Critiques Cinéma

PORTRAIT D’UNE ENFANT DÉCHUE (Critique)

SYNOPSIS: Ancienne célébrité de mannequinat, Lou Andreas Sand s’est isolée dans une maison au bord de l’océan où elle tente de vivre autrement, en se consacrant à la poésie et à la sculpture. Abîmée par la dépression et les excès, elle reçoit la visite de son ami photographe Aaron Reinhardt. Il tente avec elle de faire le point sur sa vie. 

Le réalisateur et photographe Jerry Schatzberg est rarement cité lorsque l’on évoque les 70’s alors que ce dernier signa 3 oeuvres mémorables au tout début de cette décennie : Portrait d’une enfant déchue (1970), Panique à Needle Park (1971) et L’Epouvantail (1973). Il remporta d’ailleurs la Palme d’Or pour ce dernier et donna son premier grand rôle à Al Pacino dans le second. Son premier long-métrage met à l’honneur Faye Dunaway qui accumule les succès depuis 1967 et la sortie de Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Ce film est issu d’entretien entre le photographe et une top model qui, on peut le supposer à la vision du film, ne vécut pas une vie harmonieuse et apaisante. Lou Andreas Sand est une ex-mannequin retranchée dans sa villa sur une plage et s’entretient avec son ancien amant sur sa vie passée. On sent une très grande fragilité en elle dès les premières minutes. Elle raconte son passé glorieux de mannequin même si les événements qu’elle relate n’ont rien de bien prestigieux. En effet, on découvre qu’elle fut maltraitée par l’ensemble des personnes qui l’ont entouré : ses employés, son petit ami ainsi que ses amants. La traduction française ne rend d’ailleurs pas hommage au titre original qui précisait bien : Puzzle of a Downfall Child. C’est bien sous forme de puzzle que Lou nous fait partager sa vie en donnant des petits fragments de celle-ci aux spectateurs afin de comprendre ce qui l’a amené à cette dépression et cette crise existentielle. Elle se permet d’ailleurs, lors de ses confessions, de passer sous silence certains passages de sa vie, afin de livrer sa vérité de manière totalement subjective. Ainsi vers la fin du film, elle demande à son amant d’un soir s’ils ont eu une liaison. Le fait-elle innocemment du fait de son état ou le fait-elle exprès afin de ne pas rouvrir des plaies qui tentent à se refermer ? C’est toute la complexité de ce personnage féminin qui lutte contre ses démons.

On sent dès les premières scènes l’actrice totalement investie par ce rôle à tel point qu’on a du mal à distinguer l’actrice du personnage qu’elle interprète. La façon très documentaire de filmer de la part de Schatzberg rajoute à cette idée que le réalisateur veut casser la barrière entre la réalité et la fiction. Il enlève tout glamour à cette histoire et la photographie très froide d’Adam Holender y joue grandement. On associe souvent le glamour et le mannequinat mais le metteur en scène veut déconstruire cette idée à travers le personnage de Lou. Soumise au diktat du jeunisme, elle voit au fur et à mesure son monde s’effondrer du fait de prendre inexorablement de l’âge. Devenue indispensable par la profession, participant aux plus belles fêtes, désirée par tous, la société lui reprend au fil de l’eau tout ce qu’elle lui avait donné. Ce choc est d’autant plus dévastateur pour Lou qu’elle ne s’est jamais rendu compte de ce qui l’attendait alors que cela était inévitable. La société de consommation a besoin de renouveler ces têtes d’affiche régulièrement. Pour cela, elle a besoin de chair fraîche. Ce thème sera repris par Michel Houellebecq dans le formidable La Possibilité d’une île en 2005 et Nicolas Winding Refn dans l’imparfait The Neon Demon en 2016.

Par ailleurs, ce personnage nous est assez antipathique : taciturne, égocentrique et peu souriante. Elle a tellement vécu dans une bulle tout au long de ses jeunes années qu’on a du mal à avoir de la compassion pour elle. On sent ce personnage totalement indifférent au monde qui l’entoure. On a toujours du mal à comprendre cinquante ans après comment de grands cinéastes arrivaient à monter de tels projets. Ce fut la force de cette époque d’amener le spectateur dans des zones si inconfortables, de leur parler de manière si intime sur des sujets si douloureux. On pense également au Feu Follet de Louis Malle, sorti en 1963, autre grand film malade, qui traitait déjà de ces questions de la misanthropie et de la dépression. Schatzberg ne nous épargnera d’ailleurs rien dans cette dernière partie où Lou n’a plus d’autres choix que de partir en hôpital psychiatrique. La violence psychologique de ces scènes filmées au ralenti marque durablement l’esprit. On y voit toute la déchéance de cette femme qui a sombré dans un premier temps dans la dépression puis dans un second dans la folie. Une fois encore dans le visage et le regard de Dunaway, on a du mal à voir cette frontière entre le réalité et la fiction tellement l’actrice est mise à nue par la caméra de Schatzberg dans ce dernier chapitre. Il faudra un certain temps avant de reprendre ses esprits à la suite du générique de fin tellement ce récit nous a pris aux tripes avec cette impression qu’il est extrêmement rare de voir à l’écran une telle profession de foi qui nous plonge dans le for intérieur d’une personne à la renverse. Un sommet.

Titre Original: PUZZLE ON A DOWNFALL CHILD

Réalisé par: Jerry Schatzberg

Casting : Faye Dunaway, Viveca Lindfors, Barry Primus…

Genre: Drame

Sortie le: 30 janvier 1972

Date de reprise: 28 septembre 2011

Distribué par: –

CHEF-D’OEUVRE

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