Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020: Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Épisode 20

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

CASTAWAY ON THE MOON (2009)

castaway on the moon affiche cliff and co

SYNOPSIS: Suite à une tentative de suicide ratée, M. Kim se retrouve sur l’île de Bam, au beau milieu de la rivière Han. Il réalise que mettre fin à ses jours n’est pas si facile et décide de rester sur cette île déserte. Alors qu’il commence à s’adapter à sa nouvelle vie sauvage, il trouve un message dans une bouteille flottant sur l’eau. Pour la première fois depuis très longtemps, il reprend espoir…

Il y a des films que l’on découvre par hasard, plusieurs années après leur sortie et qui, traversés par la grâce, imprimeront immédiatement et durablement notre imaginaire. Ces films sont rares et leur découverte est un moment précieux, dont on aime à se rappeler des années plus tard. L’histoire de Castaway on the moon renvoie à la fois au Castaway (titre original de Seul au Monde) de Robert Zemeckis et au roman Concret Island  de JG Ballard. Il est donc question d’un homme échoué sur une île, extrait du tumulte de la civilisation, qui, face à lui-même, devra apprendre à survivre et trouver un sens à sa vie. Endetté, le cœur brisé, Kim va sauter du pont enjambant la rivière Han, pour finir par s’échouer lamentablement sur une île au beau milieu de cette rivière. Ne sachant pas nager, Kim n’aura d’autre choix que d’essayer de survivre sur cette île pourtant située à quelques centaines de mètres au large de la ville, sous une bretelle du périphérique. Le film ne se limite pas à montrer avec beaucoup d’humour, le dur apprentissage de la survie par un cadre suicidaire souffrant par ailleurs de troubles intestinaux. En effet, pendant que Kim trouve refuge dans un grand pédalo en forme de canard, essaie de faire pousser des haricots en récupérant des graines dans les fientes d’oiseaux, une jeune fille l’observe au téléobjectif. Agoraphobe, elle vit recluse dans sa chambre, dort dans un placard, enveloppée dans du papier bulle et son téléobjectif est son seul contact avec le monde extérieur. C’est avec le télescopage de ces deux naufragés de la vie qu’après avoir démarré comme un petit film sympathique, décalé et fort bien mis en scène, Castaway on the Moon devient véritablement un grand film, touchant, poétique et totalement enthousiasmant.

FLIGHT (2012)

flight affiche cliff and co

SYNOPSIS: Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière.

Au début des années 2010, on avait quelque peu perdu de vue Robert Zemeckis depuis qu’il avait décidé de se lancer avec plus (Le Pôle Express) ou moins (Scrooge) de bonheur dans le cinéma d’animation. Pourtant la simple évocation de son nom faisait encore frissonner des millions de jeunes adultes qui ont grandit et rêvé avec ses films, notamment la mythique trilogie Retour vers le Futur. Avec Flight, Robert Zemeckis ne se contentait pas de signer un retour qui ravit ses fans et lui permis de regagner un peu de crédit à Hollywood. Il revenait avec un très grand film qui trouve une place de choix dans sa filmographie. La trame de départ de Flight est tirée d’une histoire vraie, celle du Commandant Piché (Le 24 août 2001 et après un vol plané de 20 minutes, il était parvenu à poser sans faire la moindre victime, un Airbus A330 dont les moteurs ne fonctionnaient plus ). Cette histoire avait par ailleurs déjà été adaptée en 2010 par le cinéma québécois avec le film, Piché : entre ciel et terre. La ressemblance avec cette histoire s’arrête toutefois là. Ce que nous montre Zemeckis ce n’est pas un héros sans peur et sans reproche mais bel et bien un homme cassé, alcoolique, drogué qui bien malgré lui s’est retrouvé propulsé au rang de héros après son atterrissage miraculeux. C’est en devant affronter la presse et les enquêteurs de l’aviation civile que Whip Whitaker va devoir faire face à lui-même, affronter ses mensonges et ses addictions. Cet homme qui arrivait toujours à sauver les apparences, à mentir aux autres et à se mentir à lui-même, n’aspirait pas un seul instant à devenir un héros. D’autant plus quand ce nouveau statut va mettre en lumière ce qu’il voulait jusque là cacher. Alors même qu’il a réussi là où tous les autres pilotes auraient probablement échoué et que sa responsabilité dans le crash n’est absolument pas engagée, il sait que la révélation de ses addictions mettra fin à sa carrière et sera susceptible de lui faire passer quelques longues années en prison. Cela aurait pu donner lieu à un film très moralisateur, très américain en ce que l’Amérique raffole de ces destins et de ces grandes histoires de rédemption. Sauf que Zemeckis qui n’avait pourtant pas l’image d’un réalisateur particulièrement enragé et subversif a manifestement décidé de se lâcher. Sur son chemin, Whip croisera la route de la sublime Kelly Reilly, elle aussi droguée et alcoolique dont le cas semblait plus désespéré mais à laquelle le film réservera pourtant un bien meilleur sort. Il est difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler trop sur un film que son pitch semblait destiner à un traitement assez classique et à la morale irréprochable, loin du résultat final. Denzel Washington, que l’on a rarement vu jouer avec autant de sobriété et de fragilité, trouve là l’un de ses meilleurs rôles.

SHAMPOO (1975)

shampoo affiche cliff and co

SYNOPSIS : Séducteur invétéré, George Roundy entame des relations avec toutes les clientes de son salon de coiffure.

Faire un film politique, conscient des enjeux de son époque, n’impose pas d’adopter un ton sentencieux,  de donner des leçons explicites servant l’opinion que l’on entend défendre. Hal Ashby n’aura cessé de le démontrer durant sa carrière en choisissant de s’effacer derrière des récits portés par des personnages forts et atypiques dont le parcours témoigne en creux du climat politique et social de leur pays. Il y a dans son cinéma une forme de naïveté apparente, de légèreté dans la forme, comme dans le comportement de ses personnages qui tient à sa personnalité  et laisse une impression trompeuse quant à la réelle profondeur de ses films. Shampoo est de ce point de vue le film le plus emblématique de cette versatilité, de la façon dont cohabitent l’anecdotique et le politique, la légèreté et une lucidité totale sur les maux de la société. Shampoo est au premier abord une comédie enlevée, encore empreinte de l’esprit de la fin des années 60  avec cette histoire d’un coiffeur séducteur compulsif, portant son sèche cheveux à la ceinture,multipliant les aventures avec ses clientes.  On y retrouve un casting exceptionnel emmené par un formidable Warren Beatty, une toute jeune Goldie Hawn, une Julie Christie plus magnétique que jamais et toute une galerie de personnages extrêmement attachants. Mais si Shampoo a aussi bien résisté à l’usure du temps c’est qu’il ne se repose pas uniquement sur le charme suranné de ces comédies de mœurs (on pense notamment à l’irrésistible Cactus Flower de Gene Sacks) et se révèle être un très grand film sur la fin des illusions nées de cette période et sur le virage que s’apprête alors à prendre les États-Unis symbolisé par la victoire de Nixon à l’élection présidentielle de 1968. Le récit se déroule précisément durant les quelques jours/heures qui précèdent l’issue de cette élection qui se déroule en toile de fond. Ce coiffeur séducteur est au fond un grand naïf, qui multiplie les conquêtes non par cynisme ou pour satisfaire sa boursouflure narcissique mais parce qu’il n’a aucun filtre, aucun masque social et ne sait faire autrement qu’agir en fonction de son instinct, de se laisser guider par ses désirs. Ces heures qui précèdent l’élection de Nixon sont celles de ses dernières illusions, de ses rêves envolés à la fois professionnels et sentimentaux, le film glissant lentement et inexorablement vers une conclusion inoubliable et déchirante, l’une des plus belles que nous ait offert le cinéma américain de cette décennie.

HABIT (1995)

habit affiche cliff and co

SYNOPSIS: Sam rencontre Anna, une jolie fille qui disparait ensuite. Il devient obsédé par elle et néglige ses amis. 

Le « film de vampire » fait partie des genres que l’on pense balisés et dans lesquels on ne s’attend pas vraiment à être surpris -quel que soit le plaisir pris devant ses différentes itérations- tant les codes posées par les films qui les ont fondés semblent s’imposer à tout cinéaste. L’un des premiers, dans la grande tradition du mythe fondateur de Dracula est que le vampire est représenté sous les traits d’un homme. Si une femme vampire apparaît dans un film, c’est alors un personnage secondaire, transformé par le vampire au centre du film.  Avec Habit dont il est à la fois le metteur en scène, le scénariste et l’interprète principal, Larry Fessenden, renverse ces codes dans un film de vampire débarrassé de tout son folklore, dans un cadre urbain dans lequel le vampire est une jeune femme à la sexualité débridée et la victime un homme fragilisé par ses addictions et une rupture amoureuse. Habit sent l’alcool, la dépravation, la misère affective et sexuelle d’un marginal interprété par Larry Fessenden dont l’investissement total dans ce rôle est à la fois fascinant et effrayant. Le récit maintient l’ambiguïté sur le fait que cette femme ne serait peut être un vampire que dans l’esprit de ce pauvre hère qui se raccroche à cette rencontre d’un soir, aux stigmates qu’elle lui a laissé. Ce cadre horrifique n’est qu’un prétexte à un grand film sur l’addiction. Que Sam s’abandonne dans ses bras ou se persuade qu’elle est la responsable de son inexorable dégradation mentale et physique et décide de la combattre, cette femme vampire est une maîtresse bien moins perfide et destructrice que l’alcool.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s