Critiques

DEVS (Critique Saison 1) Une bouffée de fraîcheur véritablement singulière…

SYNOPSIS: Lily enquête sur les agissements de la compagnie technologique qui l’emploie, qu’elle soupçonne d’être à l’origine du « suicide  » de son petit-ami. 

Après les récents Ex Machina et Annihilation, Alex Garland nous revient cette fois-ci avec Devs, une proposition dans la continuité de sa carrière : science-fiction et singularité sont ici au programme de cette première et probablement unique saison. Alex Garland a eu une évolution pour le moins intéressante : d’abord romancier (nous lui devons notamment La Plage et Sunshine), il finit par faire ses armes sur quelques films de Danny Boyle en qualité de scénariste, avant de s’émanciper davantage en écrivant les scénarios de Never Let Me Go et de Dredd, puis de réaliser ses propres œuvres. Devs est donc sa première série télévisée et si vous avez lu le pitch ou regardé quelques photos vous conviendrez qu’elle a de quoi cultiver la curiosité, d’autant plus que si vous connaissez un peu Alex Garland vous savez qu’il a son univers bien à lui. Devs est d’ailleurs une bouffée de fraîcheur dans une aire extrêmement balisée où la quantité de séries n’a certes jamais été aussi importante, mais où les œuvres marquantes ou audacieuses qui en ressortent chaque année se comptent sur les doigts d’une main. Une plateforme comme Netflix semble d’ailleurs avoir fait le choix de bannir de sa ligne éditoriale les séries de niche après des annulations brusques et marquantes comme celle de The OA, et nous ne pensons pas que ce soit du côté de Disney+ que se trouve la panacée. Seules HBO et Amazon nous nous ont récemment surpris avec respectivement Watchmen et Tales From the Loop. Alors Devs est-elle l’ovni supposé ?
 
Et bien force est de constater que non, Devs n’a rien d’un réel ovni. Si la série est pleine de bonnes intentions et ne manque pas de qualités, elle nous a surpris, et plutôt dans le mauvais sens du terme, par sa structure : les premiers épisodes de la saison sont sûrement les plus réussis, les plus intrigants et ceux qui laissent vraiment croire à un potentiel sans limite… puis viennent les épisodes suivants qui ne parviennent qu’à faire redescendre toutes ces qualités. Cela s’explique probablement assez aisément par le fait que contrairement à ce que laissait supposer l’aspect très mystérieux de l’univers, nous constatons avec étonnement que la plupart des enjeux et des interrogations sont dévoilés dès le début de saison après un pilote qui laissait pourtant planer une montée en puissance qui irait crescendo. A ce stade l’heure est aux premiers constats : Devs n’est pas particulièrement profonde (malgré la multiplicité de thèmes abordés) ni particulièrement complexe (pour le coup nous pouvons dire qu’Alex Garland mâche énormément, et d’ailleurs sans doute trop, le travail au téléspectateur) et s’avère avec le recul assez linéaire. Derrière des faux airs de complexité mélangeant à la fois science-fiction, philosophie et mysticisme Devs prend le spectateur par la main jusqu’à son final, la rendant de fait beaucoup plus accessible que prévu. Devs n’est donc pas une série compliquée (ce qui ne l’empêche pas bien sûr d’être tirée par les cheveux), elle dévoile ainsi (beaucoup) trop rapidement son concept sans réellement l’étoffer : son déroulement est logique mais manque de subtilité. La série n’hésite d’ailleurs pas à faire répéter plusieurs fois les mêmes choses à ses personnages (allant même jusqu’à expliquer à certains autres en long, en large et en travers le concept de la série, comme s’ils étaient eux-mêmes le téléspectateur) ce qui est assez déroutant : là où nous pensions devoir nous triturer les méninges, faire un peu d’analyses et de recoupements ou avoir des révélations de dernières minutes, nous avons finalement affaire à une œuvre assez prévisible, que nous pourrions parfois même qualifier de scolaire. Pourtant le mélange offert par la série a son charme : outre son aspect science-fiction, nous lui avons trouvé un côté Rubicon avec des personnages épiés en permanence qui ont pour seules armes leur matière grise, leur ordinateur portable et leur clé usb face à certains ennemis quant à eux armés de revolvers, tout cela sur fond de complotisme et d’enjeux pouvant avoir des conséquences à grande échelle…ici d’une certaine manière celle de l’humanité. Devs demeure néanmoins véritablement singulière et c’est bien le minimum que nous étions en droit d’attendre d’elle.


Afin de ne pas révéler les mystères de Devs nous ne prospecterons pas plus loin au sein des présentes lignes sur ses fondations et encore moins sur ses aboutissements. Reconnaissons cependant que le concept du show, et le parti-pris de son exploitation nous offre quelques séquences savoureuses et déroutantes (tant pour les yeux que pour les oreilles) comme la magnifique ouverture de l’épisode 3 (des révélations décisives ayant lieu dès le deuxième épisode). Malheureusement une fois que Devs a dévoilé ce qu’il y aurait au cœur de son intrigue, cet élément est exploité en vase clos : seul un petit nombre de personnages va avoir accès à ladite information et se confronter à son sujet. Or avec du recul une fois la saison terminée nous n’avons pas trouvé que ce contexte en vase clos était forcément l’écosystème le plus excitant à explorer (ou en tout cas pas en l’état). Devs part ainsi d’une idée avec un potentiel infini pour au final brasser pas mal de vent. Quand bien même elle fait le choix de mettre ses personnages au centre de l’intrigue, nous ne pouvons pas pour autant dire qu’elle nous brosse des portraits particulièrement profonds ou passionnants desdits protagonistes, ces derniers ne dépassant que trop rarement l’archétype qu’ils incarnent. La série donne alors rapidement la sensation de s’être laissée dépasser par sa propre idée de départ.
 
 
Si Devs nous a un poil désappointé sur le fond, gageons que sur la forme elle a fait les choses avec minutie et créativité. Au-delà comme nous l’évoquions de quelques séquences d’ouverture pour le moins inspirées, le show propose dans la mise en scène de ses confrontations et de ses accidents (de voitures principalement) des scènes extrêmement généreuses, efficaces et coups de poing. Visuellement les photos parlent d’elles-mêmes : le rendu final est beau, travaillé et structuré, il s’en dégage une forme d’harmonie dans des décors tantôt futuristes, tantôt plus naturels, l’action se déroulant pour partie sur un grand campus au milieu des arbres. La série profite d’ailleurs de ce cadre et d’un de ses personnages principaux incarné par l’excellent Nick Offerman (l’inoubliable Ron Swanson de Parks and Recreation), gourou à l’allure d’un Jésus des temps modernes, pour critiquer allègrement les grands dirigeants de firmes technologiques qui jouent à Dieu et guident tels des prophètes leurs adeptes, prônant au-delà de leurs avancées technologiques, des valeurs à suivre rigoureusement par leurs disciples. Musicalement parlant la série alterne entre des chansons et musiques assez standards et des morceaux beaucoup plus originaux qui viennent renforcer l’aspect mystique et religieux du produit final. Côté casting nous n’avons pas été déçus puisqu’en plus de Nick Offerman vous pouvez y retrouver Sonoya Mizuno (déjà présente dans Ex Machina et Annihilation), le charismatique Karl Glusman, la surprenante Alison Pill (nous l’avons d’ailleurs découvert ici sous un tout autre jour, ses passages dans American Horror Story ne mettant pas forcément en avant son charisme), le sympathique Jin Ha, ou même les « tronches » Stephen Henderson et Zach Grenier. Si leurs personnages respectifs sont d’un intérêt il faut l’avouer très variable, ils dégagent suffisamment de sympathie ou d’intérêt pour que nous éprouvions de l’empathie à leur égard. D’ailleurs il valait mieux que ce soit le cas puisqu’une fois que la série a dévoilé la majorité de ses cartes, la survie des uns et des autres dans un jeu du chat et de la souris, compose en majeure partie la quête de Devs.

Devs est donc une semi-déception par rapport à son potentiel de départ. Après nous avoir teasé quelque chose d’ambitieux et avoir suscité l’excitation, la série se noie un peu dans des grosses ficelles scénaristiques et des explications métaphysiques à la mords-moi-le-noeud tout en peinant à insuffler la tension et le mystère qui la caractérisaient lors des premiers épisodes. Le rythme plutôt « lent » de l’ensemble n’est pas un problème, chaque épisode se laissant suivre assidûment jusqu’au bout avec toutefois la frustration de constater qu’il n’y a plus grand-chose à y découvrir. Là où beaucoup de séries sont avares en révélations et attendent le plus longtemps possible (quitte à se faire annuler avant de pouvoir le faire) pour ramasser les miettes de pain semées sur la route du mystère, Devs fait le choix inattendu de presque tout dévoiler dès le départ quitte à se déséquilibrer elle-même. La fin n’appelle pas nécessairement de suite, du moins pas avec les personnages de cette première saison et nous ne sommes pas certains qu’Alex Garland ait de toute manière l’intention d’en faire une. Si suite il devait y avoir, la série pourrait peut-être prendre un aspect d’anthologie ou juste révéler les informations de la saison 1 au monde entier afin d’en traiter les conséquences à grande échelle. Dans tous les cas le concept de Devs ne semble pas avoir vocation à s’éterniser sur plusieurs saisons. Une série que nous vous recommandons néanmoins car malgré ses faiblesses elle arrive à tirer profit de sa singularité pour susciter un intérêt salvateur dans le paysage beaucoup trop homogène des séries télévisées. La diffusion de Devs venant à peine de s’achever, le moment s’avère particulièrement opportun pour s’y plonger.
 

Crédits: FX / Canal+ Séries

 

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