Critiques Cinéma

LE DIABLE, TOUT LE TEMPS (Critique)

SYNOPSIS: Knockemstiff, Ohio. Face à sa femme mourante, un homme désespéré, Willard Russell, tente le tout pour le tout. Il se tourne vers la religion. Ses prières vont petit à petit s’apparenter à des sacrifices dont Arvin, le fils du couple, pourrait être l’offrande ultime… 

On est toujours un peu embêté lorsqu’un nouveau film débarque sur la plateforme américaine Netflix. A l’aide d’énormes campagnes marketing et de casting flamboyant, le service à la demande vole de succès en succès à l’image d’Old Guard avec Charlize Theron pour une qualité artistique plus que douteuse (le film précité nous a donné de l’urticaire tellement tout était à jeter). Par ailleurs, Le confinement a fait exploser le nombre d’abonnements de la plateforme avec plus de 193 millions d’abonnés malgré l’arrivée du mastodonte Disney+ dans le même temps. Pour Le Diable tout le temps, on reprend les mêmes ingrédients : un casting all star et une campagne marketing assez agressive, la seule différence étant que la société ne part pas en terrain conquis en adaptant un roman ultra nihiliste et violent qui ferait fuir pas mal de spectateurs potentiels. Pour quel résultat ?



La première réflexion à laquelle on peut se livrer en ayant vu ce film est : Si il avait été réalisé par un cador à une autre époque, on aurait pu voir un successeur à Délivrance. Le livre que nous avons eu la chance de lire (et que nous sommes en train de relire pour l’occasion) est d’une puissance et d’une noirceur absolue qui met profondément mal à l’aise et ce dès le prologue, dès la première page. C’est comme si l’auteur avait pris tous les démons de l’Amérique (la religion, les armes, la violence, la corruption, la politique) et avait poussé les curseurs à fond. Cela donne un livre à la tonalité ravageuse, l’impression de vivre une apocalypse à tous les instants dans cette Amérique rurale totalement coupée du monde, une sorte de verset biblique dont le sujet cardinal serait le diable. Rien ne pourra être sauvé et Dieu ne vous entendra pas dans votre malheur. Malheureusement ce que propose Antonio Campos (dont nous ne connaissions pas le travail avant ce long-métrage) est trop soigné pour vraiment rendre hommage à ce livre monstrueux qui vous retourne l’estomac à chaque chapitre. Il aurait fallu un Tobe Hooper ou un John Boorman pour rendre cette atmosphère de fin du monde unique. La lumière est ainsi assez quelconque et ne rend pas compte de cet univers poisseux décrit magnifiquement dans le livre. On aurait voulu profiter de ce Mid-est américain comme dans Monrovia, Indiana (2018) de Frederick Wiseman.



La seconde réflexion qui vient après ce visionnage est l’impression d’avoir vu un long-métrage qui n’a fait que survoler ces personnages afin de coller un maximum au livre. Malgré sa durée de 2h18, on a l’impression que Campos n’a jamais pris le temps de poser sa caméra pour introduire correctement ses protagonistes. Il est souvent frappant de constater ce problème dans la production actuelle des films d’une durée de plus de deux heures, qui ne parviennent pas à installer l’atmosphère générale de peur que le spectateur 2.0 s’enfuit dès que le tempo ralentit. Les scènes s’enchaînent donc à un rythme effréné sans qu’on ait le temps de bien analyser les motivations de chacun, excepté le personnage de Tom Holland. De plus, le rajout d’une voix-off (Donald Ray Pollock himself, l’auteur du roman) n’ajoute vraiment pas grand-chose au long-métrage. Il n’aurait pas été scandaleux soit d’allonger la durée du film soit de se centrer sur un ou deux personnages pas plus. Là, on voit énormément de personnages sacrifiés à l’image de Pattison dont la performance ne restera clairement pas dans les annales. Il surjoue souvent par moments.



La fin de cette seconde réflexion vient un peu corréler la troisième. Ce casting assez faramineux composé donc de Tom Holland, Robert Pattinson, Riley Keough, Jason Clarke, Mia Wasikowska, Bill Skarsgard n’est jamais exploité à sa pleine mesure. Petite parenthèse personnelle, on peut comprendre qu’un acteur comme Tom Holland veuille changer de registre et la qualité des acteurs américains à le faire est toujours à saluer mais on a quand même du mal à croire avec sa petite tête d’ange à ce personnage de redneck américain ayant une violence intérieure démesurée avec ce qu’il lui est arrivé dans sa jeunesse. Parenthèse fermée. Chacun vient faire son numéro sans finalement retenir une seule performance, la faute probablement à une mise en scène trop quelconque. On a vraiment l’impression durant tout le film que le réalisateur sait qu’il a de l’or entre les mains et qu’en adaptant relativement fidèlement le roman, la réussite sera au bout. Sauf que ce n’est malheureusement pas le cas. Lorsqu’on lit par exemple la scène de vengeance d’Arvin (Tom Holland) envers la bande qui embête sa demi-sœur Lenora (Eliza Scanlen), on est frappé par cette violence brute, on sent le personnage pris dans une folie meurtrière qui n’ira certes pas jusqu’au bout même si le lecteur en est quand même persuadé. Dans le film, c’est une scène violente certes mais qui ne fait pas ressurgir toute cette rage et jamais on ne croit au jusqu’au boutisme du personnage. Jamais le réalisateur n’arrive à nous mettre profondément mal à l’aise. Là, on ne ressent pas grand-chose. On pense dans ce cas au personnage de Joe Pesci dans Casino qui, lui, nous effrayait lorsqu’il faisait le sale boulot. On est donc passablement déçu de ne pas avoir vu le film que l’on attendait, la faute à un manque cruel de choix forts de mise en scène. Il n’était pas facile de transposer un livre aussi intense, la marche était visiblement trop haute pour Campos. Reste l’histoire remarquable qui permet tout de même d’apprécier le long-métrage dans une certaine mesure.

Titre Original: THE DEVIL ALL THE TIME

Réalisé par:  Antonio Campos

Casting : Tom Holland, Robert Pattinson, Haley Bennett …

Genre: Thriller, Drame

Sortie le: 16 Septembre 2020

Distribué par: Netflix France

MOYEN

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