Critiques Cinéma

LE SILENCE DES AGNEAUX (Critique)


SYNOPSIS: Un psychopathe connu sous le nom de Buffalo Bill sème la terreur dans le Middle West en kidnappant et en assassinant de jeunes femmes. Clarice Starling, une jeune agent du FBI, est chargée d’interroger l’ex-psychiatre Hannibal Lecter. Psychopathe redoutablement intelligent et porté sur le cannibalisme, Lecter est capable de lui fournir des informations concernant Buffalo Bill ainsi que son portrait psychologique. Mais il n’accepte de l’aider qu’en échange d’informations sur la vie privée de la jeune femme. Entre eux s’établit un lien de fascination et de répulsion. 

En 1991, le réalisateur Jonathan Demme met en scène le thriller horrifique désormais culte Le Silence des Agneaux, adaptation cinématographique d’un roman de Thomas Harris, qui défraiera la chronique à sa sortie, notamment grâce à son Big Five (l’obtention des 5 Oscars majeurs de la compétition – Meilleur Film / Meilleur Acteur / Meilleure Actrice / Meilleur Réalisateur / Meilleur Scénario), rejoignant ainsi New-York Miami de Frank Capra et Vol au-dessus d’un Nid de Coucou de Milos Forman à ce rang très prestigieux. Le film s’apprête à fêter ses 30 ans, il serait donc intéressant de se replonger dans son univers et de reparler d’un des plus grands chefs-d’œuvre des années 90.

Le Silence des Agneaux met en scène Clarice Starling, une étudiante en psychanalyse qui vise l’intégration au FBI. Son supérieur, Jack Crawford, décide de l’envoyer voir le tueur en série cannibale Hannibal Lecter dans sa cellule pour l’interroger sur des meurtres de jeunes femmes commis par un certain Buffalo Bill, qui découpe la peau de ses victimes après les avoir tuées. Une relation malsaine et glaçante va se créer entre la jeune recrue et l’ancien psychiatre, installant un jeu pervers entre eux. Dans l’inconscient collectif, Le Silence des Agneaux est le film d’Hannibal Lecter. C’est lui la « star » du film, l’attraction phare, notamment dû à la performance hallucinante d’Anthony Hopkins qui obtiendra un Oscar du Meilleur Acteur pour seulement 16 minutes de temps d’écran (il s’agit de la plus courte performance d’un comédien pour ce prix). Il représente la bestialité la plus sauvage de l’humanité, tout en gardant cette intelligence et cette capacité de manipulation absolument terrifiante. Ce n’est pas pour rien qu’il est souvent cité dans les tops des meilleurs antagonistes de l’histoire du cinéma, tant il représente une menace constante, rassemblant en un seul personnage le pire de l’humanité comme ce qu’elle peut avoir de plus brillante. Mais penser que Le Silence des Agneaux est son film serait passer complètement à côté des thématiques principales du long-métrage, qui est avant tout l’histoire d’une femme dans un milieu extrêmement patriarcal. Clarice est littéralement le cœur du film, s’échappant au fur et à mesure du récit de ce statut de la nouvelle recrue enfermée dans un système très masculin (comme le montre ce plan culte de l’ascenseur, où l’on aperçoit la jeune femme au milieu d’hommes plus grands qu’elle habillés tous d’une couleur vive, la dominant littéralement). Et c’est cette confrontation entre elle et Lecter qui créera la base de cette transformation, offrant à Clarice la possibilité de sonder les bas-fonds les plus terribles de l’humanité pour faire encore plus sortir son humanité à elle. Car la très précise mise en scène de Jonathan Demme nous fait alors comprendre au fur et à mesure de l’intrigue que c’est elle, la seule figure d’humanité pure du film. Elle est la seule à ressentir des émotions fortes – ce qui la différencie très fortement des personnages enfermés dans leur bestialité ou leur indifférence. C’est en ça que Hannibal Lecter se montrera fascinée par cette jeune femme, formellement différente des autres agents du FBI qu’il a pu rencontrer par le passé.


Mais au-delà de ces thématiques déjà très modernes pour l’époque, c’est la réalisation de Jonathan Demme qui offre au film cette place de chef-d’œuvre du genre. Le metteur en scène monte un long-métrage d’une puissance dérangeante et oppressante, qui joue avec les zones les plus sombres de l’humanité. En s’intéressant à ses tueurs en série et autre malades mentaux, Demme et son scénariste Ted Tally questionnent la société et les monstres qu’elle crée. Et le film propose son véritable antagoniste avec la figure de Buffalo Bill, que le récit creusera fortement dans certaines scènes centrales. Mais même si ce personnage représente une des nombreuses images clés qui nous restent en tête après le visionnage du film (sa scène de danse devant le miroir est d’une grande puissance, autant au niveau du jeu de Ted Levine qu’au niveau de sa mise en scène), toute cette intrigue policière sert surtout à explorer cette relation complexe qu’entretiennent Starling et Lecter, formant les deux faces d’une même pièce, chacun étant comme le Némésis de l’autre. Et cette notion de dualité se joue beaucoup dans l’utilisation omniprésente du gros plan regard caméra dans le film. En enchaînant un champ/contre-champ entre Clarice et Hannibal avec ces deux gros plans fixant le spectateur, Demme provoque à la fois l’inconfort et l’identification à la jeune recrue du FBI. C’est sur elle que le public fixe son point de vue, plongeant avec elle vers les Enfers. On retrouvera tout au long du film ces regards pesants sur elle (tous de la part d’hommes), dont elle s’affranchira au fur et à mesure de l’intrigue pour sortir littéralement de sa chrysalide et enfin devenir un papillon en abattant cette barrière entre les sexes.


En ça, Clarice Starling se pose comme une icône féministe de luxe, étant représentée comme le seul personnage intelligent et humain du film. Cette place est aussi due à la performance mémorable de Jodie Foster, qui signe à n’en pas douter son meilleur rôle au cinéma, arrivant plus qu’aisément à maintenir le film et le regard/intérêt du spectateur sur son personnage malgré la présence du terrifiant Anthony Hopkins, qui livre l’incarnation la plus magnétique, la plus complexe et la plus sombre du psychiatre cannibale Hannibal Lecter. A noter aussi la présence de Ted Levine en Buffalo Bill, qui s’empare d’un rôle plus que complexe de part les nombreuses thématiques qu’il aborde tout au long du récit en le rendant éminemment cinématographique, offrant un tueur en série de luxe à un film qui possédait déjà un Hannibal Lecter d’anthologie. De cette façon, Le Silence des Agneaux réussit encore après 30 ans d’existence à provoquer des émotions et des frissons d’une force démentielle, sondant les aspects les plus bestiaux d’une humanité décadente. Seuls la pureté d’esprit et l’intelligence de Clarice pourront sauver la donne, confiant à ce film une thématique féministe qui se fait complètement moderne. Jonathan Demme maîtrise son long-métrage de bout en bout, lui donnant une atmosphère oppressante et à couper le souffle dans des scènes d’une tension étouffante. Le Silence des Agneaux créée des symboles, des icônes, des visuels et des répliques qui n’ont pas tardé à rentrer dans l’inconscient collectif, et se positionne toujours comme un modèle absolu du thriller psychologique pour son approche extrêmement précise de la figure du tueur en série. Demme a signé un chef-d’oeuvre qui sert encore aujourd’hui de leçon aux plus grands cinéastes du genre.

Titre Original: THE SILENCE OF THE LAMBS

Réalisé par: Jonathan Demme

Casting : Emily Mortimer, Robyn Nevin, Bella Heathcote…

Genre: Thriller, Drame
 
Sortie le: 10 avril 1991
 
Distribué par: Ciné Sorbonne
 
CHEF-D’ŒUVRE

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