Critiques

LOVECRAFT COUNTRY (Critique Saison 1 Episodes 1×01 – 1×05) Un cocktail d’horreur, de science-fiction et de mystère au cœur de l’Amérique des années 60

SYNOPSIS: Dans l’Amérique raciste des années 1950, Atticus Black, un jeune homme de 25 ans, embarque avec son amie Letitia et son oncle George dans un road trip à la recherche de son père disparu. Sur la route, ils rencontrent des monstres fantastiques, ainsi que des monstres bien réels…

A l’heure où le monde s’embrase à nouveau avec notamment le mouvement Black Lives Matter, la nouveauté estivale d’HBO ne pourrait pas mieux tomber. Adaptation du roman éponyme de Matt Ruff paru en 2016, Lovecraft Country arrive au bon moment avec son cocktail d’horreur, de science-fiction et de mystère au cœur de l’Amérique des années 60, où les monstres venus d’ailleurs ne sont pas les pires spécimens que nos héros vont rencontrer.

Si l’on connait l’auteur H.P Lovecraft pour ses histoires de science-fiction, qui ont été réhabilitées à titre posthume, il faut également se pencher sur ce qui fâche : Lovecraft était un auteur profondément raciste, soutien d’Hitler. Ce qui transparaît dans certaines de ses histoires et de ses poèmes, cités explicitement dans la série. Parler du « pays de Lovecraft », ce n’est pas tant un hommage à l’auteur, qu’un rappel grinçant de son idéologie, qui n’a pas disparu en 2020. Avancer dans la série en ayant cette perspective en tête ne tient alors pas tant à une célébration de l’héritage culturel de l’auteur qu’à ses idées politiques qui sont indissociables de son œuvre… en dépit du discours actuel qui pense qu’on peut séparer les idées et le texte, en omettant que la politique de n’importe quel auteur finira quoiqu’il arrive par arriver dans ses œuvres, qu’on le veuille ou non.

Pourtant, loin d’une approche définitive, la série embrasse la complexité de ces débats. En faisant de son héros Atticus un vétéran de guerre noir, fan de science-fiction rêvant la nuit de Cthulhu, la plus célèbre création de Lovecraft, la série de Misha Green et Jordan Peele révèle le paradoxe d’apprécier et défendre l’œuvre de quelqu’un de profondément intolérant. Et ce dialogue dans le pilote, où Atticus défend l’idée d’apprécier une œuvre en dépit de ses idées, est un bel exercice d’équilibriste que la série parvient à garder le temps des épisodes fournis à la presse (cinq). Et si le postulat de Lovecraft Country reste dans les clous (la quête du père d’Atticus dans une sorte de road-movie), c’est l’approche apportée qui est intéressante. Dès le pilote, Atticus, son oncle et son amie Leti vont faire face autant au racisme qu’à des créatures effrayantes et sanguinaires, tout droit sorties… de l’imagination de Lovecraft. Ce sera en dépit de leur capital frayeur un des légers bémols : leurs effets spéciaux, en dépit de la pieuvre d’introduction, sont très limités et annihilent quelque peu leur pouvoir terrifiant.  Comme dit précédemment, Lovecraft Country insiste aussi sur le monstrueux, et propose quelques séquences aussi effrayantes que gores et très, très sanglantes. Aucune timidité ici à montrer des gens complètement éventrés par les créatures qui rôdent, et la pilule est tellement grossière qu’elle finit par passer avec plaisir et amusement ; les grandes giclées de sang finissent par devenir presqu’attendues, bien plus en tout cas que les jump-scares maladroits et trop faciles pour ce type d’exercice.

Ces menus défauts sont heureusement compensés par un casting sans fausse note : outre les vétérans Michael K. Williams, Tony Goldwyn et Courtney B. Vance, c’est surtout Jurnee Smolett qui fait des étincelles dans le rôle de Leti et reprend d’ailleurs le micro après sa performance musicale dans Birds of Prey en début d’année. La musique, d’ailleurs, composante indispensable ici, entre la bande-son alternant musique d’époque et choix contemporains, créant une atmosphère presque intemporelle et efficace en plus de délivrer un message sans concession quand on lit entre les lignes des chansons utilisées. Quelques séquences musicales notamment celle du pilote sont pleines de vie, et ce sont elles qui finissent d’emporter le morceau auprès du spectateur.

On sera enfin heureux de retrouver un Yann Demange en pleine possession de ses moyens après ses difficultés sur la saison 3 de True Detective. Son ambiance languissante couplée à une judicieuse utilisation des couleurs et des néons lors des scènes de nuit contribue à cette atmosphère unique, à la fois rétro et pourtant si moderne. Car, si Lovecraft Country se déroule dans les années 60, sa force est d’écrire sur le racisme, la bigoterie, et notre amour pour les œuvres qui nous entourent, de la même manière que l’action se déroulait 60 ans plus tard. Après Underground, voir Misha Green en pleine possession de ses moyens et de son écriture fait plaisir à voir ; rares sont les femmes noires pouvant écrire de la science-fiction à la télévision, et ces visions-là sont rafraichissantes à voir, parce que nouvelles et pas encore vues.

Crédits: HBO / OCS

1 réponse »

  1. Miam! Tout ca me donne tres envie! Un projet ideal avec une grosse equipe technique, un peu comme sur penny dreadful. Alors si en plus c’est reussi… merci pour la decouverte!

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