Fiction Unitaire

SI TU VOIS MA MÈRE (Critique Fiction Unitaire) Léger et amusant…


SYNOPSIS: Récemment décédée, Monique continue de hanter Max, son fils. Quand ce dernier tombe amoureux d’Ohiana, cette mère fantasmée devient vite encombrante. 

Après quelques courts métrages dont Torticolis et Petit Homme, Nathanaël Guedj réalise avec la fiction unitaire d’Arte Si tu vois ma mère, son premier long-métrage. Ce téléfilm plutôt léger et amusant a pourtant décidé de se focaliser sur un sujet intemporel mais néanmoins toujours délicat à aborder pertinemment : celui du deuil. Il met en scène Max (Félix Moati), trentenaire ophtalmologue qui n’a jamais coupé le cordon avec sa mère Monique (Noémie Lvovsky) mais qui va pourtant se retrouver face au soudain décès de cette dernière. Si le téléfilm explore la réaction de Max, il va procéder d’une façon ludique et divertissante puisque le jour de son propre enterrement Monique va refaire surface et ne plus lâcher son fils chéri d’une semelle ; rejeton qui est d’ailleurs le seul à la voir, cette dernière n’étant rien d’autre qu’une projection mentale de sa part. Mais la Monique qui suit Max comme son ombre est plutôt envahissante, surtout lorsque Max commence à fréquenter Ohiana (Sara Giraudeau), une psychothérapeute qui va assister à la débandade de son cher et tendre face à l’esprit fictif de sa mère.

Si l’idée d’exploiter le deuil sous la forme d’un défunt qui revient (que ce soit en tant que « fantôme » ou de projection mentale) continuer son petit bonhomme de chemin auprès d’un proche (ou du moins celui fantasmé par ledit proche) n’a rien de spécialement original et s’avère même plutôt éculé, le téléfilm réussit néanmoins à tirer son épingle du jeu, et ce principalement grâce à son brillant casting. Félix Moati interprète Max, l’ophtalmologue aveuglé par la disparition de sa mère et par le déni qui s’ensuit ; comme à son habitude son énergie, sa candeur et son côté trublion se révèlent être une concoction efficace pour porter ce téléfilm. Et quoi de mieux que de le porter avec Noémie Lvovsky, toujours aussi impeccable (cette superbe actrice nous prouve chaque année qu’elle peut tout jouer), et la pétillante Sara Giraudeau qui illumine les déboires de Max par son charme et sa douceur?

Soulignons également la présence d’autres pépites comme Michael Bensoussan alias David Boring alias Estéban chanteur des Naive New Beaters, reconnaissable à sa nonchalance et à son flegme si particuliers où la seule prononciation d’un mot suffit à dévoiler son potentiel comique. Estéban incarne Œdipe, un ami de Max qui entretient lui aussi une relation assez étouffante avec sa propre mère. Autre pépite que nous ne voyons pas assez à notre goût mais que nous avons aperçu le mois dernier dans Paris-Brest (également sur Arte) : Gilles Cohen. Ce brillant acteur a toujours cette fabuleuse faculté de pouvoir passer avec une facilité déconcertante d’un personnage odieux à un autre extrêmement touchant et attachant. Son rôle dans la saison 3 de Dix pour cent où il menait la vie impossible à Béatrice Dalle illustre très bien cette polyvalence naturelle. Ici Gilles Cohen joue Philippe, l’homme avec qui Monique projetait de refaire sa vie au Japon. Max n’ayant pas été mis au courant de cela avant le décès de sa mère, Philippe va choisir, dans le but de préserver la fragilité de ce grand enfant ébranlé, de ne rien dire et de vivre son deuil en silence.

Le téléfilm s’attarde beaucoup sur la place qu’occupe une mère et sur sa relation avec ses enfants. Si Max et Œdipe entretiennent avec leur mère respective une relation plutôt attendrissante mais asphyxiante (bien qu’Œdipe réussisse à en tirer profit), Ohiana subit quant à elle avec la sienne des rapports toxiques dénués d’une quelconque proximité. Si tu vois ma mère en profite donc, prenant pour prétexte la disparition d’une mère, pour nous présenter un tour d’horizon de celles qui ponctuent le quotidien des proches de Max. Bien que le téléfilm soit prévisible et sente un peu le vu et revu, il se démarque par l’énergie de son casting et son écriture décalée. Si certaines idées apparaissent parfois un peu maladroites ou grotesques (dans quelques passages Noémie Lvosky est par exemple grimée en son fils Max), ces dernières ont le mérite d’exister et de proposer un peu de nouveautés dans un cadre qui ne nous le cachons pas manque significativement de surprise. Nathanaël Guedj ayant plusieurs psychanalystes dans son entourage, nous pouvons imaginer sans peine qu’il se soit inspiré de leur expérience pour en imbiber ce premier téléfilm qui, s’il n’est pas dénué de défauts dans son écriture, est un agréable moment avec un casting si talentueux et sympathique qu’il nous ferait passer les pires idées comme une lettre à la poste. A découvrir ce 10 avril au soir sur Arte.

Crédits: Arte

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