Critiques

NO MAN’S LAND (Critique) Très immersive…

 
SYNOPSIS: No Man’s Land nous entraîne dans la quête, en plein conflit syrien et aux côtés des combattantes kurdes, d’un jeune Français à la recherche de sa soeur présumée morte. Un regard singulier et intime sur les événements tragiques aux répercussions mondiales que connaît cette région du monde. 

Une fois de plus, Arte nous gâte avec l’arrivée prochaine de No Man’s Land, nouvelle série internationale présentée cette semaine lors de la 22ème édition du Festival de la fiction TV de la Rochelle. Créée par Maria Feldman, Eitan Mansuri, Amit Cohen et Ron Leshem, le show nous transporte dans la quête d’Antoine Habert (Félix Moati), un jeune français qui se retrouve en plein conflit syrien, tandis qu’il était parti sur les traces de sa sœur Anna (Mélanie Thierry), présumée tuée au cours d’un attentat. Très immersive, la série se focalise sur le destin de plusieurs protagonistes, tous à une place bien distincte au cœur des drames qui se jouent au nom de plusieurs visions de la liberté.




No Man’s Land c’est avant tout un casting de qualité. Si Félix Moati et Mélanie Thierry sont, comme sus-cité, au centre de l’intrigue, la série est portée par une pluralité d’autres personnages d’égale importance. Souheila Yacoub et James Floyd tirent notamment leur épingle du jeu, l’intrigue leur donnant l’opportunité de mettre en application une riche palette d’émotions ; en combattante des YPJ pour l’une, en combattant (à multiples facettes) de Daech pour l’autre. Quel ne fut pas également notre plaisir de retrouver l’excellent James Purefoy (Rome) dans la peau d’un personnage bien énigmatique présent aux quatre coins du monde. Toutes ces perles sont au service d’un récit dont l’objectif principal est clairement de dépeindre les trajectoires qui ont mené les protagonistes de ce côté-ci du globe. Si le destin d’Antoine est assez facile à appréhender puisque la série démarre sur lui et que le téléspectateur découvre tout au fil de l’eau en même temps que lui, c’est beaucoup moins évident pour celui de sa sœur Anna qui repose de prime abord sur un flou total. La série se concentre également sur trois anglais, Nasser (James Floyd), Lyad (Jo Ben Ayed) et Paul (Dean Ridge), des amis d’enfance qui ont décidé de rejoindre l’EI ; l’occasion de comprendre leurs motivations oui certes, mais aussi d’assister à leur intégration dans cette nouvelle vie : mariages, consommation de captagon, exécutions, vidéos de propagandes…chaque pan du package est évoqué sans tourner pour autant à la caricature. L’accent est bien sûr également mis sur les combattantes des YPJ, véritables amazones des temps modernes prêtes à sacrifier leurs vies pour leur cause, ainsi que sur des agents secrets qui tirent certaines ficelles dans l’ombre. Là où toutes les trajectoires se rejoignent (en faisant abstraction du fait qu’elles se rejoignent nécessairement puisque les personnages ont tous des objectifs destinés à s’entrechoquer), c’est que chacun des protagonistes va se retrouver à un point de non-retour. Profondément changés et ébranlés par les différentes exactions, un retour dans le monde « normal » apparaît rapidement inenvisageable pour eux. Devenus les combattants d’une cause qui leur donne autant une raison de vivre que d’exalter, malgré la peur et la souffrance, peut-être sont-ils allés trop loin dans le processus de déshumanisation pour rétropédaler.

Bien que la série se déroule souvent dans le « présent » (en 2014), elle n’hésite cependant pas à se délocaliser dans le temps lors de flashbacks afin d’approfondir la psychologie de ses personnages. Autant lors du premier épisode le téléspectateur a eu le loisir d’observer un peu Antoine dans sa vie civile, avant qu’il ne se retrouve en Syrie, autant il découvrira les autres personnages directement en combattants presque accomplis sur le champ de bataille. L’ambiance est d’ailleurs crédible, par ses décors, ses costumes ou le travail du son. Les combats sont quant à eux prenants. Si la série évite volontairement de montrer précisément des choses trop crues (comme une décapitation), elle les incorpore tout de même à son récit. Dotée d’un bon rythme et de personnages globalement attachants, ou à tout le moins intéressants (nous regretterons, sans savoir si cela était réellement voulu ou non, l’antipathie presque systématique inspirée par le personnage d’Anna joué par Mélanie Thierry), la série ne s’éparpille jamais et dévoile de nouveaux éléments au fur et à mesure de son avancée.


Si le dernier épisode lance clairement des pistes pour une deuxième saison (que nous espérons voir le jour), il nous a un peu frustré par son côté expéditif, voire maladroit, dans le traitement de ses personnages qui étaient jusqu’à présent plutôt bien écrits. Un petit bémol également pour le personnage d’Antoine qui semble parfois s’adapter un peu trop aisément à sa nouvelle vie, pourtant totalement improvisée. Il n’en reste pas moins une saison de qualité que nous vous conseillons sans hésitation. La série a par ailleurs le bon goût d’aborder ses sujets sans leçon de morale à la clé. A découvrir en intégralité sur arte.tv dès le 18 septembre, et à l’antenne sur ARTE en novembre prochain.

Crédits : Arte

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