Critiques

LAËTITIA (Critique Mini-Série) Une affaire sociale, criminelle et politique…

SYNOPSIS: Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, à La Bernerie-en-Retz, non loin de Pornic, une jeune fille de 18 ans, Laëtitia, est victime d’un terrible meurtre. Sur le thème de « l’Ange et le Monstre », la presse donne aussitôt à l’affaire un retentissement spectaculaire. Le public se passionne et transforme la victime en icône. Ce fait divers « trahit » le monde dans lequel il se produit. C’est aussi un portrait détaillé de la France du début du XXIe siècle. « L’affaire Laëtitia » ne montre pas seulement la sauvagerie de la mort de la jeune fille, il évoque aussi une violence ordinaire, quotidienne, presque invisible. 

Affaire criminelle aux ramifications et aux retombées hors normes, le drame Laëtitia Perrais débarque ce soir sur France 2, tandis qu’Un homme ordinaire, librement inspirée de l’affaire Dupont de Ligonnès achève sa diffusion demain sur M6. Un début de semaine sur les chapeaux de roues, n’oubliez pas votre boîte de lexomil. Si l’affaire Laëtitia Perrais qui a éclaté en 2011 dans l’Ouest de la France est aussi tristement célèbre, c’est bien sûr parce qu’elle est particulièrement sordide. Déjà parce que la victime est une jeune femme de 18 ans aux derniers instants particulièrement glaçants, jusqu’à son démembrement. Ensuite parce que l’affaire a provoqué la colère et la grève des magistrats suite à des déclarations de Nicolas Sarkozy qui avait publiquement mis en cause des manquements dans les rouages judiciaires (alors même qu’il s’agit d’un secteur qui manque cruellement de moyens). Enfin parce que l’affaire est loin de se limiter au drame terrifiant et glaçant précité puisqu’elle va donner lieu à une autre affaire mettant cette fois-ci sous les projecteurs Gilles Patron, le père de la famille d’accueil de Laëtitia et de sa sœur jumelle Jessica, personnage hypocrite et cynique qui se retrouvera condamné pour des types de faits qu’il condamnait pourtant lui-même publiquement avec véhémence. Une affaire sociale, criminelle et politique.


Jean-Xavier de Lestrade (déjà connu pour 3 x Manon et Manon 20 ans) s’attaque à l’adaptation de cette affaire pour le petit écran en s’inspirant du livre de l’historien Ivan Jablonka Laëtitia ou la Fin des hommes (Éditions Seuil). L’idée avouée est d’entrer dans la vie de Laëtitia et de Jessica afin de retracer leur parcours jusqu’aux sombres affaires sus-citées…mais pas que. Le récit va certes se focaliser sur l’enfance des jumelles, à différents âges de leurs vies (toutes les jeunes actrices sont d’ailleurs bluffantes), mais aussi un peu sur celle de Tony Meilhon, criminel multirécidiviste condamné pour le meurtre de Laëtitia. L’occasion de découvrir, même pour ceux qui connaîtraient déjà l’affaire dans les grandes lignes, que le destin s’est véritablement acharné sur les jumelles, rendant l’ensemble particulièrement malsain alors que la barre était déjà très haute à ce niveau-là. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de constater que la structure et l’écriture de la série sont globalement très maîtrisées, aucun personnage intéressant n’étant laissé de côté lors du passage d’une timeline à une autre.


Le casting a quant à lui été finement et pertinemment choisi : outre les actrices incarnant les jumelles enfants, nous retrouvons Marie Colomb (Laëtitia) et Sophie Breyer (Jessica) pour leurs versions adultes et elles s’avèrent impeccables. Noam Morgensztern (Tony Meilhon) est incroyable, particulièrement habité par ce rôle d’hyperactif au tempérament inquiétant et imprévisible. Sam Karmann est impeccable dans le rôle de Gilles Patron (autre monstre de cette affaire dans l’affaire), faisant preuve d’une hypocrisie et d’un cynisme absolu. Kévin Azaïs est immense, réussissant même à nous faire éprouver lors de quelques moments de grâce de l’empathie pour son personnage alors même que ce dernier s’avère être le comble de la toxicité, ne nous faisant ressentir bon nombre de fois que du dégoût et du mépris à son encontre. Alix Poisson est également de la partie, dans un rôle qui rappellera d’ailleurs un peu celui qu’elle tenait déjà dans 3 x Manon. Et ça fonctionne, bien que la série ne soit pas exempte de défauts. Nous savons pertinemment qu’adapter de tels faits est particulièrement périlleux, surtout lorsque l’adaptation prend le parti de montrer des moments de vie d’une victime. Ici Laëtitia n’est d’ailleurs pas la seule victime. C’est néanmoins parfois là où le bât blesse : les personnages (au sens large, cela englobe par exemple les gendarmes) ont l’air à certains moments beaucoup trop « humains » et « éplorés » pour que cela sonne vrai. La sensation que les réactions des personnages ont été rendues excessivement humaines est palpable (les scènes où les gendarmes lisent la page Facebook de Laëtitia par exemple) et enlève un peu de crédibilité à l’ensemble ; cela ne nous paraît pas toujours naturel (peut-être nous trompons-nous). De plus si la série gère bien tous les aspects mis en avant à savoir le meurtre de Laëtitia, la place de la femme-objet dans les yeux de tous les principaux « personnages » masculins qui gravitent autour de l’affaire, l’hypocrisie totalement aberrante de Gilles Patron qui dénonçait haut et fort des faits qu’il commettait lui-même, la réponse judiciaire face à la récidive, l’enfance de certains protagonistes, elle le fait parfois avec des gros sabots. En témoigne ce dialogue improbable, surréaliste et un poil risible entre deux personnages dans l’épisode final (vers la trente-cinquième minute) qui nous fait carrément un résumé de toutes les thématiques de l’affaire…maladroit.



Laëtitia est une mini-série de qualité, très bien produite, globalement bien jouée, et très riche dans le traitement des nombreux drames qui s’y sont joués. Malgré quelques maladresses, d’ailleurs probablement liées à une volonté de bien faire les choses, de respecter la dignité des personnes concernées et de ne pas heurter la sensibilité des uns et des autres, la série fait mouche, surtout lorsqu’elle nous fait comprendre que la vie des jumelles était à sa façon une affaire à elle-toute seule, balayant ainsi énormément des aspects qui régissent un pays.

Crédits: France 2

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