Critiques Cinéma

SCOTT PILGRIM (Critique)

SYNOPSIS: Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur – et qui est de retour en ville – et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie – en rollers – l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».

Le milieu du blockbuster est mine de rien relativement fermé, et ce depuis des années. Les grandes licences semblent être les seules à attirer les foules en salles, laissant peu de chance aux nouveautés. Scott Pilgrim en a fait les frais en 2010. Adaptation de la BD éponyme de Bryan Lee O. Malley, le long-métrage avait pourtant des arguments de poids pour convaincre : un univers geek ultra riche, un jeune casting dans la force de l’âge et un metteur en scène en puissance à la tête de ce projet casse-gueule : Edgar Wright, déjà responsable de Shaun of the Dead et Hot Fuzz, deux comédies qui dépoussiéraient respectivement le film de zombie et le buddy movie policier et qui avaient connu des succès surprises assez jolis. Et pourtant, Scott Pilgrim s’est planté. Game Over. Mais Scott Pilgrim était parti avec une vie supplémentaire dans la poche, et ainsi la possibilité de recommencer à zéro. Si le film fut un bon gros flop budgétaire à sa sortie, il a depuis des années gagné des fidèles qui lui vouent presque un culte. Ainsi, le film qui avait encaissé un violent bide à sa sortie et menacé la suite de la carrière de son réalisateur est devenu un classique du genre, film de niche transformé en étendard de la culture geek au cinéma. Et ceci pour une raison toute simple : l’existence de ce film est un miracle.



Scott Pilgrim (ou Scott Pilgrim Vs the World dans son titre original) raconte l’histoire du personnage éponyme, un loser bassiste dans un mauvais groupe de rock de Toronto, les Sex Bob-ombs. Il sort avec Knives, une lycéenne de 17 ans que ses amis lui conseille de quitter très vite. Lorsque Scott rencontre littéralement la fille de ses rêves, il se met en tête de la séduire. Le voilà à courir après Ramona Flowers, une mystérieuse fille aux cheveux roses. Mais pour obtenir Ramona, Scott devra affronter ses sept ex maléfiques. Cela serait facile s’ils n’étaient pas chacun dotés de pouvoirs puissants qui donneront du fil à retordre à notre cher Scott. Ce qu’il y a de brillant dans ce film, c’est son sens de l’absurde dans l’univers qu’il dépeint. Premièrement, le scénario. Comment prendre au sérieux une seule seconde un pitch pareil ? Mais la subtilité du film, c’est qu’Edgar Wright ne prend pas non plus au sérieux son histoire. Chaque détail dans sa mise en scène, son montage, ses dialogues, sont calculés pour donner cet effet irréel à l’ensemble, comme si l’on s’abandonnait à un univers régit par les situations improbables qui ne semblent étonner personne. Un personnage traverse le plafond en volant et fait apparaître des démons pendant un numéro de comédie musicale bollywoodienne ? Normal, on voit ça tout les jours. Le nouveau mec de la dernière ex de Scott a gagné des pouvoirs télékinésiques en devenant végétalien ? Ok, pourquoi pas. Des enceintes font apparaître des créatures géantes qui se battent en duel au-dessus d’un public enflammé ? D’accord, on accepte.



Car Edgar Wright fait de ce film le film de geek ultime. Il adapte d’une première part une bande dessinée, et en reprend les codes. Les cadres se séparent souvent en plusieurs cases, des onomatopées accompagnent les bruitages et une voix-off agit comme les voix-off de BD via des cases jaunes qui introduisent le contexte. Le rock a aussi une place toute particulière au sein du film. Déjà, Scott fait partie d’un groupe et joue en public. Puis, il se rend souvent dans ce magasin de CD dans lequel travaille Julie. Et la présence d’un personnage nommé Young Neil ne fait qu’amplifier cette place omniprésente de la sphère rock. La musique dans ce film a également une place particulière, car il est aisé de dire que Scott Pilgrim est une comédie musicale. Ses numéros musicaux recouvrent le film, et lui donnent cette ambiance si particulière. Enfin, Scott Pilgrim puise de nombreuses inspirations du côté des jeux vidéos. Si Pac-Man est à de nombreuses reprises mentionné par les personnages, on peut y ajouter des utilisations de la musique de Zelda, le jeu Dance Dance Revolution, une barre de vie, un +1Up donnant une vie supplémentaire à son porteur, et même la notion de boss via ces fameux ex que doit battre Scott. Scott Pilgrim est littéralement construit comme un jeu vidéo, avançant de niveau en niveau pour atteindre finalement le boss final afin de libérer la princesse grâce aux artefacts qu’il a récupéré au fil de son aventure.



Scott Pilgrim se nourrit surtout d’un sens aiguisé de la mise en scène, du rythme et du montage. Edgar Wright se trouve au sommet de son talent, et livre un produit d’une précision insolente. Chaque détail est millimétré et apporte son plus à un tout remarquable de réussite. De plus, le casting révèle de belles surprises qui soutiennent le Level Up du film. En tête d’affiche, Michael Cera est génial en loser sympathique mais ô combien maladroit. A ses côtés, la très charismatique Mary Elisabeth Winstead incarne la très haute en couleurs Ramona, donnant vraiment corps et âme à ce personnage. Et la galerie impressionnante de seconds rôles qui parviennent à exister en seulement quelques répliques pour certains serait trop longue à répertorier en détail. On citera donc Ellen Wong, Anna Kendrick, Chris Evans, Brie Larson, Kieran Culkin, Mark Webber, Alison Pill, Aubrey Plaza, Jason Schwartzmann, Brandon Routh, Mae Whitman et Johnny Simmons. Comme nous le précisions précédemment, Scott Pilgrim a trouvé son public plusieurs années après sa sortie. Il est effectivement devenu avec le temps un monument culte de la culture pop et a fait d’Edgar Wright un auteur geek et cinéphile dans lequel beaucoup de spectateurs se reconnaissent. Ce film, malgré son échec au box-office, fut un succès à tous les points de vue. Mais en plus de ça, c’est un vrai miracle qu’un tel film existe. Un film fait par un fan pour les fans. Il est rare de voir une telle passion de la culture geek mise au service d’un produit doté d’un budget relativement élevé pour une production comme celle-ci. On a dû attendre 2018 et la sortie de Spiderman : Into the Spiderverse pour revoir une telle production qui, à grande échelle, a su comme Scott Pilgrim mélanger les genres pour créer un film multi-médias d’une nouvelle forme. En attendant de passer au prochain niveau…

Titre Original: SCOTT PILGRIM VS. THE WORLD

Réalisé par: Edgar Wright

Casting: Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Jason Schwartzman

Genre: Aventure, Comédie, Fantastique

Sortie le: 1 er décembre 2010

Distribué par: Universal Pictures International France

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