Critiques

PATRIA (Critique Épisodes 1×01 – 1×05) Une mission accomplie avec brio…

SYNOPSIS: Deux familles affectées par le terrorisme de l’ETA dans le pays basque espagnol. 

Adaptée du roman éponyme de Fernando Aramburu (publié chez Tusquets Editores en Espagne, et chez Actes Sud en France), Patria est une série produite par HBO Europe qui débute sa diffusion ce lundi sur Canal+. Au programme : une fresque de vies qui s’entremêlent sur plus de deux décennies et sur fond d’exactions de l’Euskadi ta Askatasuna (ETA), l’organisation indépendantiste basque qui a fait plus de 800 morts durant ses années d’activité. C’est en 1990, sous une pluie basque diluvienne qui deviendra d’ailleurs par la suite omniprésente, que la série ouvre ses portes, et plus précisément sur l’assassinat de Txato (José Ramón Soroiz), un chef d’entreprise du village où va se dérouler une partie de l’intrigue ; ledit village est marqué par les actions, les pressions et extorsions de fonds permanentes de l’ETA mais aussi de cause à effet par la vindicte populaire. En axant son histoire sur le destin de deux familles qui resteront marquées à jamais, Patria fait le judicieux choix de ne pas nous noyer sous une avalanche de détails et de situations purement politiques, afin de plutôt mettre l’accent sur la haine engendrée de part et d’autre dans le cadre d’une lutte, qui si elle s’avère présente dans chaque pore du show, demeure néanmoins plutôt en arrière-plan. Ce parti pris bénéficie sans nul doute aux personnages, lesquels à travers les nombreux sauts dans le temps vont avoir l’occasion d’évoluer, de se déchirer, et de partir ou non en quête du pardon.
 
 
Dès le départ Patria nous annonce les choses de façon très claire : le récit se focalisera sur deux couples et leurs enfants respectifs, ainsi que sur la façon dont l’ETA va les briser ou les faire voler en éclats. Dans la première famille il y a donc Txato, le fameux chef d’entreprise qui sera abattu dès les premières minutes de la série ; dans la seconde famille il y a Joxian (Mikel Laskurain), le meilleur ami de Txato mais également Joxe Mari (Jon Olivares) l’un des fils de Joxian qui fait partie de l’ETA. Devant des conflits d’intérêts évidents liés aux terribles événements qui vont se dérouler dans leur village, dont l’assassinat de Txato en tête de liste, les familles vont cultiver une haine réciproque qui va s’imprégner du temps. Suite à l’assassinat de Txato, Patria se délocalise alors en 2011, moment-clé où les membres de l’ETA, jusqu’alors artisans de la terreur, viennent d’annoncer qu’ils déposaient les armes et cessaient les actions violentes. C’est dans les pas de Bittori (Elena Irureta), la veuve de Txato que nous nous retrouvons à présent : après des années passées loin du village qui a ruiné sa vie et causé la déchirure de sa famille, Bittori décide, avant de mourir, de découvrir qui a appuyé sur la gâchette du revolver qui a évincé violemment son mari. Mais son retour au village va être très mal perçu, les uns et les autres jugeant que Bittori n’est là que pour remuer le passé et qu’il n’en ressortira rien de bon eu égard à l’implication de chacun…c’est d’ailleurs l’avis de Miren (Ane Gabarain), la femme de Joxian, et mère de Joxe Mari, qui refuse d’éprouver une once d’empathie vis-à-vis de Bittori et n’a qu’un objectif en tête : la chasser du village au plus vite.
 

Bittori et Miren sont les deux femmes fortes et dominantes de la série. Si ces « ennemies » du destin n’ont pas vu leurs vies impactées de la même façon, leurs progénitures respectives tiennent une place majeure dans la narration des événements. Loin de cultiver du faux suspense de façon abusive ou d’accentuer des mystères qui n’ont pas réellement lieu d’être, la série révèle assez rapidement quel est le rôle de chacun des protagonistes au sein du village, tout en utilisant sa narration non-linéaire pour nous dévoiler progressivement ce qui s’est passé avant et après l’assassinat de Txato. La trajectoire du personnage d’Arantxa (Loreto Mauleón), fille de Miren et Joxian est particulièrement intéressante dans la mesure où lorsque nous nous retrouvons immergés au cœur de ses jeunes années, Arantxa est une jeune-femme pleine de vie qui aime s’amuser…avant de la retrouver par la suite en fauteuil roulant, victime d’énormes (et vraisemblablement irrémédiables) séquelles qui l’empêchent de se mouvoir et de s’exprimer autrement que via le clavier virtuel d’une tablette. C’est ainsi que pour chacun des personnages Patria va dérouler la pelote de laine faisant le lien entre chaque segment. Et Patria va accomplir sa mission avec brio. Chaque épisode d’une cinquantaine de minutes se justifie ainsi amplement, Aitor Gabilondo (le créateur et scénariste) ayant le talent d’éviter toute longueur ou remplissage. Précisons d’ailleurs que les sauts dans le temps sont impeccablement gérés : la narration est cohérente et fluide ; dès lors le format 50-55 minutes permet de développer chaque période sans nous donner l’impression de la survoler de façon frustrante.

Portée par un casting charismatique, une excellente gestion du temps et une écriture de qualité, Patria est une adaptation qui semble rendre justice au roman qu’elle adapte (mais que nous n’avons pas encore lu). S’il nous reste malgré tout les trois derniers épisodes à visionner avant de trancher définitivement quant à sa qualité intrinsèque, gageons que nous ne sommes pas très inquiets tant ces cinq premiers épisodes se dégustaient sans effort. Les moins férus de politique ne se retrouveront d’ailleurs guère perdus ou ennuyés par le thème de la série, Patria se focalisant avant tout sur ses personnages, leurs choix, leurs conséquences, ne nous délivrant ainsi les aspects politiques que par petits bouts en ayant le bon goût d’éviter des dialogues à rallonge et des fioritures ou effets de manche inutiles et pompeux.

Crédits: Canal+ / HBO Europe

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