Critiques

DARK (Critique Saisons 1 & 2) Un vrai tour de force…

SYNOPSIS: Un enfant disparu lance quatre familles dans une quête éperdue pour trouver des réponses. La chasse au coupable fait émerger les péchés et les secrets d’une petite ville.

Ce n’est pas un secret, le paysage télévisuel a été chamboulé par l’arrivée des plateformes VOD, Netflix en tête. Ces dernières années, on a vu naître la pratique du Bingewatching, consistant à regarder une série d’une seule traite. Plus que ça, ces mêmes plateformes se sont adaptées à ce nouveau mode de consommation, qui amplifie la vision éphémère que certains contenus peuvent dégager. En effet, aujourd’hui, il est habituel qu’une saison sorte tous ses épisodes d’un seul coup, ce qui rend de plus en plus rare la diffusion hebdomadaire qu’on connaissait jusque là. Cette nouveauté fait naître beaucoup de débats, et, possédant autant d’avantages que d’inconvénients, il est ardu de discerner une réponse objective à la question. Cependant, une série s’est vue sortir du lot de par son concept et de par sa forme. Et cette série, c’est Dark. La particularité de Dark, c’est la complexité de la construction de son univers, et le nombre considérable d’éléments à retenir dans chaque épisode. Cette forme demande donc beaucoup au spectateur, qui doit alors réfléchir, retenir et se plonger à fond dans les intrigues pour ne pas se perdre ou manquer une information cruciale dans l’histoire, qui lui ferait perdre le cours des choses. Ainsi, Dark semble être construit, pensé, pour être bingewatché, regardé en une traite. Mais la série est bien plus maline que ça…

Dark est une série allemande proposée par Netflix, et créée par Baran Bo Odar et Jantje Friese. Arrivée sur les écrans fin 2017, elle raconte l’histoire de la petite ville de Winden en 2019. On y fait la rencontre d’une galerie de personnages, regroupés par familles. Les Nielsen, les Tiedemann, les Döppler, et la famille de celui qui nous est présenté comme notre protagoniste, les Kahnwald. Tout s’enclenche quand le père de ce fameux Jonas Kahnwald se suicide mystérieusement. Peu de temps après, un petit garçon disparaît, et les évènements rappellent étrangement ce qu’il s’est déjà passé 33 ans en arrière…

Malgré son aspect complexe et sa narration extrêmement dense et tissée de très nombreux éléments (il est compliqué de retenir tous les prénoms directement, et on se surprend souvent à se demander qui est le personnage à l’écran), Dark est une série importante. Alors que Netflix connaît un succès monstre avec sa série phare Stranger Things mettant en scène une bande d’enfants vivants dans les années 80 où l’imaginaire collectif et la nostalgie des eighties sont mises en lumière, Dark débarque en créant un contraste violent. Les deux séries partagent beaucoup au premier abord. Les protagonistes sont une bande d’ados. La petite ville où il ne se passe jamais rien, et où de mystérieux évènements occurent. La disparition d’un enfant est l’élément déclencheur… Bref, on pourrait croire à une recette toute faite. Mais ça serait passer à côté de Dark. Dans un sens, Dark est le penchant mature et « dark » (précisément) de Stranger Things. Comme les deux faces d’une même pièce. Dark se pose comme la version sombre et tragique d’une série ado à la structure classique. En complexifiant son intrigue et en emmenant le spectateur là où jamais il n’imaginerait aller, la série allemande surprend, déstabilise et rend ainsi l’expérience unique. Car Dark a un réel point fort, qui fait de la série l’œuvre aussi précise qui existe aujourd’hui sur Netflix : au lieu de dérouler son histoire, elle crée une mythologie. Dark explore le temps, le passé, le futur, présente de nouveaux personnages, ou même d’autres facettes des personnages que l’on a cru à un moment connaître… Dark mélange tous ces aspects mystiques, magiques, spirituels pour créer un Monde qui n’appartient qu’à la série. Un monde tout bonnement unique.

Et cela passe également par ses aspects techniques. Dark est une vraie prouesse visuelle, peut-être une des plus belles séries de la plateforme. Par son esthétique léchée, ses contrastes lumineux sublimes et son rythme carré, Dark se différencie de tout ce qu’on a pu voir à la télé ces dernières années. Le travail de la lumière est précis, et un grand nombre d’images restent en tête à la fin du visionnage. En clair, Dark crée des symboles.

Évoquons également la musique de Ben Frost, aisément identifiable, qui construit l’ambiance si unique de la série, et qui amène de façon spectaculaire cette atmosphère mystique et étrange. L’étrange a une place de choix dans la série, et son habillage musical est un vrai régal pour les oreilles.

Dark est mené par un cast excellent. Le travail de casting mené pour trouver des comédiens et comédiennes de différents âges se ressemblant assez pour qu’on croit qu’ils incarnent le même personnage est très impressionnant, et il n’y a pas un seul raté. Et c’est aussi la force de Dark : toute sa mythologie se joue dans ses détails, et rien n’est laissé au hasard. En tête d’affiche, on trouve Louis Hofmann, Lisa Vicari, Gina Stiebitz, Moritz Jahn, Paul Lux et Daan Lennard Liebrenz incarnant les ados de 2019, le cœur de la série. Mais on y retrouve aussi Oliver Masucci, Jördis Triebel, Andreas Pietschmann ou encore Deborah Kaufmann dans des excellents rôles. Bien entendu, le casting est beaucoup trop dense pour en faire le tour, et c’est ce qui rend l’exercice si périlleux.

Car Dark est un vrai tour de force. Tout était réunit pour que ce ne soit qu’un pétard mouillé se voulant faussement complexe pour rien. Mais pas du tout. Dark est un exercice de style brillant et impressionnant qui se construit sur des détails. La complexité est là, on a parfois du mal à tenir le fil, mais le visionnage n’en devient que plus intéressant. Si Dark a été faite pour être bingewatchée, c’est parce que c’est typiquement la série fantastique dont on devient accro sans vraiment savoir pourquoi au premier abord. Et on se rend finalement compte qu’on tient absolument à en percer ses mystères, ses zones d’ombre. Son scénario nous mène à droite et à gauche, nous fait souvent perdre nos repères, brouille nos pistes. En somme, regarder Dark, c’est littéralement se lancer dans un jeu de piste interactif. Et c’est en ça que Dark est si unique. Car la série se révèle être une œuvre dantesque et remarquable de précision qu’il faut décortiquer et retourner dans tous les sens pour espérer la comprendre. Dark a son univers. Son monde. Sa mythologie habitée d’un aura mystique et d’un sens habile et à couper le souffle du suspense et de la magie. Regarder Dark, c’est rechercher attentivement le petit détail parmi tous les éléments qui fera tout basculer. Et qui vous fera changer la vision que vous vous faites de la série. Rien n’est laissé au hasard, et c’est un exploit que tout paraisse si logique dans ce monde dont nous ne connaissons même pas les règles. Peut-être finirons nous un jour par les apprendre. Ou peut-être sommes nous – à l’instar des personnages – condamnés à l’ignorance, et à subir tragiquement la fatalité de son Histoire.

Crédits: Netflix

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