Critiques Cinéma

LES QUATRE CENT COUPS (Critique)

SYNOPSIS: Antoine a une adolescence turbulente. Il ment à ses parents indifférents à son sort, vole, fugue. Son seul réconfort, il fait les quatre cents coups avec son ami René. Un jour, la police s’en mêle.

On compte sur les doigts de la main les films tellement importants de l’histoire et de l’évolution du 7ème art qu’ils sont, quoi qu’il advienne toujours étudiés et ancrés au cœur des programmes des écoles de cinéma. Et sont encore moins nombreuses les œuvres en provenance du pays qui a littéralement vu naître l’art : la France. Si l’on doit en citer, nous nous attarderions sans nul doute sur la Nouvelle Vague Française, période charnière et cruciale qui débouchera plus tard, dans les années 70, sur l’avènement du Nouvel Hollywood, puis le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui. Nous citerons bien entendu les films d’Agnès Varda, Alain Resnais, Claude Chabrol ou encore Eric Rohmer. Mais les figures de proue de ce mouvement sont évidemment Jean-Luc Godard et François Truffaut. Avec leurs premiers films respectifs – qui ont par ailleurs directement fait exploser leur popularité – les deux réalisateurs posent leur vision du cinéma, une nouvelle vision qui jure avec celle qui fait école jusque là. Des décors réels, une nouvelle façon de diriger ses acteurs, et des approches plus frontales de problématiques sociétales. Le A Bout de Souffle de Godard donne un nouveau élan au cinéma français et  mondial. La même année, François Truffaut monte son premier long-métrage, mettant en scène un personnage devenu culte et purement emblématique de sa filmographie en filmant les premières pérégrinations d’un Antoine Doinel turbulent encore enfant dans Les Quatre Cents Coups.


Les Quatre Cents Coups raconte l’histoire d’Antoine Doinel, un petit parisien voguant entre famille dysfonctionnelle et éducation compliquée. Antoine cherche sa place dans la société, et se cherche lui-même. Entre fugue, petits larcins et école buissonnière, le jeune garçon sera malgré sa bonne volonté constante prit pour cible et incompris. C’est une enfance compliquée qui est dépeinte. Le jeune homme quasiment hyperactif et maladroitement toujours paria se verra contraint et rabaissé par les figures autoritaires qui s’agitent au dessus de lui (son instituteur, ses parents, la police). Car Antoine représente la nouvelle génération. Cette jeunesse qui ne comprend pas les anciennes générations et qui essaye de se défaire de l’héritage de ses aïeux. C’est d’ailleurs cette recherche et cette envie de liberté et d’indépendance qui portera préjudice à Antoine. L’abondance de décors restreints et contiguës à travers le film donne une sensation d’étouffement. Antoine se sent à l’étroit dans son espace vital, bouffé par le poids de la société.

Les Quatre Cents Coups, c’est aussi et surtout un récit autobiographique. Si l’histoire d’Antoine est grandement inspirée de l’enfance de François Truffaut, c’est surtout sa partie symbolique qui est marquante. Le gosse impertinent et qui ne manque pas l’occasion de trouver une idée originale pour montrer qu’il existe, c’est Truffaut lui-même. Le réalisateur fait avec ce film un des coups parmi les 400 qui composent le titre. Sa mise en scène proche de ses personnages et qui traîne en longueur là où n’importe quel monteur de l’époque aurait coupé pour mettre du rythme dans le récit sert un propos majeur : ce nouveau cinéma, cette Nouvelle Vague, c’est l’occasion d’expérimenter, de mettre en images de nouvelles problématiques personnelles et centrales. Dans Les Quatre Cents Coups, Truffaut livre une histoire si personnelle qu’elle en devient universelle. C’est un récit mélancolique et réaliste d’un enfant qui grandit dans un monde qui l’étouffe et duquel il essaye de s’extraire. C’est une ode à la liberté, liberté métaphorisée par la mer. Cette fameuse mer que l’on aperçoit dans le dernier plan culte du film, qui représente autant la limite que l’infini de la liberté.


Au casting, on découvrait le jeune Jean-Pierre Léaud dans son rôle mémorable d’Antoine Doinel, aussi inventif, intrépide que candide. Mais c’est avant tout son idéalisme qui marque. S’il peine à trouver le moyen de s’exprimer, il a en lui des idées et des valeurs qui vont le porter dans le reste de sa vie. Claire Maurier et Albert Rémy campent quant à eux les parents du jeune Antoine. Si Les Quatre Cents Coups reste encore aujourd’hui une œuvre importante et majeure, c’est parce que malgré son aspect expérimental et premier sursaut d’une nouvelle manière d’aborder le cinéma, il reste encore profondément actuel et résonne toujours. Si le contexte temporel a bien évolué, le fond de l’histoire garde toujours la même modernité. C’est une quête d’identité et une recherche d’émancipation chez un jeune qui a plein – voire même trop – de choses à livrer au monde. Sa maladresse autant que son caractère spontané et audacieux ont fait d’Antoine Doinel un personnage pionnier de la Nouvelle Vague, installant par la même occasion et par un drôle de parallèle François Truffaut au même niveau.

 

Titre Original: LES QUATRE CENT COUPS

Réalisé par: François Truffaut

Casting : Jean-Pierre Léaud, Claire Maurier, Albert Rémy …

Genre: Drame

Sortie le: 03 juin 1959

Distribué par: MK2 / Diaphana

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