Critiques Cinéma

TRAINING DAY (Critique)

SYNOPSIS: Jake Hoyt est une nouvelle recrue de la police de Los Angeles. Décidé à devenir inspecteur, il sollicite une mise à l’essai de 24 heures auprès du sergent chef Alonzo Harris, un vétéran de la lutte antidrogue qui opère depuis douze ans dans les quartiers les plus chauds de la ville.D’emblée, Harris fait monter la pression, considérant Jake comme un gamin, raillant sa candeur et son inexpérience. Commencent alors une longue et périlleuse tournée à travers les bas-quartiers, les premiers contacts rudes avec les dealers et les informateurs, la découverte d’un monde trouble où Harris se meut en grand seigneur. Peu à peu, Jake apprend à connaître le policier : son cynisme et son jusqu’au-boutisme fanatique, qui les entraîneront dans des situations de plus en plus dangereuses.

Sur le papier, Training Day avait tout pour être une série B jetable, qui par la grâce de l’énorme performance de Denzel Washington –qui lui vaudra l’Oscar de meilleur acteur- mais aussi de la mise en scène stylisée et réfléchie que l’on n’attendait pas d’Antoine Fuqua, –réalisateur venu du clip, dont rien dans ses premiers films, The Replacement Killers (produit par John Woo et  premier film US avec Chow Yun Fat en vedette) et Bait une comédie d’action avec Jamie Foxx ne laissait deviner qu’il en fut capable-, et l’oreille du scénariste David Ayer pour l’argot de rue authentique, ont contribué à élever. Ethan Hawke incarne donc Jake Hoyt, un jeune flic ambitieux de L.A. qui veut devenir détective et pour qui la voie la plus rapide vers ce poste est de rejoindre l’équipe d’élite dirigée par le légendaire Alonzo Harris (Denzel Washington). Ce dernier lui donne une seule journée pour lui prouver qu’il est prêt pour ce job. Alonzo se moque de l’attitude procédurière de Jake, car à ses yeux « Il faut entendre la rue, la sentir, la goûter ». Alonzo lui, se conforme aux codes de la rue et à ses cotés Jake commence à les apprendre. Pour son initiation Alonzo lui fait fumer de l’herbe contenant du LSD car pour lui « Un bon officier des stupéfiants doit avoir des stupéfiants dans le sang. » Mais les choses deviennent vite incontrôlables, Alonzo enfreignant la loi bien plus souvent qu’il ne la fait respecter et Jake commence à se demander dans quel genre d’enfer il s’est perdu. Avec Training Day , Ayer et Fuqua nous font entrer dans un domaine où les flics et les criminels sont les deux faces d’une même médaille. Des hommes bons émergeront des deux côtés, mais ce sera sanglant. 

Le succès de  Training Day tient à ce qu’il n’est pas un simple série de séquences génériques de coups de feu et de poursuites mais un film qui questionne la possibilité de lutter efficacement contre le crime sans descendre au niveau des criminels. Un idéaliste peut-il garder son sens moral dans la rue, où les différences entre le bien et le mal s’estompent? La question à laquelle le film invite le personnage de Hawke et le public à répondre est la suivante: Alonzo est-il simplement en train de contourner les règles pour obtenir des résultats  ou pour un gain personnel? Et, même s’il se bat pour la loi, les fins justifient-elles les moyens? Le film pose ainsi des questions morales complexes et donne rarement une réponse facile. Training Day partage ainsi ces thèmes de la corruption, de la trahison et de la rédemption avec une autre grande saga sur la corruption policière à Los Angeles qu’est L.A Confidential de Curtis Hanson avec une note d’authenticité transmises par le travail de David Ayer. Viré de chez ses parents, il a vécu ses années d’adolescence à South central chez ses cousins et si c’est sa carrière militaire dans la navy qui sera sa porte d’entrée à  Hollywood avec son script pour le thriller sous-marin U-571 de Jonathan Mostow, sa réputation se fera sur ses récits de corruption policières et sur la vie des gangs Angelenos : Dark Blue, Bad Times ou End of Watch.  Le script de David Ayer éveilla chez Fuqua des souvenirs de son enfance dans le ghetto de Pittsburgh, faisant de Training Day  le premier film qui signifiait vraiment quelque chose pour lui. C’est le scandale Rampart qui mit en évidence  une corruption policière généralisée au sein des unités antigangs de la division Rampart de la police de Los Angeles à la fin des années 1990, une des affaires les plus célèbres de corruption policière de l’histoire des États-Unis qui sera le catalyseur de la production de Training Day bien que le script de Ayer fut écrit avant sa révélation (Denzel Washington copiera le look du principal accusé le policier Rafael Pérez dont beaucoup des crimes semblent identiques à ceux d’Alonzo). La force du script de Ayer tient dans ce mélange d’authenticité brute dans la description de ces rues gangrénées par la misère, le trafic de drogue et les gangs, une authenticité qui se retrouve dans ces dialogues  mais aussi sa manière de développer sur cette base presque documentaire un univers fictionnel qu’on devine plus large. Il en va ainsi des séquences où le personnage de Washington rencontre trois « vieux sages », qu’on devine être des personnages haut-placés dans la hiérarchie policière et qui semblent tirer les ficelles dans l’ombre d’un système mafieux qui dépasse les agissements d’Alonzo. A mesure que le film avance Alonzo entraine Jake dans des endroits  de plus en plus dangereux et irréels jusqu’à un quartier, présenté comme une sorte de garnison autonome, où des mères tatouées surveillent l’entrée de cette forteresse urbaine. Le script d’Ayer reste sinueux et imprévisible quasiment jusqu’à sa conclusion et ménage des scènes de tension assez incroyable qui culminent pour nous avec cette partie de poker entre un Hoyt désarmé et trois terrifiants trafiquants auquel il réalise qu’Alonzo l’a livré. Même si la tension fini par céder la place à des cliché de film d’horreur (le destin de Hoyt dépend du genre de coïncidence qui pourrait bien se produire dans la vraie vie, mais semble trop artificielle pour la fiction, dans l’ensemble, cependant, le film, dur et percutant, parvient à associer sa violence à une vraie intelligence. Si la contribution de Fuqua au succès de Training Day sera un peu éclipsé par celle de Ayer et nous allons y revenir, l’interprétation de Denzel Washington, elle, n’est pas à négliger. En effet pour conserver cette authenticité du script de Ayer, il a insisté pour tourner sur place dans les quartiers les chauds de Los Angeles, obtenant même pour la première fois  la permission par des gangs de tourner dans des endroits auparavant interdits. Cle Shaheed Sloan, le conseiller technique du film parviendra  à faire apparaître à l’écran d’authentiques  membres de gangs. C’est Fuqua aussi qui insistera pour conserver la scène des vieux sages apportant une dimension supplémentaire au film.

En recrue naïve, Ethan Hawke fait un travail solide dans un rôle ingrat, le protagoniste fade et honorable auquel nous sommes censés nous identifier, il utilise son image fragile à son avantage, rendant sa transformation progressive d’idéaliste en détective endurci, crédible et convaincante. Son personnage n’échappe toutefois pas à une certaine ambiguïté, certes ses valeurs morales et son authentique courage sont évidents mais on le sent motivé par une ambition pour laquelle il est prêt à compromettre ses principes, en suivant les « enseignements »  de son mentor. Mais c’est évidemment à la prestation ostentatoire de Denzel Washington en Alonzo Harris que le film appartient. Armé de sa délicate formule (pas très politiquement correcte) « my nigger », portant plus de bling que les rappeurs de l’époque, sa performance et les dialogues de Ayer font qu’au moment où le spectateur réalise à quel point Harris est compromis sa complicité – et celle du personnage de Hawke – est assurée. Le film joue de l’effet de contraste saisissant entre la personnalité honorable que s’est bâtie Washington en douze ans de carrière avec une combinaison « à l’ancienne »  de décence, de pudeur et de charme qui en faisait l’équivalent  afro-américain d’un Gregory Peck et celle débauchée et diabolique d’Alonzo. On sent chez Washington une vraie  jubilation tant il se montre complètement  à l’aise dans un rôle qui le fait pencher de l’autre côté de la boussole morale après avoir joué tant d’années les hommes justes et droits. Washington joue Alonzo comme un escroc il y a toujours une motivation cachée derrière un flot confiant de palabres qui désarme  son partenaire. La force du dispositif tient à ce que le spectateur, sur la base de la personnalité de l’acteur, cherche longtemps, à l’image du personnage de Hawke s’appuyant sur la réputation flatteuse d’Alonzo, une motivation honorable au personnage jusqu’au moment où tous doivent réaliser que rien ne peut racheter un individu dont la corruption a consumé l’âme. Autour des deux hommes gravitent des seconds rôles tous excellents qui se partagent entre vétérans de l’écran et personnalités célèbres mais acteurs débutants :   Scott Glenn,(Le Silence des Agneaux, L’étoffe des héros) fait forte impression en ex-policier dealer qu’on devine être le mentor d’Alonzo, un Tom Berenger (Platoon) épaissi mais charismatique prête son visage buriné à un des mystérieux « vieux sages » avec à ses cotés Harris Yulin déjà flic véreux dans le Scarface de De Palma. Réalisateur de nombreux clips (Gansgta Paradise de Coolio par exemple) Fuqua amène à l’écran des rappeurs  Dr.Dre et Snoop Dogg. Le premier a un petit rôle impénétrable de flic véreux de  l’escouade d’Alonzo mais c’est bien Snoop Dogg dans le rôle de dealer-indic  en fauteuil roulant qui se montre le plus convaincant. Le versatile comédien néo-zélandais Cliff Curtis  (vu dans des dizaines de films et de séries et bientôt (?) dans les suites d’Avatar) est parfait en dealer latino au cœur de la séquence la plus tendue du film aux cotés du terrifiant Raymond Cruz qui inaugurera ici un personnage dont il reprendra les caractéristiques pour son personnage de Tuco Salamanca dans la série Breaking bad. Eva Mendes caliente tient un de ses premiers rôles à l’écran dans le rôle de la maitresse d’Alonzo et montre de vraies qualités de comédiennes dans une brève apparition. Si Fuqua et Ayer finissent par transformer le débat moral complexe en un final plus traditionnel qui oppose finalement  le bien contre le mal, Training Day  malgré le temps et les imitations, reste d’une intensité rare, offrant dans son personnage principal un archétype bien vivant aujourd’hui.

Titre Original: TRAINING DAY

Réalisé par: Antoine Fuqua

Casting: Denzel Washington, Ethan Hawke

Genre: Policier ,Action, Drame

Sortie le: 7 novembre 2001

Distribué par: Warner Bros.  France

EXCELLENT

3 réponses »

  1. Du très grand Denzel et un bon gros film 😍
    Merci Patrice pour la critique 😉
    Stéphane

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