Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020 : Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Épisode 25

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

HUMAN ZOO (2009)


SYNOPSIS: L’histoire d’une jeune femme albano-serbe à deux époques de sa vie : en pleine guerre du Kosovo en Serbie, et aujourd’hui à Marseille où être immigré clandestin n’est pas toujours chose simple lorsque, à l’image de votre gouvernement, vous êtes considéré comme inopérationnel. Sous la forme d’un roman à la structure temporelle éclatée, on suit le destin d’Adria au travers de terrifiantes exécutions, des moments d’humour et plus subtils d’amour qui vont façonner son existence et sa liberté telle une cage sans barreaux. Des raids aériens de Belgrade au fin fonds obscurs de l’Europe, du désir en embuscade qui pourrait devenir coup de foudre, à ceux qui s’entraident. Telle la frontière invisible d’un pays perdu, Adria est en quête de son identité de femme, obligée de survivre dans un zoo de violence perpétrée par les hommes. Ce n’est pas son milieu, mais elle saura bien s’y faire ! 

Ceux qui se souviennent d’Angel-A de Luc Besson ou de la mémorable ouverture de Femme fatale de Brian De Palma ont eu du mal à oublier Rie Ramussen, sculpturale actrice danoise qui passa en 2009 derrière la caméra pour un Human Zoo totalement passé inaperçu à sa sortie. Séance de rattrapage fortement conseillée pour un film qui, loin de traiter les thèmes brûlants de l’exclusion sociale et du conflit serbo-bosniaque avec un sérieux papal et consensuel (casse-toi de là, BHL !), les utilise pour développer un puzzle narratif aussi troublant que dérangeant. Deux love-story sont ici montées en parallèle (une première avec un dangereux terroriste anarchiste sur fond de guerre, une seconde avec un jeune et séduisant américain en pleine cité phocéenne) dans le but de dresser un panorama noir et choc du monde contemporain, gagné par la loi du plus fort et le spectre de l’exclusion. Et pour ce qui est de décrire ce « zoo humain », la réalisatrice y va franco : violence sèche, nudité frontale, esthétisme punk, décors crasseux à la Seven, personnages sans morale ni repère, etc… Tant pis si le final semble un peu expédié, ce plaidoyer enragé pour la diversité ethnique et culturelle a largement de quoi sonner son spectateur jusqu’à le laisser KO.


KONTROLL (2009)

SYNOPSIS: Bucsu est un contrôleur du métro de Budapest qui passe ses jours et ses nuits à errer dans les couloirs. Refusant de remonter à la surface, il se heurte au mépris et à la violence des usagers et de ses collègues. 

Que ce soit dit : la Hongrie n’est pas seulement le pays de naissance du dernier sex-toy de Carla Bruni, mais aussi un territoire riche en expérimentations cinématographiques on ne peut plus radicales. A tous ceux qui ont déjà eu la mâchoire méchamment écartée devant le très siphonné Taxidermie, on conseillerait bien de prolonger l’aventure à haut risque avec Kontroll, premier film de Nimrod Antal (futur réalisateur de Motel et de Predators) qui se tailla une jolie réputation dans divers festivals (dont Cannes !) sans jamais trouver le chemin des salles françaises. Sorti directement en DVD, cette rareté précieuse narre le destin chaotique et les errements glauques d’un contrôleur de métro, vite perturbé par un mystérieux serial-killer qui pousse les innocents sur les rails. En transformant le métro hongrois en un véritable univers parallèle, à la faune bigarrée et à l’architecture géométrique fascinante, Antal impose une réalisation viscérale qui surpasse sans effort celle du Subway de Luc Besson. Le réalisateur envoie ici balader tout étiquetage de genre (polar, western, thriller, horreur, comédie noire…), prend soin de ne jamais montrer le monde extérieur, et se sert du parcours symbolique de son anti-héros à la Orphée pour livrer une chronique radicale et violente d’une société au bout du rouleau, jusqu’à un plan final magnifiquement poétique. Voilà bien le genre de claque filmique qui laisse des traces sur les recoins les plus souterrains du cortex.


LA PETITE LILI (2003)


SYNOPSIS: Mado, une actrice célèbre, passe ses vacances d’été dans sa propriété en Bretagne, en compagnie de son frère Simon, de son fils Julien qui veut devenir cinéaste et de Brice, son amant du moment, réalisateur de ses derniers films.
Les relations de Julien avec sa mère sont très tumultueuses. Ce dernier est fou amoureux de Lili, une jeune fille de la région qui ambitionne d’être comédienne.
Celle-ci considère Julien avec tendresse mais elle est fascinée par Brice, un metteur en scène reconnu qui semble sensible à sa grâce. Un jour, Lili lui propose de tout quitter pour l’emmener à Paris.
Cinq ans plus tard, Lili est une actrice célèbre. Elle n’est plus avec Brice. Elle apprend par hasard que Julien va tourner son premier long-métrage et qu’il parle d’elle… 

Claude Miller qui adapte (librement) une pièce de Tchekhov, en l’occurrence La Mouette ? Pourquoi pas, ça ne pourra qu’être mieux que tout ce que Nikita Mikhalkov a déjà commis en la matière tout au long de sa carrière. En réalité, c’est encore mieux qu’on ne l’aurait imaginé. A la fois immersion dans un cocon bourgeois infusé au 7ème Art et portrait d’une jeune femme qui finit par perdre son innocence au contact de ce cocon, La Petite Lili s’écarte peu à peu du matériau original, d’abord en se teintant de couleurs autobiographiques (le jeune apprenti cinéaste joué par Robinson Stévenin ressemble au jeune Claude Miller qui débutait il y a longtemps), ensuite en tissant un subtil jeu de miroirs entre le cinéma et la vie (via une nature sauvage que Miller filme constamment comme un plateau de cinéma, et vice versa), enfin en lorgnant du côté de La Nuit américaine de Truffaut le temps d’un troisième acte construit en hommage à la « grande famille » du cinéma et à tous ses membres, natifs ou invités. Grand film de seconds rôles qui s’épanouissent chacun dans leur registre (un tonnerre de bravos pour Julie Depardieu en amoureuse triste, qui n’a pas volé ses deux Césars pour ce film !), grand film sur la percée diabolique et miroitante de notre art préféré, mais surtout, grand film tout court.

LARRY LE DINGUE, MARY LA GARCE (1974)

SYNOPSIS: Larry, pilote de course féru de vitesse, Deke le mécanicien et Mary, l’amante de Larry sont tous les trois pourchassés par la police. Plus tôt, ils ont dévalisé les caisses d’un supermarché et se sont enfuis à bord d’un bolide qui fonce droit sur la route sans se soucier des dangers et des barrages placés par les forces de l’ordre. Parviendront-ils à quitter l’État et à participer au circuit international de course automobile? 

La rumeur veut que Quentin Tarantino ait utilisé le film culte de John Hough comme référence centrale de son génial Boulevard de la mort, allant même jusqu’à citer son titre au détour d’une réplique. Ne nous le cachons pas, ça se voit. Appartenant à un genre très codé dans des années 70 (le road-movie libertaire à la sauce Easy Rider ou Point Limite Zéro), ce petit film pourrait être lu comme une relecture automobile des Valseuses, lançant un passionné de bolides et son « coup d’un soir » dans une poursuite folle à travers le pays, brûlant l’asphalte aux commandes d’une voiture à la suite d’un braquage de supérette qui leur aura mis tous les flics du pays aux fesses. On peut bien sûr y lire une révolte adolescente, voire même un énième brûlot contestataire, mais le film se veut surtout le tableau d’antihéros, véritables chiens fous ne jurant que par le dérapage et la cascade. Électrisant au plus haut point de par la virtuosité de ses poursuites en caisse (génialement filmées) et de son climax (un duel entre ciel et terre qui oppose une voiture à un hélicoptère !), Larry le dingue, Mary la garce reste surtout dans les mémoires pour sa chute finale, tragique et désenchantée, que d’aucuns interpréteraient sous un angle moral là où l’on serait tenté d’y voir le geste kamikaze d’une génération sans idéaux, consciente de foncer droit dans le mur après s’être laissé griser par la vitesse.

LE POIDS DE L’EAU (2002)

SYNOPSIS: A bord d’un voilier, la photographe Jean Janes débarque sur la petite île de Smuttynose, située au large des côtes du New Hampshire, pour enquêter sur un double meurtre vieux d’un siècle. En se plongeant dans les détails de l’affaire, Jean revit la tragédie qui a eu lieu par une nuit de 1873 : comment deux jeunes immigrées norvégiennes, Anethe et Karen, furent assassinées à coups de hache, tandis qu’une troisième, Maren Hontvedt, trouva refuge dans une grotte.
Au fil de ses recherches, Jean découvre des analogies entre sa propre vie et celle de la seule rescapée du carnage. Elle y trouve un écho à ses propres doutes, à ses propres interrogations sur l’avenir de son couple. Parallèlement, la suspicion d’une liaison éventuelle entre son mari Thomas, un célèbre poète, et la compagne de son frère Rich, la séduisante Adaline, se transforme lentement en jalousie et méfiance. 

On connait les deux phases de la filmo de Kathryn Bigelow : celle de la révélation (de Near Dark à Strange Days) et celle de la consécration (de Démineurs à Detroit). Peu nombreux sont ceux qui ont eu l’occasion d’explorer le long passage à vide qui aura atteint la réalisatrice dès le début des années 2000. Si l’on met de côté son intéressant film de sous-marin K-19 avec Harrison Ford, il y a de quoi se sentir surpris en (re)découvrant aujourd’hui Le Poids de l’eau, surprenant exercice de style où la réalisatrice exerce une virtuosité que l’on ne soupçonnait pas chez elle. Pas de virilité ou de tension guerrière à relever ici, mais au contraire un récit à double visage, parallélisant une tragédie passée (un meurtre d’immigrants norvégiens laissé à l’état de mystère) avec un contexte présent (un manège de séduction entre vacanciers oisifs). Tordant subtilement le procédé littéraire qui n’aurait pas manqué d’alourdir sa narration, Bigelow mise toutes ses billes sur l’élaboration d’une atmosphère oppressante et opère ici une osmose progressive entre deux époques, lesquelles finissent peu à peu par se brouiller en une envoûtante noumène lyrique. Toujours au bord de l’abstraction, jamais banal à force de créer des cercles concentriques entre deux événements distincts, travaillant sans cesse les névroses modernes en tant que continuité des fautes ancestrales, Le Poids de l’eau tient bon la barre du symbole et aboutit à un étourdissant choc d’images. C’est le  « film oublié » de sa réalisatrice. Redonnez-lui sa chance.

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