Critiques

HUNTERS (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×03) Un réjouissant mash up de références et d’un esprit pulp…

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: En 1977 à New York, une bande de chasseurs de nazis découvrent que des centaines de hauts dignitaires du régime déchu vivent incognito parmi eux et complotent pour instaurer un IVe Reich aux États-Unis. L’équipe hétéroclite de Hunters se lance alors dans une sanglante quête visant à faire traduire ces criminels en justice et à contrecarrer leur projet de génocide.

« Il n’y avait plus de vivants à qui consacrer ma vie. J’ai décidé de vivre pour les morts ». Ces propos de Simon Wiesenthal, le plus célèbre des chasseurs de nazis, qui pourraient faire office de tagline pour la nouvelle série lancée par Amazon, en disent long sur la cicatrice béante avec laquelle ont dû vivre les rescapés de la solution finale. Le fait qu’un très grand nombre d’officiers nazis ait échappé à tout jugement, pu bénéficier pour cela de la complicité criminelle d’institutions et de pays, notamment des dictatures d’Amérique du Sud où on estime qu’au moins 10 000 d’entre eux y trouvèrent refuge, fut une infamie de plus qui a laissé un profondément sentiment d’injustice et nourri toute une mythologie autour de ceux qui ont consacré une partie de leur vie à traquer ces criminels. Dans l’imaginaire populaire et donc dans la littérature et le cinéma qui se nourrissent de récits héroïques, il est difficile de trouver une incarnation plus parfaite de la lutte entre le bien et le mal que dans celle entre le chasseur de nazis rescapé des camps de la mort et ses cibles dont l’extrême lâcheté et la cruauté glacent le sang. Le premier film majeur réalisé sur le sujet est probablement L’Etranger (Orson Welles, 1946) mais c’est surtout les années 70 qui ont nourri ce qui s’est alors apparenté à un sous genre du thriller paranoïaque et conspirationniste qui a connu ses plus belles heures durant cette décennie: Le Dossier Odessa (Ronald Neame, 1974), Marathon Man (John Schlesinger, 1976) et Ces Garçons qui Venaient du Brésil (Frankiln J. Schaffner, 1978). Ce genre n’a connu que peu d’itérations depuis, en tout cas aucune aussi notable et n’avait jusqu’à ce jour jamais été exploré par la télévision. Le souvenir de ces films et de plusieurs scènes parmi les plus marquantes que puisse voir un jeune adolescent cinéphile est encore extrêmement vif (Christian Szell aka Laurence Olivier jouant au dentiste « Is It Safe? », Josef Mengele aka Gregory Peck dévoré par ses chiens …) et donne la mesure du défi que s’est lancé Jordan Peele en produisant Hunters.

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Sans que cela soit péjoratif, qu’il s’agisse de ses sketches pour Comedy Central avec son compère Keegan-Michael Kay ou de ses deux premiers films, on peut dire de Jordan Peele qu’il ose tout et que c’est même en partie à cela qu’on le reconnait. A travers le genre et la parodie, Peele s’attaque à tous les sujets de société, toutes les communautés, sans s’imposer de limites et avec, la plupart du temps, beaucoup de pertinence. Utiliser le genre comme véhicule du commentaire social n’est évidemment pas nouveau mais la liberté et la justesse dont fait preuve Jordan Peele est à mettre en avant et en fait l’une des « voix » les plus intéressantes du cinéma américain dont la capacité à « digérer » les genres et ses influences est remarquable. Deux de ses sketchs, Das Negros et Awesome Hitler Story, mettaient déjà en scène des nazis et le voir ainsi porter sur son nom le projet d’une série dont l’action se situe dans la fin des années 70 mettant en scène une équipe de chasseurs de nazis menée par Al Pacino était sur le papier aussi cohérent qu’excitant. Les trois premiers épisodes que nous avons pu voir le confirment: Hunters porte en elle l’ADN de Jordan Peele, notamment dans sa capacité à mixer les genres, à jouer sur des ruptures de ton, être aussi irrévérencieux que pertinent sans perdre le bon dosage. Avec un tel producteur, une idée aussi pertinente (décliner en série les traques de nazis) que potentiellement risquée (il faut oser faire du pulp sans basculer dans une légèreté coupable sur un sujet aussi sensible), un casting emmené par Al Pacino dont c’est le grand retour à la télévision, 17 ans après Angels In America, le fait d’avoir confié les rênes de la série à un showrunner jusque là novice pouvait toutefois inquiéter. Sans pouvoir jurer que le soufflet ne retombera pas et que le concept ne lassera pas sur la longueur des 10 épisodes de cette saison, David Weil a réussi un vrai tour de force avec ces trois premiers épisodes et en particulier un premier épisode de 1h30 absolument sensationnel : celui de parvenir à ce que Hunters ne vive pas dans l’ombre des prestigieuses références cinématographiques dont il est impossible d’effacer le souvenir, augmentant forcement d’autant notre niveau d’exigence.

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Réalisé par Alfonso Gomez-Rejon, dont on se rappelle du très réussi Me And Earl And The Dying Girl (2015), le premier épisode est aussi jubilatoire qu’impressionnant et trouve un parfait équilibre entre cette ambiance de thriller conspirationniste des années 70 et un côté plus pulp, plus tarantinesque faisant de ces nazis des bad guys effrayants et sans scrupules et de celui qui organise leur chasse, Meyer Offerman (Al Pacino) que l’on peut voir comme une sorte de Bruce Wayne rescapé des camps qui consacre toute son énergie et sa fortune pour mener à bien la mission qu’il s’est assignée. Le premier épisode est ainsi en quelque sorte un aussi réussi que réjouissant mash up de ses indépassables références cinématographiques et d’un esprit pulp, dans lequel se succèdent des scènes oppressantes et glaçantes dans la plus grande tradition du thriller des années 70 et d’autres plus décalées lorgnant clairement vers la série B. La série prend d’emblée beaucoup de risques avec sa première scène qui sonne aussi comme un clin d’oeil à Happiness (Todd Solondz, 1998) mais parvient toujours à retomber sur ses pieds, dans le sens où il est absolument essentiel de l’ancrer dans le réel, dans un drame plus profond pour que cette chasse aux nazis ne soit pas qu’un simple prétexte à faire du « cool » sur le dos de la mémoire de leurs victimes. Car il y a évidemment un risque de banalisation à faire des nazis des bad guys de série B, un risque d’instrumentalisation à montrer, comme le fait la série, des scènes dans les camps de concentration et s’en servir comme un moteur dramatique. De notre point de vue, sur ce premier épisode, la série s’en sort admirablement bien et est aussi émouvante que ludique. Le dosage se révèle plus bancal dans les deuxièmes et troisièmes épisodes. S’il faut reconnaître qu’on peut remettre en cause certains partis pris qui ne brillent pas par leur finesse, le casting et la mise en scène soutiennent l’ensemble.

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Dans le rôle du candide qui va découvrir que plus de 30 ans après la fin du 3ème Reich les nostalgiques du régime sont nombreux, infiltrés et déterminés à refaire triompher leur idéologie criminelle, on retrouve Logan Lerman (Jonas) qui se met ainsi dans les pas de Dustin Hoffmann ou Steve Guttenberg, son personnage étant un mix entre celui de Baby (Marathon Man) et Barry Khoeler (Ces Garçons qui Venaient du Brésil). Il est rattrapé et lié par son histoire familiale qui ancre solidement la série dans un registre plus dramatique, donne du poids et du sens au parcours et aux choix de ce jeune homme, certes fan de comic book (ce qui est plutôt malin en ce que ça rend son personnage plus actuel et plus attachant pour le grand public), mais par ailleurs sensible et posé. On se réjouit de voir Logan Lerman pouvoir enfin confirmer ce qu’on avait pu se dire en le découvrant dans Le Monde de Charlie (Stephen Chbosky, 2012) et que l’on a eu trop peu d’occasions de vérifier depuis: il est probablement l’un des acteurs les plus talentueux et charismatiques de sa génération. Si la série fonctionne aussi bien malgré ses quelques scories, elle le doit avant tout à Logan Lerman, plus encore qu’à Al Pacino, dont le personnage n’est pas encore suffisamment développé et intéressant à ce stade de la saison pour qu’il puisse donner la pleine mesure de son jeu.

Tant de choses sont mises en place durant ces trois premiers épisodes, dont une intrigue parallèle suivant l’enquête menée par un agent du FBI qui se retrouve ainsi sur les traces de l’équipe de chasseurs de nazis, qu’il est difficile de préjuger de la réussite de la série sur la durée d’une saison. Il faut notamment espérer que la série arrive à donner plus de poids et de réalité à chacun des membres de l’équipe menée par Meyer Offerman qui ne dépassent pas encore le stade de la caricature: Roxy(Tiffany Boone) qui est un décalque des personnages incarnées par Pam Grier dans les films de la Blacksploitation, Soeur Harriett (Kate Mulvany) la nonne badass que l’on croirait sortie d’un film de Tarantino, Lony Flash (Josh Radnor) le roi du déguisement et des petites vannes, Joe (Louis Ozawa) le mercenaire, Mindy (Carol Kane) et Barry (Saul Rubinek), le couple de rescapés des camps experts en électronique. Il sera très intéressant de voir si David Weil finit par céder à la facilité ou s’il continue de creuser et développer ses personnages secondaires (dont un très intriguant et excellent homme de main déjà au centre de plusieurs scènes très réussies). A ce stade, restant peut être légèrement sur notre faim après un premier épisode qui fera date, la pente que semble prendre la série peut nous faire craindre qu’elle perde progressivement de sa puissance dramatique et peine à renouveler ses enjeux. Il serait toutefois très hâtif de prétendre pouvoir porter un jugement définitif sur une série qui a encore 7 épisodes devant elle et un producteur aussi talentueux que Jordan Peele aux manettes, pour s’imposer comme l’une des grandes séries de l’année.

Crédits: Amazon Prime Video

 

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