Critiques Cinéma

EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES (Critique)


SYNOPSIS: Travaillant dans un hôpital psychiatrique, Emanuelle découvre un étrange signe tribal tatoué sur le ventre d’une jeune fille. Cette dernière pourrait bien avoir été en contact avec une tribue de mangeurs d’hommes, pourtant supposés disparus de la région. Intriguée, Emanuelle décide de se rendre dans la forêt amazonienne pour y percer le mystère. Elle va y découvrir que les cannibales sévissent toujours, avides de chair fraîche et de boyaux fumants…

En acceptant d’incarner en 1973 le personnage éponyme d’un film de Just Jaeckin adapté d’un livre érotique d’Emmanuelle Arsan, la superbe Sylvia Kristel ne se doutait pas de la suite des événements, donnant naissance sans le savoir à une icône culte de la libération sexuelle et d’une vision respectable de l’érotisme sur grand écran. Elle se doutait sans doute encore moins du fait qu’une rivale allait finir par la battre à pleine couture trois ans plus tard, ne serait-ce qu’aux yeux des cinéphiles amateurs de « sexploitation ». Et comme nos amis transalpins ne sont jamais les derniers pour surfer avec opportunisme sur les modes du moment (surtout les plus racoleuses), il ne leur a pas fallu bien longtemps pour retravailler à leur sauce la poule aux yeux d’or. Non pas en torchant une armada de suites au premier Emmanuelle (les Français s’en chargèrent eux-mêmes, pas en bien d’ailleurs), mais en pratiquant l’art du pompage roublard. Un « m » en moins dans le nom et le titre afin d’éviter tout risque de plagiat, une plastique de « beauté des îles » bien plus excitante et exotique que le teint caucasien de Sylvia Kristel, un statut d’héroïne reporter qui offre à chaque film un cachet exotique plus soutenu que dans le film de Jaeckin. Ainsi naquit la série des Black Emanuelle, sous l’égide de l’empereur du bis cannelloni (Joe d’Amato, très souvent dissimulé sous d’obscurs pseudonymes) et de sa sculpturale actrice Laura Gemser, mannequin d’origine indonésienne dont le sex-appeal et le degré élevé de désinhibition aura toujours crevé le plafond.



Pour la petite histoire, cette série de films aura en réalité démarré en 1976 avec le très célèbre Black Emanuelle de Bitto Albertini, lequel aura déjà imposé tous les canons à venir de la saga. En gros, Emanuelle est une reporter qui voyage beaucoup, qui prend beaucoup de photos (parfois à l’affût d’un scoop bien racoleur) et qui vit une sexualité des plus épanouies avec une quantité folle de partenaires (hommes et femmes, peu importe) dans une ambiance portée sur l’échangisme et l’hédonisme. Il n’en reste pas moins que Joe d’Amato, dès le second film Black Emanuelle en Orient (tourné la même année), fut celui qui transforma pour de bon la saga en incontournable du cinéma d’exploitation, et ce en usant d’une stratégie qui n’étonne désormais que les néophytes de sa filmo. Soit une combinaison maline de style documentaire (proche de celui des fameux « mondos  » italiens) et d’exotisme globe-trotter, tous deux alimentés par le fait qu’Emanuelle y est constamment chargée par son patron de prendre des photos clandestines des lieux visités, parfois au péril de sa vie (le cinéaste et écrivain Norbert Moutier aura même été jusqu’à qualifier Black Emanuelle de « Tintin du sexe » !). En envisageant ainsi la série comme un cocktail très équilibré d’aventures, d’érotisme et d’horreur, Joe d’Amato aura étalé un délicieux mauvais goût, à base d’images violemment crues et de situations souvent à peine imaginables. Et s’il n’est pas l’épisode le plus hardcore de la saga (difficile d’égaler les outrances tarées d’un Black Emanuelle en Amérique ultra-corsé !), Emanuelle et les derniers cannibales reste peut-être le plus célèbre.



Comme son titre l’indique bien, le film surfe sur le succès croissant du « film de cannibales », genre bisseux initié par Au pays de l’exorcisme d’Umberto Lenzi (sorti en 1972) et prompt à générer de violents infarctus chez tout spectateur acquis à la cause vegan. Un genre qui, il est vrai, ne tenait que sur une formule décalquée d’un film à l’autre, à savoir un groupe d’aventuriers caucasiens – souvent joués par des nullards de l’expressivité – qui, pris en chasse par une tribu cannibale, finissaient en général à l’état de tripes encore fumantes, dans une surenchère de gore extrême, de snuff animalier (les morts d’animaux sont non simulées !) et de laideur visuelle mal dissimulée sous une caution pseudo-documentaire. Mais un genre surtout propice à d’hilarantes surinterprétations, sans doute dues au passionnant aspect méta du célèbre Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, qui poussent souvent le spectateur à tenter d’y dénicher une métaphore cachée sur nos sociétés culturellement anthropophages. En balançant sa Black Emanuelle sur la trace d’une civilisation anthropophage paumée en pleine jungle amazonienne (une expédition bien entendu vouée au casse-pipe), Joe d’Amato n’enlève rien à ce que les deux genres exploités ont déjà installé, offrant ainsi le quota souhaité de nudité chic, d’ébats bisexuels et d’éventrations gore. Qu’importe si l’action traîne en longueur au profit du déshabillage (d’abord) et du charcutage (ensuite), puisque l’irrésistible jouissance du film provient autant de ses ingrédients les plus aguicheurs (ici respectés) que de sa façon de croiser les conventions d’une pub Tahiti Douche non censurée avec celles d’un déferlement de barbaque digne de Cannibal Ferox.



Après une première heure axée sur un érotisme de papier glacé dans des décors parfois dignes d’un reportage d’Ushuaïa, la dernière demi-heure du film envoie du lourd en matière de cruauté WTF : organes génitaux empalés ou arrachés, religieuse aux seins tranchés, écartèlement rigolard, blondasse offerte en sacrifice rituel, etc… Un basculement hardcore d’autant plus inattendu qu’il suscite une hallucination de chaque instant. Si l’on ajoute à cela des velléités documentaires à côté de la plaque (ne pas croire le carton d’intro, puisque le film a été tourné en Italie, avec juste quelques stock-shots pourraves de jungle brésilienne !), les dialogues débiles qui vont avec (privilégiez la VF, par pitié !), le sauvetage hilarant en plein climax final (Emanuelle sort du fleuve en se faisant passer pour la « déesse des eaux » aux yeux des anthropophages !) et un constat antédiluvien pour se donner bonne conscience (en gros, qui est le plus barbare entre les « sauvages » et les « »civilisés » ?), autant dire qu’on tient ici un bis aussi démentiel qu’hilarant, suffisamment épicé pour stimuler d’abord le fond de votre caleçon et pour vous donner ensuite l’envie de régurgiter votre pizza napolitaine sur le tapis du salon. Avis aux amateurs.

 

Titre Original: EMANUELLE E GLI ULTIMI CANNIBALI

Réalisé par: Joe D’Amato

Casting : Laura Gemser, Gabriele Tinti, Nieves Navarro

Genre: Aventure, horreur, érotique

Sortie le: 06 septembre 1978

Distribué par: –

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

 

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