Critiques Cinéma

ZODIAC (Critique)

SYNOPSIS: Zodiac, l’insaisissable tueur en série qui sévit à la fin des années 60 et répandit la terreur dans la région de San Francisco, fut le Jack l’Eventreur de l’Amérique. Prodigue en messages cryptés, il semait les indices comme autant de cailloux blancs, et prenait un malin plaisir à narguer la presse et la police. Il s’attribua une trentaine d’assassinats, mais fit bien d’autres dégâts collatéraux parmi ceux qui le traquèrent en vain. Robert Graysmith, jeune et timide dessinateur de presse, n’avait ni l’expérience ni les relations de son brillant collègue Paul Avery, spécialiste des affaires criminelles au San Francisco Chronicle. Extérieur à l’enquête, il n’avait pas accès aux données et témoignages dont disposait le charismatique Inspecteur David Toschi et son méticuleux partenaire, l’Inspecteur William Armstrong. Le Zodiac n’en deviendrait pas moins l’affaire de sa vie, à laquelle il consacrerait dix ans d’efforts et deux ouvrages d’une vertigineuse précision… 

Fincher a été marqué dans son enfance par le tueur du Zodiaque qui a terrorisé la Californie à la fin des années 60 et au début des années 70, notamment avec des policiers qui surveillaient les bus scolaires que le réalisateur utilisait. Des décennies plus tard, il adapte le livre de Robert Graysmith (qu’interprète Jake Gyllenhaal) et nous fait la peinture d’une époque et d’un pays en plein changement, ainsi que d’une Californie faussement ensoleillée et insouciante. Après tout, Charles Manson et la « famille Manson » commettent une série de meurtres dans la région de Los Angeles au même moment. C’est donc un tournant pour l’Amérique et pour la police. Le film est donc ancré dans son époque et est marqué par les problèmes administratifs entre cantons qui ralentissent considérablement l’enquête, d’autant plus qu’à l’époque rien n’est informatisé donc tous les documents sont fait à la main et doivent être consultés en se déplaçant. On est aux balbutiements du matériel pour les enquêtes et du profilage criminel, qui seront au centre de la série que Fincher produira ensuite : Mindhunter.


La sobriété millimétrée de la mise en scène de Fincher est à remarquer, avec beaucoup de plans fixes mais toujours très composés, quelques ralentis, des travellings latéraux, inspirés par Les Hommes du Président (1976) d’Alan J. Pakula (notamment les scènes de bureau des journalistes). De façon générale, il y a toujours des angles intéressants, surprenants et des images très élaborées qui vont marqueront. Connu pour son perfectionnisme, Fincher alla jusqu’à tourner 70 prises pour certaines scènes, ce qui n’était pas du goût de tous les acteurs ! Le cinéaste opère également un virage au niveau de la photographie (ici avec Harris Savides) qu’il va développer dans ses films suivants : l’image devient monochrome et tire sur le gris, et les couleurs sont désaturées, effets que l’on retrouvera particulièrement ensuite dans Millénium les hommes qui n’aimaient pas les femmes (2011) et Gone Girl (2014), tous deux réalisés avec le directeur de la photographie Jeff Cronenweth. Tout ceci concorde à créer une tension permanente qui va aller crescendo. Présenté au Festival de Cannes en 2007 et reparti bredouille (chose que nous ne comprenons toujours pas à ce jour), le film est une enquête passionnante mais explore aussi la représentation de la violence, froide et terrifiante (on pense aux meurtres au bord d’un lac), et le long-métrage joue même parfois avec les codes du film d’horreur : voir cette scène où le personnage de Jake Gyllenhaal descend dans une cave qui est tout simplement terrorisante (sentiment qui se produira de nouveau avec l’acteur dans Prisoners quelques années plus tard !).


Durant cette enquête, le long-métrage nous dépeint la confrontation puis l’alliance de trois hommes très différents : un inspecteur de police (Mark Ruffalo), un journaliste (Robert Downey Jr.) et un dessinateur fasciné par les casse-têtes et les codes (Jake Gyllenhaal). Les acteurs sont sobres, parfaits et magiques. Jake Gyllenhaal sortait de l’immense succès de Brokeback Mountain (2005), Robert Downey Jr. était sur le retour avec Kiss Kiss Bang Bang (2005) et était sur le point de tourner Iron Man (2008) avec la réussite que l’on connaît. Quant à Mark Ruffalo, venu du circuit indépendant, il n’était pas encore The Hulk et commençait à accéder à des premiers rôles dans des films de premier plan (par exemple Shutter Island de Martin Scorsese trois ans plus tard). Les hasards du cinéma voudront que ces trois acteurs se retrouvent dans le Marcel Cinematic Universe des années plus tard (Jake Gyllenhaal incarnant Mystério dans Spiderman Far from home (2019)) ! Notons la présence des confirmés Anthony Edwards, Dermot Mulroney et Chloë Sevigny, tous très bien. On retient aussi le remarquable Jimmi Simpson (dans un petit rôle pourtant clé), et John Carroll Lynch qui est une révélation. Par ailleurs, le septième art est d’une importance capitale dans le long-métrage, d’une part avec l’importance des affiches de cinéma et des pellicules dans l’enquête, d’autre part avec la mention du premier volet de L’Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel, film qui s’est largement inspiré du tueur du Zodiaque pour son histoire, avec un tueur en série se nommant Scorpion (Scorpio en version originale).


Cette affaire jamais résolue nous rappelle également un autre chef-d’œuvre, Memories of Murder (2003) de Bong Joon-ho. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que Fincher et Bong Joon-ho s’admirent et s’influencent : que ce soit via le traitement de la pluie pendant une enquête dans Se7en puis dans Memories of murder, ou un tueur en série dans les années 70 dans une région très précise dans le film sud-coréen puis Zodiac. Si l’on va encore plus loin, Jake Gyllenhaal, protagoniste de Zodiac, sera à l’affiche en 2017 de Okja de… Bong Joon-ho ! Enfin, et c’est peut-être le plus important, l’incroyable force (et la grande réussite) de Zodiac est de transmettre l’obsession de ses personnages pour l’enquête au spectateur. Ainsi, nous aussi, nous devenons enquêteurs et étudions avec minutie les indices pour découvrir la vérité. Jamais un film n’avait atteint un tel degré, en tout cas pas à notre connaissance, de rendre ses spectateurs aussi obsédés par une enquête. Chef-d’œuvre absolu, à voir et à revoir, laissez-vous tenter par ce puzzle !

Titre original: ZODIAC

Réalisé par: David Fincher

Casting: Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr. …

Genre: Thriller

Sortie le: 17 mai 2007

Distribué par : Warner Bros. France

CHEF-D’ŒUVRE

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