Critiques

LE DOMAINE (Critique Mini-Série) Le Domaine ne restera pas dans les annales…

SYNOPSIS: 1973, un an avant la révolution des oeillets, au sud du Tage, João Fernandes, propriétaire d’un immense domaine agricole, reçoit la visite du ministre de l’Intérieur. Le gouvernement est dans la tourmente, critiqué pour son entêtement à garder l’emprise sur ses colonies, notamment l’Angola. Il a besoin de tous les ralliements, et le ministre demande à João, beau-fils d’un général renommé, de s’engager. Celui-ci refuse. Patron autoritaire mais libéral, tenant à distance le régime dictatorial, il tolère les sympathies communistes de certains de ses ouvriers…

Présentée comme une « grande » et « intense » saga familiale mettant en scène la société portugaise des années 1940 jusqu’à nos jours, Le Domaine avait tout sur le papier pour captiver notre attention. Initialement monté en long-métrage, le produit présenté à la Mostra de Venise et au Festival du Film de Toronto, est devenu sur Arte une mini-série découpée en trois épisodes de presque une heure chacun. Le pari semblait audacieux, dense et intriguant. Force est de constater après visionnage que pour l’intensité il faudra repasser, le résultat final étant à des années lumières du synopsis grandiloquent.

Avec le réalisateur Tiago Guedes aux commandes, le parti pris de la série est clairement de vouloir aborder une partie de l’histoire du Portugal en prenant comme angle d’attaque la croissance d’une famille à travers les décennies, le tout porté par l’imposant João Fernandes (Albano Jerónimo) propriétaire intraitable des lieux où vont se dérouler les événements. Lorsque l’histoire débute les latifundia sont nombreuses dans le pays et c’est donc dans l’exploitation de João que tout prend ancrage : des péquins en quête de travail y déferlent par dizaines, la vie y est organisée comme dans un mini-pays autonome obéissant à ses propres règles, et ces préceptes ce sont d’ailleurs surtout ceux des hommes et plus particulièrement ceux du grand chef João.


La scène d’ouverture du premier épisode est située en 1946, puis un bond dans le temps délocalise le téléspectateur en 1961, le temps de poser les bases et de présenter un peu les membres de la famille et leur entourage. Le bouleversement arrive en 1974 avec la révolution des Œillets et la chute de la dictature Salazariste. La société évolue, des exploitations vont être nationalisées tandis que d’autres latifundia finiront reconverties en tout autre chose.
 C’est ainsi que Le Domaine va lentement péricliter. Dès lors le temps va s’écouler et des ellipses s’insérer dans la narration pour nous emmener en 1985, puis dans les années 1990. Si la série brasse effectivement un paquet d’années et fait vieillir ses personnages, ces artifices se déroulent assez platement et sans grand panache. Nous avons davantage eu l’impression d’observer une petite frise chronologique factuelle qu’un embranchement de relations usées par les épreuves du temps, et c’est principalement à ce niveau que la déception pointe le bout de son nez. Au fond la série n’apparaît pas si dense que ça, elle s’étend juste sur une longue période, sans d’ailleurs s’attarder outre mesure sur les cycles qu’elle couvre. Le personnage principal tente malgré tout de maintenir l’ordre et de continuer à diriger son domaine d’une main de fer, puisque comme le dira son épouse lors d’un épisode, « le monde n’existe que pour vous servir, votre monde, votre royaume ». Au fond si l’entreprise s’avère louable, car c’est bien l’évolution politique et économique du pays qui va faire évoluer les personnages et amener certaines cassures, le tout demeure assez maladroitement exécuté, jusqu’à devenir poussif dans son dernier épisode.




Notre constat est donc malheureusement plutôt pessimiste : ni l’aspect politique, ni l’aspect familial ne s’avèrent aboutis, chacun n’apparaissant que comme un faire-valoir de l’autre, superficiel et survolé. Les relations tissées entre les personnages demeurent sans grande consistance ni émotions. Nous ressortons de cette aventure à travers les époques sans avoir l’impression que ce fut le cas, sans se sentir proches de ces personnages, sans avoir réellement eu la sensation de les accompagner, et sans se sentir concernés une seule seconde par leur destin à venir. Restent des beaux paysages adroitement mis en valeurs, et quelques plans inspirés, notamment par les codes du western. Le Domaine ne restera pas dans les annales, la densité scénaristique de l’entreprise étant restée au stade des quelques lignes inscrites initialement sur le papier.

Crédits: ARTE

1 réponse »

  1. Oui, je partage votre avis sur cette mini-série…C’est mou, le politique se mêlant péniblement au familial…Et Joao,vieilli par quelques cheveux poudrés,est souvent peu crédible.

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