Critiques Cinéma

ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON (Critique)

SYNOPSIS: En Italie, au début des années 70, le chef de la brigade criminelle est sur le point d’être promu au poste de directeur de la section politique. Persuadé que ses fonctions le placent au-dessus des lois, il égorge sa maîtresse, Augusta Terzi, au cours de leurs joutes amoureuses. Avec un sang-froid parfait, il met tout en œuvre pour prouver que personne n’aura l’intelligence, ni même l’audace, de le soupçonner et de troubler ainsi la bonne hiérarchie sociale. Il s’ingénie à semer des preuves accablantes, relançant l’enquête quand celle-ci s’égare… 

A partir de 1960, l’Italie connut durant une vingtaine d’années une période d’extrémisme, de violence urbaines et de luttes politiques acharnées. Plus connue sous la désignation « les années de plomb » issue du film éponyme de Margarethe von Trotta, cette époque est marquée par pas moins de 360 morts dont l’attentat de la gare de Bologne en 1980 sera, avec 85 morts, une sorte d’apogée. Les Brigades Rouges resteront le groupe armée le plus connu de cette période. Le mouvement est né d’une contestation étudiante, puis, une convergence des luttes apparaîtra avec les ouvriers italiens qui rejoindront les étudiants dans leurs luttes pour avoir plus de droits. Le réalisateur Elio Petri se voyait également comme un militant et son cinéma comme un acte de militantisme. Tout au long de sa filmographie, il le prouvera avec La classe ouvrière va au paradis en 1971, La propriété, c’est plus le vol en 1973 et cette Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Durant notre marathon consacré aux films sortis en 1970 commencé depuis le début de l’année, ce film est probablement le film le plus perturbant que nous ayons vu à ce jour. Dans cette satire féroce, ce fameux citoyen est interprété par le fabuleux Gian Maria Volontè, chef de la section criminelle qui va bientôt être promu chef de la division politique. Juste avant cette promotion, ce dernier assassine sa maitresse dans l’appartement de celle-ci en laissant de nombreux indices afin qu’on puisse remonter jusqu’à lui. Au regard de la période évoquée, on se doute que la nomination à un tel poste est tout sauf anodine de la part de Pietri, également scénariste du film. Il va s’attaquer de front à l’institution policière à travers ce personnage complexe, machiavélique et violent.

Pietri veut nous montrer la toute-puissance et l’impunité dont jouit la police italienne (mais probablement toutes les institutions étatiques) alors qu’elle est censée représenter la loi et la morale. A travers ces effrayants monologues, Volontè alias le Docteur assène ses vérités devant un parterre de fonctionnaires totalement conquis. Sa capacité de persuasion et son charisme fonctionne à plein régime et l’impression d’être devant un mini dictateur nous traverse l’esprit à de nombreuses reprises. La mégalomanie (en sous-texte la loi c’est moi) dont fait preuve le personnage l’amène, de façon absurde, a laissé des preuves de sa culpabilité sur le meurtre qu’il a commis. Pietri pense que les institutions politiques, administratives, policières protègent toujours ses membres et donc se protègent eux-mêmes contre les scandales. On va donc se retrouver devant cette situation totalement ubuesque où le personnage principal souhaite des lois de plus en plus répressives, n’a pas de mots assez durs contre ces extrémistes de tout bord tout en jouissant d’une impunité la plus totale concernant ses méfaits. Il faut donc trouver un coupable coûte que coûte tout en vociférant contre ces étudiants qui ne respectent rien, qui taguent les murs, qui ont recours au vandalisme. Le personnage principal est toujours à la limite du tragi-comique quand on connait son passé lorsque il s’égosille contre ses concitoyens. Cerise sur le gâteau, c’est toujours ce même personnage haut en couleur qui veut faire imploser le système de l’intérieur en démontrant dans un dernier chapitre que c’est bien lui le meurtrier.

Le réalisateur s’appuiera tout du long de sur la performance dantesque de Volontè qui remplira parfaitement le rôle accompagné de la musique obsédante d’Ennio Morricone. Cet acteur italien aura la chance de tenir la même année le rôle principal avec Bourvil et Alain Delon du Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville, un des plus grands films du cinéma français. Il collaborera également avec les plus grands réalisateurs italiens comme Pasolini, Leone ou encore Bellochio. Quasi de tous les plans, il ne laisse aucune place à la concurrence mais c’est finalement tout à fait logique lorsqu’on voit ce que raconte le film, les seconds rôles se faisant régulièrement écraser par la prose du Docteur. En effet, le film est aussi une vraie réflexion sur le pouvoir, ce pouvoir qui rend fou, ce pouvoir qui peut dégénérer lorsqu’il tombe entre de mauvaises mains. Pietri nous rappelle que dans un passé récent, l’Italie avait confié sa destinée à un homme qui transforma le pays en état fasciste. Toutefois, il n’a pu le faire qu’avec l’aide d’institutions fortes. Il faut également rajouter à ce personnage mégalomane et assassin, la perversité dont il a fait preuve avec sa future victime. Sous forme de flashbacks, on revit leurs scènes d’intimité où le Docteur « jouait » à refaire des scènes de crime existantes. Il est assez compliqué de suivre un tel personnage durant plus de 1h40 et c’est bien ce que nous impose Pietri et qui en fait un peu sa faiblesse.

On pourra effectivement reprocher au film son absence de finesse dans le procédé à l’image du personnage principal tellement outrancier que le propos devient lui-même aussi excessif. L’absence totale de personnages sur lequel on pourra se reposer peut épuiser le spectateur. Le film a ainsi tendance à tourner un peu en rond sur ce qu’il raconte et ne renouvelle que très peu son discours. Ce n’est malheureusement pas les deux dernières scènes qui viendront nous contredire. De plus, les flashbacks avec sa victime, les monologues enflammés, les affrontements avec ses collègues et surtout l’enregistrement sur magnétophone de sa culpabilité deviennent un peu redondants. Et, c’est notamment lors de cette démonstration de culpabilité de Volontè qu’on voit que le metteur en scène veut à tout prix en remettre une couche sur l’ineptie du personnage et de la situation et sort les gros sabots pour nous faire passer son message. Il aurait bien plus intéressant de développer la relation entre le docteur et l’étudiant croisé lors du meurtre. C’est bien face à ce personnage que le docteur commence à perdre ses moyens. C’est bien face au petit peuple contestataire que le pouvoir pourrait vaciller. Le réalisateur, communiste dans sa jeunesse, nous rejoue à travers ces scènes la lutte des classes. C’est bien dommage que cela reste assez furtif, le metteur en scène privilégiant l’absurdité de notre système. Il n’en demeure pas moins que cette Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon reste cinquante ans après sa sortie une photographie encore totalement pertinente sur cette époque perturbée et sur notre époque à l’heure où le populisme reprend des forces dans tous les pays occidentaux. Le film reçut le prix spécial du Jury au Festival de Cannes et l’Oscar du Meilleur Film en langue étrangère l’année de sa sortie ce qui permet d’accentuer la portée que qu’il a eue.

Titre Original: INDAGINE SU UN CITTADINO AL DI SOPRA DI OGNI SOSPETTO

Réalisé par: Elio Petri

Casting : Gian Maria Volonte, Florinda Bolkan, Massimo Foschi

Genre: Drame, Judiciaire

Sortie le: 16 octobre 1970

Distribué par: Columbia

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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