ENTRETIENS

INTERVIEW AVEC MARIANNE LEVY AUTEUR DE CES HÉROS QUI RATENT LEUR VIE POUR QUE TU RÉUSSISSES LA TIENNE : « C’est peut-être le livre qui me ressemble le plus. »



Rencontre épistolaire comme c’est de coutume en ces temps de confinement avec la journaliste et romancière Marianne Levy qui publie aux Éditions Pygmalion, Ces héros qui ratent leur vie pour que tu réussisses la tienne, le premier livre de série-thérapie, un livre qui respire la passion, la tendresse et l’amour des séries télé et qui résonnera forcément avec la vie personnelle des lecteurs de cet essai qui touche en plein cœur. Entretien.

Ce livre parle du phénomène d’identification et de l’invasion positive des personnages dans nos vies. Est-ce une bonne définition de ton livre ou si non comment le définirais-tu ?

C’est exactement le sujet du livre. La manière dont les personnages de séries en revenant chaque semaine ou toute la nuit, pour ceux qui ont adopté le binging, sont entrés dans nos vies. Et la manière aussi, dont certains ont fini par s’installer chez nous. C’est-à-dire dans notre quotidien. Car, dans certains cas, les quitter est devenu presque inhumain (rires).

Et comment un ressenti aussi personnel prends corps jusqu’à devenir un livre capable de parler à tout un chacun ?

Je pense que c’est également le sujet du livre. Comment le ressenti très personnel d’un scénariste ou d’un romancier peut-il devenir universel ? La magie de la fiction est précisément là. La matière première des créateurs est l’émotion. Peu importe, le pays, l’âge, le genre ou l’époque… l’amour, l’amitié, la peine, la joie nous rassemblent.

Ne faut-t-il pas la confiance totale d’une éditrice pour se lancer dans une telle aventure sans réel équivalent ?

J’ai effectivement la chance d’avoir une éditrice, Florence Lottin, la directrice éditoriale des éditions Pygmalion, qui m’accorde sa confiance. Quand je lui ai soumis l’idée du livre, elle a dit oui tout de suite. Même si on a assez vite compris que ce livre était en train de devenir un objet littéraire non identifié. Il faut dire qu’elle aussi est très accro aux séries.

Comment se sont opérés les choix des BFFF et y en a-t-il qui n’ont pu trouver leur place dans le livre ?

C’est le cœur qui a parlé. Il n’y a rien eu de rationnel dans mes choix (rires).

Les séries télé génèrent des réactions extrêmement fortes. Est-ce que c’est le côté passionné inhérent aux séries télé qui implique de telles sensations viscérales qui t’intéressait ? Quel a été le moteur de ta démarche ?

Oui, c’est un livre complètement viscéral. J’ai écrit avec des souvenirs, mon cœur et… des chips Lay’s saveur barbecue, bien sûr.

En quoi est-ce le premier livre de série-thérapie ? Y a-t-il à tes yeux un côté curatif à suivre des séries ?

Un jour, j’ai réalisé que mes personnages de séries préférés avaient une solution pour à peu près tous mes problèmes. C’est comme cela qu’est né le concept de série-thérapie.

Dans ton blog I LOVE TV SO WHAT tu t’adressais déjà à tes personnages préférés. Quelle différences essentielles y a-t-il entre le travail que tu fais sur ton blog et la construction de cet ouvrage ?

Je suis critique de séries depuis 15 ans. J’ai donc été victime d’une succession de micro traumas. Au début, j’ai pris ça très personnellement. Je me suis demandée pourquoi moi ? Du coup, j’ai commencé à écrire aux personnages. Ça m’a fait un bien fou de dire ce que j’avais sur le cœur. Je me soignais un peu dans mon coin. Ce qui a tout changé, c’est le final de Game of Thrones. 20 millions d’Américains devant leur écran. Des réactions ultra intenses sur les réseaux sociaux. J’ai réalisé que je n’étais pas seule à vivre assez mal avec les fins. Le livre rationalise un truc totalement passionnel au départ.

Tu es critique de série depuis de nombreuses années, tu as écris trois romans publiés chez Pygmalion et maintenant ce livre qui n’a pas d’équivalent. Quels sont les différences fondamentales dans la manière d’écrire pour ces 3 activités et as-tu construis un plan pour savoir où tu allais ?

Le journalisme en général et la critique de série, en particulier, sont une école de rigueur. La priorité est aux infos, à la fidélité aux paroles des créateurs, aux références solides et au travail d’analyse. Les romans font appel à autre chose. Ils demandent des mois de travail. Ils puisent dans mes émotions, mon imaginaire, mon inconscient. Comme j’écris des comédies, ils sont un endroit où je m’amuse énormément à vivre toutes les choses que je ne vivrai jamais ou que je n’oserai jamais. Je compare toujours l’écriture d’un roman à la traversée de l’Atlantique en paddle. C’est une expérience grisante. Il y a les jours d’euphorie et les jours de blues aussi, où on se demande ce qu’on fait exactement en pleine tempête ? Et pourquoi on est maso à ce point-là (rires) ? Ces héros… n’est ni tout à fait de la critique, ni tout à fait de la fiction. C’est un livre hybride, très personnel, presque un spectacle de stand up. C’est peut-être le livre qui me ressemble le plus.

Est-ce qu’un tel attachement aux personnages de séries aurait pu générer l’envie d’écrire de la fan fiction pour faire revivre d’autres aventures à tes BFFF ou est-ce une démarche totalement différente ?

J’aime beaucoup l’idée de la fan fiction. Cela donne des projets très chouettes. Mais quand il s’agit d’écrire de la fiction, je suis déjà très accaparée par mes propres personnages. D’autant que j’écris des comédies romantiques et que les séries qui explorent ce genre ne sont pas si nombreuses.

Si on se passionne pour un bad guy dans une série, peut-t-il devenir notre BFFF ? Et as-tu ce type de personnage dans tes BFFF ?

Absolument, il y a même un chapitre intitulé Des fois bad guy, c’est bien dans le livre.

As-tu la/le BFFF facile ou comment et en combien de temps un personnage fait son nid dans ton cœur ?

Au début, j’avais le BFFF facile. Plus maintenant. Je marche toujours au coup de cœur mais la place n’est pas infiniment extensible. Mon cœur est déjà très peuplé. Et moi, je suis du genre fidèle.

Pour employer le même type de relation épistolaire dans ces colonnes, on est très sensible à ce type d’écriture. As-tu déjà réfléchi à un crossover éditorial avec des gens que tu apprécies ? Oui c’est un appel à candidature.

Plus on est de fous, plus on rit ! Alors pourquoi pas un jour 😉

En ces temps de confinement quels BFFF pourrais-tu conseiller à ceux qui se sentent seuls pour garder le moral et tenir le coup ?

Le coach Taylor de Friday Night Lights me paraît être le meilleur compagnon de confinement. C’est un peu le Dalaï-Lama des personnages de séries. Il gère les petites choses du quotidien comme personne et plus que jamais on a besoin de se lever le matin en criant : « Clear eyes, Full hearts, Can’t Lose ! »

Quels sont tes projets après ce livre et un tome 2 est-il envisageable ?

Un tome 2 de Ces héros… est absolument envisageable. Mais plus tard. Pour l’instant, je suis plongée dans les recherches pour mon prochain roman. Une nouvelle comédie qui aura pour sujet… Attendez, mon téléphone sonne. C’était mon éditrice qui m’a dit : « Chut ! »

Propos recueillis par Fred Teper.

Merci à Marianne Levy pour sa disponibilité. Merci aux Éditions Pygmalion, Florence Lottin et Pauline Giuseppone.

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