Vivant à Boston, Martha et Sean Carson s’apprêtent à devenir parents. Mais la vie du couple est bouleversée lorsque la jeune femme accouche chez elle et perd son bébé, malgré l’assistance d’une sage-femme, bientôt poursuivie pour acte de négligence. Martha doit alors apprendre à faire son deuil, tout en subissant une mère intrusive et un mari de plus en plus irritable. Mais il lui faut aussi assister au procès de la sage-femme, dont la réputation est désormais détruite. Pieces of a Woman est une chronique intimiste et déchirante de la vie d’un couple, et le portrait bouleversant d’une femme qui doit apprendre à faire son travail de deuil. 

Si dans notre panthéon personnel se trouvent de nombreux films qui ont dressé d’inoubliables et bouleversants portraits de femmes arrivées à un point de rupture dans leur vie, aucun d’entre eux n’avait traité des conséquences psychologiques de l’un des drames les plus traumatisants qui soit, quand l’acte de donner la vie, ce moment tant attendu, censé être l’un des plus beaux jours de nos vies, devient celui que l’on voudrait effacer de nos mémoires. Vivre avec le manque d’un enfant que l’on n’a parfois même pas eu le temps de prendre dans ses bras, s’ouvrir à la vie et aux autres quand la mort est venue frapper de la façon la plus inattendue et injuste qui soit, ne pas se laisser submerger par ce que Roland Barthes appelait la « mer de chagrin », c’est ce à quoi se retrouvent confrontes les parents endeuillés et ce que Kornel Mundruzco ambitionne donc de nous faire comprendre et même ressentir dans Pieces of A Woman. On pouvait déjà saluer son ambition de traiter d’un tel sujet pour son premier film américain, produit par Netflix, dont la réception critique peut conditionner la suite de sa carrière. On pouvait aussi nourrir quelques inquiétudes en se rappelant de nos réserves sur le cinéma d’un metteur en scène qui, certes embrasse des thématiques socialement fortes (White Dog, Jupiter’s Moon), mais peine à faire naître l’émotion et cède parfois à l’ivresse de ses démonstrations techniques perdant son sujet en cours de route pour le retrouver dans son dernier tiers. Pieces of a Woman n’est qu’au détour de quelques scènes  le grand film que l’on aurait souhaité qu’il soit. Si Martha Weiss (Vanessa Kirby) est un personnage en quête de paix intérieur que l’on suit sur le long chemin de sa reconstruction, Pieces of a Woman donne également ce sentiment d’être un film très fragile dont il faut assembler les morceaux.

De façon assez peu subtile, Kornel Mundruzco utilise tout au long de son récit l’image du pont en construction pour matérialiser le chemin parcouru par Martha. Cette image vaut également pour son film qui passé son prologue choc se construit devant nous de façon un peu laborieuse, ne parvenant jamais réellement à nous connecter à ses personnages, qu’il observe avec une forme de distance qui peut certes trouver du sens en ce qu’elle fait écho avec la façon dont Martha fait face au deuil en se détachant de ses émotions et de tout ce qui pourrait lui faire penser à son enfant. Malheureusement ce parti pris est accompagné par quelques lourdeurs symboliques embarrassantes klaxonnant le mal être que la mise en scène ne parvient pas à nous faire ressentir. S’il n’était adapté de la pièce écrite par sa compagne suite au décès de leur enfant, nous nous serions presque posés la question de l’empathie de Mundruzco pour ses personnages et de sa compréhension intime de leur mal être, tant tout une partie du film est flottante, atone et s’égare en même temps dans des sous intrigues dont on aurait pu se dispenser ou des surcouches thématiques qui ressemblent à de mauvaises ficelles scénaristiques pour expliquer la relation complexe que Martha entretient avec sa mère (Ellen Burstyn). Si la sincérité de Mundruzco ne peut donc pas être remise en cause, se pose la question de sa capacité à tenir la note sur la longueur d’un récit dont on ne ressent les pulsations que lorsque la caméra se pose sur Vanessa Kirby ou Shia Labeouf et les laisse nous transmettre la douleur (sourde pour Martha/à fleur de peau pour Sean) qui ne quitte plus leurs personnages depuis la perte de leur enfant.

La construction même de Pieces Of A Woman rend compte des enjeux du récit et du chemin à parcourir pour Martha et Sean après la perte de leur enfant. Le titre du film n’apparaît en effet qu’à l’issue d’une longue et éprouvante scène d’accouchement filmée pour l’essentiel en plan séquence. On peut discuter du réalisme de cette scène, la comparer avec celles que l’on a forcément en mémoire (Apocalypto, Le Fils de l’Homme …) mais sa pertinence ne fait guère de doute quand elle est le socle sur lequel repose toute la suite de la dramaturgie du film. Il est clair que Kornel Mundruzco a voulu nous faire partager presque viscéralement cette expérience avec ce couple pour nous laisser dans un état de choc semblable au leur au moment où débute vraiment le film et se pose la question de l’après. De ce point de vue et malgré nos réserves exposées, il faut reconnaître que Pieces Of A Woman échappe aux clichés mélodramatiques attendus et prend même le contre-pied de ce que pouvait laisser paraître son prologue. Sean et Martha ont une façon totalement opposée de vivre leur deuil qui les rend peut être difficiles à appréhender au delà du fait qu’il est clair que leur couple est mort cette nuit là et, qu’en tout cas, chacun doit suivre son propre chemin pour accepter ce deuil avant d’envisager la possibilité de s’ouvrir à nouveau à l’autre. Pieces of A Woman échappe au sentimentalisme et nous montre le deuil tel qu’il est pour beaucoup:  une épreuve qui révèle les caractères et réveille les conflits intérieurs les plus enfouis. L’isolement de Martha est saisissant. Dans son chemin intérieur elle doit s’affranchir du jugement des autres y compris de sa famille, de leur regard, puiser en elle les réponses à sa douleur. Vanessa Kirby compose de l’intérieur son personnage avec la retenue qui est la marque des plus grandes actrices. Martha est habitée par une insondable mélancolie, une infinie tristesse qui transparaît dans son regard quand elle se dissimule par ailleurs sous une apparence toujours impeccable et une froideur qui la tient à distance des autres. On aurait tant aimé que le film se concentre plus sur elle, délaisse une sous intrigue judiciaire qui n’a guère d’intérêt sinon dans sa conclusion et l’occasion qu’elle lui donne de casser les murs de la prison intérieure dont elle voulait perdre la clé.

Titre original: PIECES OF A WOMAN

Réalisé par: Kornél Mundruczo

Casting: Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Ellen Burstyn

Genre: Drame

Sortie le: 07 janvier 2021

Distribué par : Netflix

 BIEN

 

 

1 réponse »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s