ENTRETIENS

Entretien avec Philippe Lombard à propos de « Michel Audiard le livre petit mais costaud »

A l’occasion du centenaire de Michel Audiard, Philippe Lombard qui lui a déjà consacré plusieurs livres s’est replongé dans l’œuvre du célèbre scénariste. Publié chez Hugo-Image, Michel Audiard le livre petit mais costaud permet encore de découvrir de nouvelles informations sur l’homme à la casquette, mais aussi de se délecter de son travail via des anecdotes et même des pages de jeu. On a demandé à Philippe Lombard comment il a travaillé sur ce projet et la manière utilisée pour parvenir à se renouveler. Entretien.



Pour cet ouvrage consacré à Michel Audiard, quel a été l’angle que tu as choisi ?

C’est un livre de commande de la part de Hugo-Image, pour célébrer le centenaire de Michel Audiard. Je ne pensais honnêtement pas me replonger dans le « sujet » après ce que j’avais déjà écrit (L’Univers des Tontons flingueurs chez First, Le Paris de Michel Audiard chez Parigramme et tout récemment Sous la casquette de Michel Audiard chez Dunod), mais j’ai trouvé le projet sympa. Il s’agissait de retracer le vie et l’œuvre du bonhomme sur un ton léger avec des textes courts, des encadrés, des anecdotes. J’aime bien ce genre de livre.

Pour un tel livre, les recherches bibliographiques sont importantes. Comment s’est déroulée la préparation et as-tu réussi à trouver des anecdotes inédites ?

Comme j’avais déjà un « passif » sur Audiard, mes recherches étaient en quelque sorte déjà faites. Mais j’ai pu placer des documents que j’avais trouvés sans avoir pu les utiliser auparavant. Je pense notamment à cette scène tournée puis coupée de Mélodie en sous-sol. Gabin va voir un copain du Milieu sur la Côte d’azur pour lui acheter une arme. Le rôle était joué par Georges Wilson. En lisant la scène, on la voit, je dirais même qu’on l’ « entend » !

Le livre est complété de pages-jeux, est-ce que leur conception t’a permis d’expérimenter une manière différente et plus légère d’écrire ?

Là, je rends à César ce qui lui appartient, c’est mon éditeur qui en a eu l’idée et qui s’en est chargé. Très bien, d’ailleurs !

Les répliques mythiques d’Audiard sont entrées dans le langage courant mais dirais-tu qu’il a créé sa propre langue avec ses recettes et ses codes ?

Oui, je pense qu’Audiard a créé un langage. Personne ne parlait comme ça en réalité dans les années 60-70. On n’imagine pas le premier plombier ou le premier truand venu s’exprimer avec un vocabulaire aussi riche et une telle maîtrise de la métaphore. Ce qu’on entend dans les films d’Audiard est un mélange de ses origines populaires, de l’air du temps et de sa grande culture littéraire (il y a beaucoup de citations cachées dans ses dialogues, Apollinaire, Rimbaud, Verlaine…). Il y a assez peu de mots « à la mode », assez peu d’argot, en vérité. S’il y avait autant d’argot qu’on le dit dans ses dialogues, on aurait du mal à les comprendre aujourd’hui. Il s’appropriait la langue française, la malmenait parfois, ce qui rend son style unique et si reconnaissable.

Selon toi quelles sont les collaborations qui ont le plus marqué sa carrière ?

Jean Gabin. Ils se sont entraidés. Le « Vieux » peinait un peu à remonter la pente après la guerre et Audiard lui a permis d’avoir des rôles marquants comme Le Président ou Un singe en hiver. Et pour le dialoguiste, écrire pour un tel « monument » l’a fait monter d’un cran ! Sa collaboration avec Georges Lautner aussi a été fructueuse. C’est Audiard qui l’a choisi pour Les Tontons flingueurs car il avait compris, en voyant un Monocle, que ses dialogues seraient mis en avant. Lautner adore les acteurs et les filme souvent en gros plans. Et leur penchant pour la parodie a fait merveille. Mais il y en a d’autres : Gilles Grangier, Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Annie Girardot

Son travail de metteur en scène est-il selon toi aussi intéressant que celui de scénariste ?

Non. Lui-même reconnaissait que cela avait été une erreur. Il en a fait neuf, deux ou trois auraient suffi. La liberté qu’il recherchait était sans doute contre-productive, il fallait au contraire quelqu’un en face de lui. Là, ça partait un peu dans tous les sens ! Tout tient sur les acteurs, Blier, Girardot, etc. Mais les histoires, le rythme… Il manquait un Lautner ou un Grangier. Le premier, Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, est réussi, très « pop », très « sixties », mais le dernier, Bons baisers à lundi, est interminable !

Tu évoques également sa carrière de romancier. Quelle place a-t-elle exactement dans son parcours ?

Il a toujours considéré que la littérature était supérieure au cinéma. Et qu’écrire des dialogues de films, si bons, si appréciés soient-ils, ne le mettraient jamais au niveau d’un grand écrivain. Il en était convaincu. Et le processus de création d’un film n’est pas le même que celui d’un roman, il est beaucoup moins « noble ». Audiard s’est mis finalement à la littérature à la fin des années 70. Ses romans sont marqués par la mort de son fils et sont assez sombres. Il évoque sa jeunesse, la guerre, méprise un peu son travail pour le cinéma… Ses livres n’ont jamais eu beaucoup de succès et il s’en attristait.

Penses-tu que Michel Audiard a des héritiers dans le cinéma français actuel ?

Dans le cinéma, non. C’est sûr que non ! Mais Alexandre Astier me semble dans sa lignée. Il y a un même amour de la langue, une même recherche de la musicalité des mots.

Propos recueillis par Fred Teper

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